Nicosie, capitale européenne divisée pour un certain temps encore

Nicosie, capitale européenne divisée pour un certain temps encore
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Nicosie, capitale européenne divisée pour un certain temps encore - © Tous droits réservés

A quelques minutes du centre de Nicosie, la capitale chypriote, on peut trouver un authentique village fantôme. Il se trouve dans la zone tampon, qui sépare les chypriotes grecs et les chypriotes turcs. En principe, la zone est interdite. Seuls peuvent y circuler les soldats de l’ONU qui effectuent des patrouilles quotidiennes, parfois à pied, parfois en voiture. Les forces des Nations Unies disposent aussi de trois hélicoptères, car cette frontière qu'ils doivent à surveiller s'étend sur 180 kilomètres

Dans le quartier à proximité de Nicosie, une maison est criblée d’impacts de balles, ce sont les traces des affrontements qui ont provoqué la division de Chypre.

En 1974, la dictature grecque, ce que l’on appelait la "Grèce des colonels", veut unir par la force Chypre à la Grèce. Pour protéger l’importante communauté turque installée depuis toujours sur l’île, la Turquie envoie son armée. Depuis lors, le conflit est officiellement non résolu.

A quelques kilomètres de ce quartier fantôme, une autre zone, nettement plus vaste. Mais pas plus vivante. C’est l’ancien aéroport international de Nicosie. A l’époque, l’aéroport venait d’être rénové, c’était l’un des plus modernes d’Europe, avec par exemple des capteurs dans le sol déclenchant l’ouverture des portes. De nombreux visiteurs venaient aussi pour observer le ballet des avions depuis la terrasse du restaurant ouvert au public.

Aujourd’hui, la zone est protégée par 802 soldats de l’ONU, dans le cadre d’une mission de maintien de la paix entamée en 1964, soit quelques années à peine après l’indépendance de Chypre (1960). Mais à l’époque déjà, les communautés chypriotes grecques et chypriotes turques avaient du mal à vivre en harmonie.

"Les opérations de maintien de la paix sont censées être limitées dans le temps, et celle-ci est l’une des plus anciennes, où que ce soit dans le monde", nous explique Aleem Siddique, porte-parole des forces de maintien de la paix des Nations Unies à Chypre. "Idéalement, l’objectif de ce genre d’opération est de fournir une fenêtre d’opportunité pour permettre à des pourparlers de paix d’aboutir".

Des relations commerciales pas florissantes

Ce qui, à ce jour, n’a toujours pas été possible. Mais entre-temps, les années passent, et rien ou pas grand-chose ne change. Des points de passage ("checkpoints") ont bien été établis à sept endroits différents de la frontière, un début d’accord commercial a aussi été négocié entre le Sud et le Nord. Mais le commerce n’est pas vraiment florissant. Selon le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie chypriote turque, "pas un seul produit turc n’a pu être mis sur les étalages des magasins grecs". Et lorsque on lui demande pourquoi, sa réponse fuse : "Parce qu’il y a une frontière psychologique".

L’inverse n’est pourtant pas vrai. Côté chypriote turc, il est possible de trouver toutes sortes de produits venant de la partie sud, et notamment des alcools, bière ou cognac. Fondateur d’un supermarché, Tanser Nizam Devpa affirme que les Chypriotes turcs sont "très ouverts d’esprit et ne regardent pas l’origine d’un produit s’ils l’apprécient". Mais il ajoute aussitôt que "de l’autre côté, certains - pas tous – ne veulent pas voir le moindre produit turc à cause d’une certaine pression religieuse".

Car le problème, même si rares sont ceux qui osent le dire ouvertement, est aussi religieux, entre les musulmans au Nord et les chrétiens orthodoxes au Sud.

Aujourd’hui, le processus de réunification est au point mort, de quoi prolonger l’existence de ces murs souvent bricolés qui coupent Nicosie en deux, ce qui incite certains à évoquer le mur de Berlin.

Au point de passage entre les deux parties de la ville, la plaque indiquant "Nicosie, dernière capitale divisée" risque donc bien d’y rester encore un certain temps…

Sujet JT 19h30 du 16 mai:

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