Navalny, répression des manifestants: vers de nouvelles sanctions européennes contre la Russie

L’Union européenne s’apprête à prendre de nouvelles sanctions contre la Russie. La question est au cœur d’une réunion des ministres européens des affaires étrangères organisée, en présentiel, ce lundi 22 février.

Les relations Europe-Russie sont au plus mal. Elles se sont dégradées depuis l’empoisonnement puis l’emprisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny et la répression subie par ses sympathisants. Les Européens digèrent mal également l’affront, infligé à Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’Union, lors de sa récente visite à Moscou.

Le camouflet

C’était il y a deux semaines. Un souvenir douloureux pour le Haut représentant de l’Union européenne. D’abord, Josep Borrell n’avait pas obtenu la libération d’Alexeï Navalny qu’il était venu demander. Mais en plus, il apprenait, alors même qu’il était à Moscou, que trois diplomates européens se faisaient expulser de Russie pour leur prétendue sympathie pour le plus célèbre opposant au Président Vladimir Poutine.

Cette visite a relancé le débat sur de nouvelles sanctions contre la Russie. Si, globalement, les pays européens semblent aujourd’hui vouloir aller de l’avant, une majorité ne suffira pas. Pour adopter des sanctions, les 27 devront s’accorder à l’unanimité. Voilà sans doute pourquoi, en arrivant ce lundi 22 février à Bruxelles, plusieurs ministres des affaires étrangères ont insisté sur l’indispensable unité des Européens.

Des Européens divisés…

Mais la tâche est complexe. Face à la Russie de Vladimir Poutine, les Européens ont des positions diverses, "une palette de nuances" que détaillait le spécialiste des relations internationales, Tanguy de Wilde, professeur à l’UCLouvain, lors d’un entretien réalisé lors de la visite de Josep Borrell à Moscou : "Si on prend les extrêmes, il y a d’abord les inquiets, ceux qui disent : 'Regardez, la Russie est une menace'. Là, on a les pays baltes et la Pologne, en raison d’une proximité géographique et en raison d’une histoire douloureuse. A l’autre extrême, on a les très accommodants, je dirais plutôt Chypre, et la Grèce d’une certaine manière, pour des raisons d’affinités culturelles ou à cause de liens économiques forts. Enfin, au milieu, je mettrais les partenaires stratégiques que sont l’Allemagne, la France et d’une certaine manière l’Italie. L’Allemagne et la France ont avec la Russie une relation qui dépasse le bilatéral. Ces deux pays se rendent comptent qu’ils ont besoin de la Russie pour gérer des questions au Moyen-Orient par exemple, en Iran, en Libye ou en Syrie."

… sur l’ampleur des sanctions

Ces derniers pays veulent éviter une rupture pure et dure avec Moscou. Une préoccupation partagée par l’Espagne, comme l’atteste les déclarations d’Arancha Gonzalez Laya, la chef de la diplomatie espagnole en rejoignant ces homologues européens ce lundi 22 février : "La relation entre l’Union européenne et la Russie est en train de se détériorer, la situation en Russie également se détériore. L’Union européenne ne peut pas rester impassible. Nous allons réagir. Nous réagirons de manière unie, tous ensemble. En même temps, je crois qu’il sera utile de discuter de la coopération ou de la collaboration entre l’Union européenne et la Russie, une relation que nous devons stimuler car nous sommes des voisins et que nous sommes unis par des intérêts communs comme, par exemple, la lutte contre le changement climatique ou l’accord sur le nucléaire iranien."

Pour toutes ces raisons, l’Allemagne, la France, de même que l’Italie et l’Espagne, ne veulent pas de sanctions trop fortes contre Moscou alors qu’en face, les pays "inquiets" exigent de la fermeté et vont jusqu’à demander des sanctions économiques comme, par exemple, l’abandon du NordStream2, un gazoduc qui doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. Mais Berlin ne veut pas toucher à ce projet essentiel pour sa politique énergétique.

La solution de compromis ?

Le consensus se serait fait finalement autour du tout nouveau régime européen de sanctions pour les violations des droits humains à travers le monde. Ce mécanisme cible des personnes, des entités, des organismes responsables de crimes contre l’humanité, génocide, torture, arrestations arbitraires, etc.

Selon des diplomates européens, les ministres européens des Affaires étrangères de l'Union européenne ont donné leur feu vert à des sanctions contre quatre hauts responsables russes impliqués dans l'emprisonnement de l'opposant Alexeï Navalny. Il s’agirait du chef du Comité d'enquête fédérale, le directeur de l'autorité pénitentiaire russe, le commandant de la Garde nationale et le procureur général de Russie.

Ces personnes seraient également interdites de séjour dans l’Union européenne et leurs avoirs seraient gelés.

Cet accord politique reste à confirmer. Le Conseil des ministres européens des Affaires étrangères est toujours en cours.

Russie: la peine d'emprisonnement de Navalny est confirmée, JT 20/02/2021

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