Nicaragua: les étudiants comme la Belge Amaya Coppens, fers de lance de la contestation

Nicaragua: les étudiants comme la Belge Amaya Coppens, fers de lance de la contestation
Nicaragua: les étudiants comme la Belge Amaya Coppens, fers de lance de la contestation - © INTI OCON - AFP

La commission interaméricaine des Droits de l'homme s'est émue de l'arrestation de la jeune belgo-nicaraguayenne, Amaya Coppens. La jeune fille, étudiante en médecine, avait été interpellée lundi, après avoir lu une déclaration hostile au président nicaraguayen Daniel Ortega. Amaya Coppens est la dirigeante d'un mouvement étudiant, le "Movimiento Estudiantil 19 de Abril" de León. Un autre responsable du mouvement avait également été interpellé. La police nicaraguayenne a annoncé ce mercredi qu'ils étaient accusés d'avoir commis des "actes terroristes".

Depuis le début de la contestation sociale, les étudiants paient un lourd tribut suite à une répression qui a déjà fait plus de 300 morts en 5 mois dans le pays. Bernard Duterme, directeur du Centre tricontinental à Louvain-la-Neuve, et spécialiste du Nicaragua, a répondu à nos questions:

Amaya Coppens n'est pas la seule étudiante à être descendue dans la rue pour protester contre le gouvernement de Daniel Ortega. Que demandent les étudiants nicaraguayens?  

Bernard Duterme: Le mouvement de protestation est surtout nourri par la population étudiante, par les jeunes Nicaraguéens qui sont nés bien après la révolution des années 80. En avril dernier, quelques jours avant les protestations contre la réforme de la sécurité sociale, que Daniel Ortega avait lancée, puis qu'il a abrogée, les jeunes, les étudiants écologistes et environnementalistes étaient déjà sortis dans la rue. C'était pour mettre en cause l'incurie gouvernementale face aux incendies qui dévastaient une partie significative de la réserve écologique Indio Mais, au sud-est du pays. 

Ils mettaient en cause, plus globalement, l'impact environnemental de la politique de ce gouvernement Ortega, qui est le résultat d'un modèle de développement agro-exportateur et extractiviste. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) parle, par exemple, de la diminution du couvert forestier nicaraguayen de 40% depuis les années 2000. Cette disparition rapide des forêts est le résultat d'une production de viande, d'élevage de bétail, envoyé à l’exportation, notamment au Vénézuéla, et dans toute l'Amérique centrale. 

Cet impact environnemental très problématique des politiques du gouvernement Ortega sont le résultat d'un modèle de développement néo-libéral, agro-exportateur, mis en cause par les étudiants dès le début avril.

Comment les étudiants ont-ils pu fédérer d'autres parties de la société nicaraguayenne?

Bernard Duterme: Dans ces premières manifestations, il y n'avait que quelques centaines de personnes dans les rues. Mais c'est la soudaineté et la disproportion de la répression qui a étonné le monde entier, et la société nicaraguayenne en particulier.Cela a mis essentiellement de la société nicaraguayenne dans la rue. Aujourd'hui on parle de 70% des Nicaraguayens qui demanderaient le départ immédiat du couple présidentiel Ortega-Murillo. Et c'est suite à cette répression très brutale qui a fait plus de 300 morts dès les premières semaines et jusque mi-juillet. 

Des figures ont émergé, et ce sont ces figures-là qui font aujourd'hui l'objet de cette troisième phase de la répression "ortégiste". Ils sont pourchassés, ils sont emprisonnés, ou ils fuient.

Aujourd'hui, les leaders étudiants, mais aussi les leaders paysans, et surtout les anciens camarades sandinistes de Daniel Ortega qui critiquent aussi l'"ortégisme", ces gens-là se terrent ou fuient le pays.

En Belgique il y en a quelques uns qui sont arrivés ces derniers jours. Mais ils vont surtout au Costa Rica, 25 000 Nicaraguayens ont débarqué là ces dernières semaines.

Et c leadership qui émerge est dans une situation très vulnérable. L'exemple le plus manifeste et le plus récent, c'est la jeune Amaya Coppens, leader d'une des branches du mouvement étudiant, qui est aujourd'hui en prison.

Quelles sont les caractéristiques politiques de ce mouvement étudiant?

Bernard Duterme: C'est un mouvement difficile à cerner, parce que pluriel, hétérogène, multiclassiste. On a affaire à un mouvement social, à une révolte, qui n'a pas son expression politique. Il n'y a plus d'opposition politique constituée et crédible au Nicaragua. Les politiques d'Ortega ces dernières années ont neutralisé cette opposition, quand ils ne l'ont pas cooptée, achetée, divisée... Il n'y a pas d'acteurs politiques à même de relayer cette contestation sociale. 

Par contre il y a des organisations sociales, une alliance démocratique, articulation des mouvements sociaux, qui entend mener la lute, et qui demande la destitution du pouvoir "ortégiste",  mais qui n'a pas encore de projet de société somme tel à défendre pour mettre à la place du régime actuel.

JT 11/09/2018

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK