Nigeria: pas de libération de prisonniers islamistes

Carte de localisation de Chibok, au Nigeria, où 276 lycéennes ont été enlevées le 14 avril 2014 par les islamistes de Boko Haram
Carte de localisation de Chibok, au Nigeria, où 276 lycéennes ont été enlevées le 14 avril 2014 par les islamistes de Boko Haram - ©

Le président nigérian a exclu mercredi de libérer des prisonniers de Boko Haram en échange des 200 lycéennes captives depuis un mois du groupe islamiste, selon un ministre britannique, au moment où l'aide internationale monte en puissance. Les Etats-Unis ont déployé des drones Global Hawk, qui peuvent voler à haute altitude, et des avions MC-12, des appareils de surveillance souvent utilisés en Afghanistan.

Le jour où les 223 jeunes filles, que tentent de localiser des drones américains dans le nord-est du pays, ont entamé leur deuxième mois de captivité, le chef de l'Etat nigérian Goodluck Jonathan a fait savoir qu'un échange de prisonniers contre les otages était exclu. "J'ai discuté de cela avec le président et il m'a dit très clairement qu'il n'y aurait pas de négociation avec Boko Haram incluant un échange des lycéennes enlevées contre des prisonniers", a déclaré à la presse le ministre britannique en charge des questions africaines, Mark Simmonds, dans la capitale fédérale Abuja.

Cette déclaration ajoute à la confusion sur les intentions des autorités nigérianes.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, avait proposé un tel échange dans une vidéo, diffusée lundi, montrant les jeunes filles enlevées dans leur école de Chibok, situé dans l'Etat de Borno (nord-est), principal fief du mouvement. Le ministre de l'Intérieur Abba Moro avait aussitôt opposé une fin de non-recevoir à cette offre, refusant à Boko Haram le droit de poser des "conditions".

Cependant, le ministre des Affaires spéciales Taminu Turaki, qui a dirigé l'année dernière un comité chargé de réfléchir à un programme d'amnistie avec le groupe armé, avait assuré mardi que le Nigeria restait "ouvert au dialogue" sur "tous les problèmes", dont le sort des lycéennes kidnappées.

Toutefois, le ministre britannique a souligné que Goodluck Jonathan souhaitait toujours engager des discussions plus larges avec les islamistes pour mettre fin à l'insurrection sanglante lancée en 2009. "Ce qui m'est aussi apparu très clairement, c'est que le président souhaite continuer et faciliter le dialogue pour trouver un cadre et une architecture afin d'aboutir à une solution durable au conflit et à ce qui l'a provoqué dans le nord du Nigeria", a-t-il ajouté.

Mark Simmonds s'est rendu au Nigeria afin d'évoquer l'aide internationale mobilisée pour aider Abuja à libérer les jeunes filles.

Mercredi, le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé avoir proposé "une assistance supplémentaire", incluant "un avion de reconnaissance". Une dizaine d'experts de son pays sont déjà arrivés sur place. Les États-unienne et la France, qui ont dépêché des experts, s'activent aussi.

Le Pentagone a annoncé mercredi que l'armée américaine utilise des drones de surveillance et des avions pour aider aux recherches. Il s'agit de drones Global Hawk, qui peuvent voler à haute altitude, et d'avions MC-12, des appareils de surveillance souvent utilisés en Afghanistan, a précisé à l'AFP un responsable militaire américain.

Les services du président nigérian ont indiqué qu'il avait reçu également des "appels de solidarité" des Premiers ministres d'Algérie et du Pakistan, prêts à "appuyer" les recherches en cours.

Débat sur l'état d'urgence

A la demande de Goodluck Jonathan, les députés nigérians débattent actuellement d'une possible prolongation pour six mois de l'état d'urgence en vigueur depuis un an dans trois États du nord-est du pays. Mais la mesure est contestée par l'opposition, qui estime qu'elle n'a pas permis, tout en privant la population de liberté, de réduire l'insurrection.

De son côté, l'ancien président Olusegun Obasanjo a chargé l'actuel chef de l’État. Goodluck Jonathan "est dépassé par les événements, voilà la situation", a-t-il lancé, interrogé sur la BBC.

Un sommet sur la sécurité au Nigeria doit se tenir samedi à Paris, rassemblant, autour du président François Hollande, les dirigeants d'au moins cinq pays africains: le Nigeria et quatre de ses voisins, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin.

Des représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne ont aussi été invités. Il s'agit de trouver "comment arriver à cerner (Boko Haram) par l'intelligence, comment arriver à former pour combattre et comment arriver à débusquer les assassins", a expliqué le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. "La France ne se subsitue à personne mais son rôle est d'aider les Africains à assurer la sécurité parce qu'il ne peut pas y avoir de solution sans démocratie, sans développement et sans sécurité", a-t-il tenu à souligner.

Drones américains

Les Etats-Unis ont déployé des drones Global Hawk, qui peuvent voler à haute altitude, et des avions MC-12, des appareils de surveillance souvent utilisés en Afghanistan, a précisé à l'AFP un responsable militaire qui s'exprimait sous couvert d'anonymat.

Le Pentagone refusait jusqu'à présent de dire si des drones étaient utilisés dans ces recherches.

"Je peux confirmer que nous utilisons des appareils de renseignement, de reconnaissance et de surveillance sans pilotes et avec pilotes dans la recherche des jeunes filles enlevées", a indiqué de son côté le colonel Steven Warren, sans donner de précisions sur les modèles utilisés. Ces appareils sont "non armés" et utilisés uniquement à des fins de surveillance pour tenter de localiser les lycéennes, a-t-il souligné.

Le drone Global Hawk, conçu pour succéder aux avions espions U-2, peut couvrir chaque jour jusqu'à 100.000 kilomètres carrés, grâce à un radar et des capteurs sophistiqués.

Les données recueillies par ces appareils n'ont cependant pas encore été transmises au gouvernement nigérian, car Washington travaille toujours avec Abuja à un accord de partage de renseignements, selon M. Warren. Les Américains insistent sur des procédures précises pour partager avec d'autres pays leurs informations, craignant que ces dernières ne tombent entre les mains de mouvements ennemis.

Les liens entre Etats-Unis et Nigeria sont en outre des plus réduits concernant les questions de sécurité, Washington reprochant aux autorités d'Abuja leur brutalité, ainsi que des violations des droits de l'homme.

Un responsable du département d'Etat a de son côté affirmé mercredi ne pas savoir où se trouvaient les jeunes filles. "Nous continuons à travailler avec les Nigérians pour les aider à localiser les lycéennes. Nous ne savons vraiment pas où (elles) se trouvent", a-t-il déclaré, précisant que la zone prospectée avait "la taille de la Virginie-Occidentale", soit un peu plus de 60.000 km2.

Le commandant des forces armées américaines en Afrique, le général David Rodriguez, s'est entretenu mardi avec les autorités nigérianes à Abuja sur la manière dont les Américains peuvent aider à retrouver les lycéennes, y compris par le biais d'un accord de partage de renseignements.

Le sénateur républicain John McCain s'est de son côté montré partisan d'une action unilatérale des Etats-Unis. Il aimerait ainsi voir des troupes d'élite américaines tenter d'aller secourir les lycéennes enlevées.

"Nous avons l'armée la plus professionnelle, la mieux entraînée du monde, et si nous savons où sont ces jeunes filles, on doit aller les secourir", a déclaré John McCain, se moquant au passage des capacités de l'armée nigériane.

"On ne veut pas alerter ces gens", a-t-il ajouté, parlant des membres de Boko Haram. "Ce sont des animaux, ils sont allés au-delà des frontières d'un comportement humain acceptable".

Des responsables du Pentagone ont souligné en privé qu'une action unilatérale des Américains serait particulièrement périlleuse et que ce n'était à l'heure actuelle pas une option envisagée par Washington.

Il y a un mois jour pour jour, Boko Haram enlevait 276 jeunes filles dans leur école de Chibok, une ville située dans l'Etat de Borno, un des fiefs du mouvement. Plusieurs dizaines d'entre elles sont parvenues à s'enfuir, mais 223 lycéennes restent aux mains du groupe radical.

AFP

Et aussi

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK