New York: berceau des "fermiers des villes", laboratoire de l'agriculture urbaine

Dans le monde de demain, nous serons de plus en plus nombreux à vivre dans les villes. Les Nations Unies estiment que 68% de la population mondiale aura élu domicile dans une zone urbaine d’ici 2050. Cela représente 2,5 milliards de personnes en plus qu’aujourd’hui.

Dans les villes pourtant, il y a peu de terres disponibles, presque plus de champs et petit à petit, l’agriculture s’est éloignée des grandes mégalopoles de la planète. Face à ce constat, certains acteurs ont donc décidé de relever le défi : tenter de ramener la production agricole au cœur de la cité, au plus près du consommateur.

Depuis quelques années, la région de New York est devenue un vrai laboratoire de cette agriculture urbaine. New York est la plus grande ville des Etats-Unis et beaucoup de projets ont vu le jour là-bas. Certains ont même inspiré des "urban farmers" ailleurs dans le monde et notamment en Belgique.

Concrete Farm Lab: la maison "potager urbain"

Cyrille Guyot est un de ces fermiers des villes. Ce français originaire de Normandie habite depuis quelques années dans une maison deux façades typique du quartier de Brooklyn, près de Manhattan. Une maison presque comme les autres. Presque, car dans certaines pièces, Cyrille peut se transformer en agriculteur d’intérieur.

"Quand je vais faire des courses à l’épicerie, je n’achète presque jamais de salade, de fruits ou de légumes explique-t-il. Nous faisons pousser tout ça à la maison. Dans cette pièce, par exemple, on a un espace vertical où on a décidé d’installer des tours d’hydroponie et nous faisons pousser ici nos salades. Nous obtenons plus de 100 salades tous les 30 à 45 jours. Ça va plutôt rapidement. On est vraiment dans l’ultra-frais, à partir de notre maison et à 10 mètres à peine de notre cuisine".

"50 % d'autonomie en hiver, 90 % en été" 

Cyrille et sa compagne, Nashay, ont décidé il y a presque deux ans de se lancer dans l’agriculture urbaine pour devenir eux-mêmes producteurs d'une partie de leur nourriture. Au début, ils ont fait quelques erreurs car trouver le bon équilibre nutritionnel dans un système d’hydroponie par exemple n’est pas facile. Mais à force de persévérer, leur projet, qu’ils ont baptisé "Concrete Farm Lab", est devenu réalité.

"Aujourd’hui, en hiver, quand on n’a pas de jardin, on arrive à 50 % d’autonomie. En été, avec le jardin, on est autonome à 90 %, donc on a presque plus besoin d’acheter de fruits ou de légumes". Le jardin dont parle Cyrille est une petite cour enclavée où il a reconstitué un sol fertile pour faire pousser des fruits, des légumes bios et des aromates.

Hydroponie, aquaponie, … des expériences à tous les étages

Dans la cave, autre surprise. Ici, des plantes sont éclairées par des lampes LED colorées et elles poussent notamment grâce à des poissons. "C’est un système d’aquaponie. Grâce au cycle de l’azote, les déjections des poissons sont transformées. Cela se déverse dans un filtre biologique, avec des billes d’argile qui font toute la filtration. Et les plantes vont se nourrir de tout ça". C’est uniquement quand le système est parfaitement équilibré qu’il devient bénéfique à la fois pour les poissons et pour les plantes.

L’année passée Cyrille affirme que la valeur de ses récoltes a dépassé celle de ses investissements en matériel. Il faut dire qu’il a utilisé beaucoup de pièces de récupération. Son rêve : permettre de faire revenir le potager au plus près des habitants des villes et reconnecter les citadins avec ce qu’ils consomment. Il organise d’ailleurs des visites de sa maison pour les habitants et les enfants de la ville. Il espère aussi pouvoir ouvrir bientôt un site de production de plus grande envergure. 

Des toits de la ville transformés en "fermes"

Quelques rues plus loin, toujours à Brooklyn, une serre de plus de 5000 mètres carrés se cache au-dessus d’un immeuble de Greenpoint. Derrière les vitres, on trouve une ferme urbaine où pousse plusieurs variétés de salades et d’aromates. Ici, on ne parle plus de quelques pièces, mais de milliers. 

Les arguments: "Des salades plus proches et fraîches plus longtemps"

"Aux Etats-Unis, 98% des salades produites dans le pays viennent de deux endroits : la Californie et l'Arizona. Et ensuite, elles sont transférées en camion à travers le pays. Il y a beaucoup de pertes de nourriture. Notre entreprise a donc décidé de créer cette ferme à une échelle commerciale, au cœur de la ville", explique Nicole Baum, responsable marketing de la société Gotham Greens. Elle ajoute que cela permet de gagner du temps de fraîcheur car cette salade "Made in Brooklyn" va directement du toit au consommateur dans la même journée.

A New York, Chicago, Baltimore,...

Depuis 2011, cette entreprise travaille à transformer plusieurs toits de New York, Chicago ou Baltimore en fermes urbaines. Elle est une des premières à avoir fait le pari de la production agricole à grande échelle près du centre de la mégalopole américaine. L'entreprise explique que l'essentiel de l'énergie utilisée est renouvelable, notamment grâce à des panneaux photovoltaïques placés sur les toits, à côté de la serre.

Ici, chaque graine est plantée à la main dans une "nurserie". Ces graines "sans OGM" sont ensuite transférées dans un dispositif où l’équilibre nutritionnel est assuré. Mais pas question pour nous de filmer ou photographier l'ensemble du système. C’est encore un secret de fabrication, car ce type de production devient un marché et il y a de la concurrence.

Newark : la plus grande ferme verticale au monde

Et si l’avenir de l’agriculture urbaine passait par l’aéroponie ? Dans le monde, les fermes verticales se multiplient. Il en existe dans plusieurs pays, notamment en Belgique, à Waregem. Leur conception à étages permet de gagner de la place disponible au sol dans les villes où les terrains sont souvent très chers.

A Newark, dans le New Jersey, à quelques kilomètres du centre de Manhattan, une entreprise a ouvert la plus grande ferme verticale au monde : douze étages de verdure, une surface équivalente à 170 terrains de football.

"Moins d'eau, plus de récoltes"

Ici, les racines sont à l’air, en dessous d’un tissu synthétique. "Les graines sont déposées sur le tissu explique Marc Oshima, le co-fondateur d’AeroFarms. Les racines sont alimentées en-dessous par des projections d’eau et des nutriments. Rien ne touche jamais les plantes. Elles sont prêtes à être mangées".

Cette "ferme" un peu particulière a ouvert il y a un an et demi et le co-fondateur affirme produire jusqu’à 30 récoltes en moyenne sur une année contre 10 fois moins dans un champ. 

Selon lui, le système permettrait d’utiliser beaucoup moins d’eau que dans l’agriculture conventionnelle et aucun pesticide ne serait nécessaire. Ici aussi la proximité du centre-ville est un argument marketing. En tout cas, cela réduit fortement les frais de transport. Ces nouveaux maraîchers assurent d’ailleurs que beaucoup de leurs produits ne sont donc pas plus chers pour le consommateur.  

Tout est contrôlé par ordinateur

Dans les allées, peu de "fermiers". Quarante personnes travaillent pour l’entreprise autour du site de Newark, mais dans la pièce où se trouvent les salades, tout est essentiellement sous l’œil de l’ordinateur. "Nous gardons toujours la maîtrise grâce à l’électronique et à l’informatique", précise Marc Oshima. "Notre système contrôle les plantes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24".

Des projets qui ont inspiré d'autres acteurs

Bien sûr, difficile d'imaginer qu'une ville puisse bientôt devenir 100% autonome en nourriture grâce à ces nouveaux cultivateurs. Tout ne pousse pas hors-sol, loin de là. Mais progressivement les techniques évoluent et elles deviennent moins gourmandes en énergie. 

Ces produits se font aussi une place sur le marché là où la terre se fait rare et ce type de "ferme urbaine" devrait venir de plus en plus en complément de l’agriculture traditionnelle. Tous ces projets new-yorkais ont d'ailleurs déjà inspiré d'autres acteurs, ailleurs dans le monde.

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