Nazarbaïev à Bruxelles: visite d'un autocrate critiqué au narcissisme poussé à l'extrême

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, reçoit le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev
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Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, reçoit le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev - © European Union , 2016 / Source: EC - Audiovisual Service

Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev était en visite, ce matin, à Bruxelles. Il s’est notamment rendu devant la station de métro de Maelbeek pour y déposer une couronne de fleur et se recueillir. Il a également rencontré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et celui du Conseil européen, Donald Tusk. Une visite d’un homme politique qui a tout pour plaire. Mais derrière le voile se cache un autocrate qui ne souffre d’aucune véritable opposition politique, à la tête du Kazakhstan depuis 1989. Son secret : un peu de redistribution d’hydrocarbures et un véritable culte de la personnalité.

A la base, ouvrier dans la métallurgie, fils d’agriculteur pauvre, il a gravi les échelons pour devenir en 1989 le n°1 du Kazakhstan soviétique, premier secrétaire du Parti communiste local. A ce poste, il assure la transition du pays vers l’indépendance à la chute de l’URSS en 1991. Il sera élu pour la première fois, dans un scrutin où il était le seul candidat comme président du Kazakhstan. Le nouveau régime va alors rapidement verser dans une autocratie comme les républiques voisines d’Ouzbékistan et du Turkménistan.

Nazarbaïev dirige le pays d’une main de fer depuis 25 ans. Il a été réélu triomphalement l’année dernière, avec 97,7% des voix, à l’âge de 75 ans.

Distribution d'hydrocarbures et position centrale

Il faut dire que le président kazakh jouit d’un atout majeur. Il est à la tête du pays le plus prospère d’Asie centrale, notamment grâce aux hydrocarbures. Noursoultan Nazarbaïev a réussi à s’imposer peu à peu sur la scène internationale. Il a su se lier d’amitié aussi bien avec Moscou et Pékin qu’avec Washington, grâce à une politique étrangère "multivectorielle", selon les termes officiels. Pour ce faire, il a utilisé les énormes réserves d’hydrocarbures du pays en redistribuant un peu aux uns et aux autres des concessions pétrolières.

Exploitant les riches ressources naturelles (pétrole, gaz naturel, minerais) et la position stratégique du pays, au cœur du continent asiatique et véritable pont avec l’Europe, la politique de Nazarbaïev a contribué au miracle économique kazakh dont le PIB dépasse aujourd’hui celui de la Grèce. Malgré son bilan démocratique critiqué, le Kazakhstan a obtenu en 2010 la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Astana ou Nazarbaïev City, capitale du Kazakhstan

Le président Nazarbaïev sait se servir des bonnes vieilles recettes soviétiques, à commencer par un culte de la personnalité. Ce culte de la personnalité dont le président kazakh fait l’objet s’accroît d’année en année. A titre d’exemple, depuis 2012, le Kazakhstan célèbre une nouvelle fête nationale le 1er décembre, le "jour du premier président", en l’honneur de Nazarbaïev.

Astana, la nouvelle capitale du Kazakhstan, reste la meilleure illustration de cette autocratie orgueilleuse. La ville a été choisie comme nouvelle capitale du Kazakhstan indépendant par Nazarbaïev en 1997. Déjà, l’acte de naissance de la nouvelle capitale n’est plus officiellement le 10 décembre 1997, jour où a été signé le décret qui entérine une décision géopolitique, mais le 6 juillet 1998… Ainsi les dix ans d’Astana ont pu être fêtés en même temps que les 70 printemps de son fondateur.

Le président kazakh a développé cette ville à coup de milliards de dollars en travaillant avec les plus grands architectes du monde dont le japonais Kisho Kurokowa et le britannique Norman Foster. Astana, qui veut simplement dire "capitale" en kazakh pourrait être rebaptisée "Noursoultan", du moins quelques députés y travaillent.

Il faut dire que l’homme aime bien voir son nom écrit partout. Fin 2006, le parti présidentielle "Otan" a été rebaptisé "Nour Otan". Le siège du parti se situe sur la "Nour Zhol" (Chemin de la lumière), récemment encore appelée "Chemin vert".

A Astana, il y a la Mosquée de "Nour-Astana", la plus grande mosquée d’Asie centrale qui a été inaugurée le jour de l’anniversaire du président.

On retrouve également dans la nouvelle capitale l’Université Nazarbaïev et le "Musée du premier Président de la république du Kazakhstan", titre de "premier président" que Nazarbaïev s’est octroyé lui-même. En juin 2010, il est même devenu "chef de la Nation", titre qui lui confère à vie le pouvoir de décider des grandes orientations politiques du Kazakhstan.

La Tour Bayterek

A Astana toujours, au milieu des gratte-ciel biscornus et autres bizarreries architecturales, en plein cœur de "Nour Zhol", se dresse la Tour Bayterek, un édifice de 97 mètres de hauteur surplombé d’un globe de verre doré d’un diamètre de 22 mètres. C’est l’attraction touristique phare de la capitale kazakhe, elle offre une vue à 360° sur toute la ville.

Mais les touristes viennent surtout pour apposer leur main dans un bloc en or massif de 2 kilos marqué de l’empreinte de la paume du président. Cette même main "protectrice et soucieuse" orne les billets de banque de tout le pays. Au moment où les mains touchent le bloc, l’hymne national retentit, aux paroles retouchées par le président. Nazarbaïev apparait d’ailleurs dans la Constitution comme coauteur de l’hymne national.

Les touristes peuvent admirer dans le même temps l’imposant Palais Présidentiel. Le Palais "Ak Orda" (Maison Blanche), lieu de travail du président, est lui-même impressionnant, Un édifice imposant de 80 mètres de haut et d’une surface totale de 36 720 m².

Contesté à l'international

Si Nazarbaïev a toujours la cote auprès de ses citoyens selon les récents sondages, il n’en est pas de même sur le plan international. Ces derniers temps, les relations économiques se sont distendues avec la Russie, son plus proche allié. Sa réputation a également été ternie début des années 2000 par un scandale de corruption pour l’attribution de concessions pétrolières. Les ONG dénoncent régulièrement l’absence de démocratie au Kazakhstan. En 25 ans de règne, le président n’a jamais organisé d’élections libres.

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