Norvège: A. Behring Breivik pleure en revoyant son film de propagande

Anders Behring Breivik à son arrivée au procès ce lundi
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Anders Behring Breivik à son arrivée au procès ce lundi - © AFP PHOTO/POOL/HEIKO JUNGE

Au premier jour du procès d'Anders Breivik à Oslo, le procureur a présenté une série de témoignages inédits sur la réalité des des deux attaques qui ont fait 77 morts l'été dernier en Norvège. Des photos et des films qui ont suscité l'émotion du public, parmi lequel de nombreuses victimes ou proches de victimes. Anders Behring Breivik a reconnu être l'auteur mais a plaidé non coupable, affirmant avoir agi en état de "légitime défense".

La juge Wenche Elizabeth Arntzen a prononcé lundi la fin de la première journée d'audience dans le procès d'Anders Behring Breivik, auteur des attaques qui ont fait 77 morts l'été dernier en Norvège. Après avoir entendu les explications préliminaires de l'accusation et les réactions de la défense et des parties civiles, la juge a levé l'audience jusqu'à mardi, date à laquelle Breivik devrait commencer à s'expliquer sur son geste.

"Ça tire tout le temps"

Auparavant, la cour et le public auront entendu la longue litanie des faits et gestes d'Anders Behring Breivik, depuis l'attentat d'Oslo jusqu'au massacre d'Utoya. Des témoignanges poignants ont ponctué cette première journée du procès. Ainsi celui de cette jeune fille réfugiée dans les toilettes du restaurant de l'île: "Venez vite... Ça tire tout le temps". Pendant l'appel qui dure un peu plus de trois minutes, la jeune femme supplie la police de venir rapidement sur l'île alors que retentissent de nombreux coups de feu. Le policier qui répond à la jeune fille semble tout d'abord incrédule. La jeune femme a survécu au massacre perpétré sur l'île d'Utoya où ont été froidement abattus 69 jeunes travaillistes, pour la plupart âgés de moins de 20 ans. Elle viendra témoigner lors du procès.

Ce témoignage a constitué l'un des points d'orgue de la première journée du procès d'Anders Behring Breivik, au cours de laquelle le procureur s'est attaché à décrire la mortelle épopée de cet homme de 33 ans, jugé pour la mort de 77 personnes.

Durant toute la diffusion de l'enregistrement, Anders Berhing Breivik est demeuré impassible.

Il salue le poing levé

L'homme est entré lundi matin dans la salle 250 du tribunal d'Oslo. Une fois débarrassé de ses menottes, Breivik a tendu le bras droit, poing serré, un salut qui, explique-t-il dans son manifeste, représente "la force, l'honneur et le défi aux tyrans marxistes en Europe".

"Je reconnais les faits mais je ne reconnais pas ma culpabilité" au sens pénal, a-t-il dit après que la juge Inga Bejer Engfh eut lu pendant une heure l'acte d'accusation pour "actes de terrorisme" égrenant la liste des 77 morts et des blessés.

La première séance de ce procès qui a débuté lundi à 09h00 a ensuite été levée au bout d'une heure et demie environ pour une interruption d'une vingtaine de minutes.

Contrairement à l'usage, Breivik est alors resté un instant assis tandis que les juges sortaient, signe vraisemblablement de son rejet de la légitimité de la Cour, selon un journaliste de l'AFP. Puis des gardes lui ont repassé les menottes.

Les larmes aux yeux

Le procureur a ensuite pris la parole pour un long exposé (probablement plus de 3 heures) retraçant le parcours d'Anders Breivik et la préparation méticuleuse de ses attentats. La Cour a pu visionner un film de 12 minutes réalisé par Anders Breivik faisant l'apologie de son idéologie anti-multiculturaliste et évoquant son appartenance aux "Templiers", un groupe dont le procureur a dit ne pas avoir trouvé de preuves de son existence.

Selon les témoins dans la salle du procès, l'accusé avait "les larmes aux yeux" en visionnant son œuvre de propagande.

Le procureur Svein Holden a ensuite montré un film de surveillance jusque-là inédit de l'explosion causée par Anders Behring Breivik à Oslo en juillet, où l'on voit des personnes se dirigeant vers la camionnette au moment de son explosion près du siège du gouvernement.

Breivik n'a montré aucun signe d'émotion lors de la projection de ce film mais les familles de victimes de ses attaques, présentes dans le prétoire, ont laissé échapper un cri d'émotion au moment où la bombe explose.

Fou ou pas fou?

Journée difficile pour les Norvégiens: le procès ravive le traumatisme provoqué par les événements de 22 juillet 2011, qui ont causé la mort de 77 personnes.

Ce jour-là, Anders Behring Breivik arrive à Oslo à bord d'une camionnette piégée. Il la gare au pied de l'immeuble qui abrite le siège du Premier ministre à Oslo. L'explosion fait huit morts. Déguisé en policier, il se rend ensuite sur l'île d'Utoeya où se déroule le camp d'été des jeunes travaillistes. Il ouvre le feu, froidement. Il abat 69 personnes, principalement des adolescents.

La question centrale du procès portera sur la santé mentale, et donc sur la responsabilité pénale, de l'accusé.

Anders Behring Breivik tient paradoxalement à être déclaré responsable. Une décision contraire reviendrait à invalider le manifeste idéologique qu'il a diffusé le jour des attaques. Il décrit son massacre comme une attaque préventive contre les traîtres qui veulent désintégrer la société norvégienne en l'ouvrant au multiculturalisme et permettant une invasion musulmane en Europe.

Son geste n'avait d'autre but que de diffuser cette idéologie d'extrême-droite. C'est pourquoi un internement psychiatrique serait, pour lui, pire que la mort. Deux rapports ont conclu dans des sens opposés sur ce point: l'un le dit psychotique et pénalement irresponsable, l'autre, sain d'esprit.

Il reviendra aux cinq juges du tribunal d'Oslo de trancher cette question qui déterminera le sort d'Anders Behring Breivik: la prison ou l'asile.

En attendant, son avocat a prévenu que durant le procès, Anders Breivik va défendre son geste et même déplorer de ne pas être allé plus loin. Il tentera aussi de l'utiliser comme une tribune pour diffuser son idéologie.

RTBF

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