Négar Djavadi (Prix Première 2017): "L'Europe a démissionné de son rôle de protection des réfugiés"

Négar Djavadi estime que l'Europe a démissionné de son rôle de protection des réfugiés.
Négar Djavadi estime que l'Europe a démissionné de son rôle de protection des réfugiés. - © RTBF

Lauréate du Prix Première 2017 pour son premier roman intitulé " Désorientale " (éditions Lina Levi), Négar Djavadi est ce samedi 8 avril l’invitée du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première.

D’origine iranienne, Négard Djavadi est arrivée en France à l’âge de 11 ans. La narratrice est donc elle-même une exilée, révoltée par l’attitude de l’Europe à l’égard des réfugiés : "Les occidentaux ont démissionné de leur rôle de protection des réfugiés ". Son roman raconte l’histoire d’une fille " à l’identité un peu trouble, un peu décalée".

"Je n’ai pas le goût à l’auto fiction", explique-t-elle. "Etre scénariste m’a permis de créer du romanesque". Mais un livre qui raconte aussi son pays : "On parle beaucoup des Iraniens, mais peu de l’Iran dans son histoire. Les racines de ce pays ne sont pas dans l’Islam comme on veut nous le faire croire" précise Négar Djavadi.

Le récit

"La nuit, Kimiâ mixe du rock alternatif dans des concerts. Le jour, elle suit un protocole d'insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. Née à Téhéran en 1971, exilée en France dix ans plus tard, elle a toujours tenu à distance sa culture d'origine pour vivre libre. Mais dans la salle d'attente de l'unité de PMA de l'hôpital Cochin, d'un rendez-vous médical à l'autre, les djinns échappés du passé la rattrapent".

"Au fil de souvenirs entremêlés, dans une longue apostrophe au lecteur, elle déroule toute l'histoire de la famille Sadr. De ses pétulants ancêtres originaires du nord de la Perse jusqu'à ses parents, Darius et Sara, éternels opposants au régime en place ; celui du Shah jusqu'en 1979, puis celui de Khomeiny. Ce dernier épisode va les obliger à quitter définitivement l'Iran. La France vécue en exilés n'a rien à voir avec le pays mythifié par la bourgeoisie iranienne… Alors, jouant du flash-back ou du travelling avant, Kimîa convoque trois générations et une déesse du rock and roll au chevet de sa " désorientalisation ". "

Les thèmes

En tant que romancière mais aussi en tant que citoyenne, Négar Djavadi explore ainsi une série de thèmes parmi lesquels "l’identité sexuelle, être différent au sein d’une famille orientale, l’homosexualité, le non-dit, la maternité…". Elle explique : "En écrivant, je me suis aperçue que l’histoire de la femme iranienne pouvait se raconter à travers ses grossesses, de l’arrière-grand-mère qui meurt dans un harem à la grand-mère qui met au monde six fils sans avoir le choix chez elle, à la mère qui accouche dans un hôpital, c’est-à-dire avec l’argent du pétrole, jusqu’à la dernière qui est à Paris".

L’origine

Fille d’un intellectuel iranien, Négar Djavadi se souvient de son enfance : "Quand on a grandi en tant que fille d’un opposant politique, dès le départ, on avait une vie anormale. Quand Khomeiny est arrivé au pouvoir, je ne disais pas que mon père était mon père. Je disais que c’était un cousin éloigné de mon père. J’ai appris à mentir très tôt. Mais cela m’a appris aussi à me détacher et à exister en tant que soi. J’ai très vite appris à m’opposer. Et c’est sans doute pour cela que j’ai choisi un métier qui n’est pas conformiste (NDLR : elle est scénariste). C’est l’héritage de mes parents, être toujours en décalage".

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