'Ndrangheta : la mafia italienne devant la justice dans un maxi-procès

Ce mercredi, un maxi-procès s’ouvre à Lamezia Terme en Italie. Un procès hors norme pour juger 355 accusés, tous liés de près ou de loin à la redoutée mafia calabraise 'Ndrangheta. Ce procès devrait durer deux ans.

Selon des experts, la 'Ndrangheta est la mafia la plus importante d’Italie devant la Cosa Nostra sicilienne et la Camorra napolitaine, la seule présente sur tous les continents. Elle est principalement active dans le trafic de cocaïne qui arrive d’Afrique de l’Ouest et remonte ensuite vers l’Italie. Mais aussi via Anvers, la principale porte d’entrée de la cocaïne en Europe.

Elle est également considérée comme la plus dangereuse, "qui n’hésite pas à faire parler la poudre". Comme d’autres organisations criminelles, elle se sert de l’immigration. Elle est donc bien présente chez nous, dans la dorsale wallonne et au Limbourg, nous indiquent des sources policières.

La mafia présente sur les 5 continents

Cette infiltration s’est faite de deux manières différentes explique Fabrice Rizzoli, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste des mafias. "Des Calabrais ont émigré massivement à cause de la pauvreté, mais aussi, par exemple, à cause d’intempéries. Des villages entiers ont été ravagés par des écoulements de boue. Et ces villages ont fui et émigré en Australie", décrypte Fabrice Rizzoli.

Il y a aussi un mouvement volontaire vers l’étranger. Il y a plus de 30 ans, la mafia calabraise a envoyé des représentants dans les postes stratégiques du trafic de drogue. "Ces émissaires tiennent des "narco-comptoirs" en Colombie, au Venezuela", observe le spécialiste.

Le trafic de cocaïne n’est pas la seule activité de la 'Ndrangheta qui est aussi active dans d’autres activités criminelles comme les règlements de compte, le blanchiment d’argent, l’extorsion ou encore le trafic illégal de déchets.

Procès dans un bunker

Les accusés ont des profils divers. Il y a évidemment les mafieux, mais aussi leurs complices. Des dirigeants politiques, des fonctionnaires, des juges, des avocats, des policiers, des hommes d’affaires. Ils seront jugés dans une nouvelle installation créée pour l’occasion, une salle d’audience appelée "le bunker". Quelque 400 avocats défileront devant ce tribunal ainsi que 900 témoins et 58 collaborateurs de justice, des mafieux qui ont quitté l’organisation et qui sont placés sous protection policière.

Les charges retenues contre les accusés sont également hors norme. Association mafieuse, association criminelle visant le trafic de drogue, possession et port illicites d’armes à feu, meurtre, suppression de cadavres, vol et abus de pouvoir. Tous ces crimes sont associés de la circonstance aggravante du caractère mafieux.

Pour le spécialiste des mafias Fabrice Rizzoli, ce maxi-procès a déjà montré ses effets bénéfiques : "C’est une région où règnent l’omerta, la loi du silence, où il y a des meurtres irrésolus, où la pression sur les associations antimafias est quotidienne. L’annonce de ce procès a desserré l’étau sur les citoyens".

Un procès qui est le résultat du travail du plus célèbre procureur antimafia d’Italie : Nicola Gratteri. L’homme de 62 ans vit sous escorte policière depuis plus de trente ans. Ce procès va rentrer dans l’histoire judiciaire italienne.

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