Mur contre les migrants en Hongrie: la Commission pour des solutions de remplacement

La Commission européenne a exprimé jeudi ses réticences sur le projet de construction d'une clôture par la Hongrie le long de sa frontière avec la Serbie pour stopper l'entrée de migrants, rappelant qu'on n'avait que "récemment" abattu des murs en Europe en référence au rideau de fer.

"La Commission encourage les Etats membres à utiliser des mesures de remplacement", a déclaré une porte-parole, Natasha Bertaud, lors d'un point de presse. "Nous n'avons abattu que récemment des murs en Europe, nous ne devrions pas nous mettre à en construire de nouveaux", a-t-elle ajouté, en allusion à la décision de la Hongrie d'ouvrir progressivement sa frontière avec l'Autriche en 1989, déclenchant un mouvement d'ouverture Est-Ouest qui culmina avec la chute du mur de Berlin en novembre.

La Hongrie prévoit la construction d'une clôture de quatre mètres de haut sur les 175 kilomètres de sa frontière avec la Serbie, une décision qui a "surpris et choqué" Belgrade.

Budapest affirme avoir vu affluer 54.000 migrants et demandeurs d'asile depuis janvier, contre 2.000 au total en 2012. Les travaux pour ériger cette clôture commenceront "dès l'achèvement de la phase préparatoire" prévu le 24 juin, selon le gouvernement hongrois.

Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement, interrogé jeudi par l'AFP, a récusé toute comparaison avec le Rideau de fer démantelé en 1989. "Les parallèles historiques erronés n'aideront pas l'Europe à répondre à un défi nouveau. Nous n'avons pas affaire aujourd'hui à un problème intra-européen comme lors de la Guerre froide", mais à "des gens arrivant de pays tiers", a-t-il souligné.

Selon Natasha Bertaud, les Etats membres ont effectivement la responsabilité de sécuriser leurs frontières. "Toutefois, toute mesure (...) doit être véritablement conforme aux règles européennes et obligations internationales" de l'UE en matière d'accueil de demandeurs d'asile et de réfugiés, ainsi qu'avec "le principe humanitaire de non refoulement", a ajouté la porte-parole de la Commission. Elle a aussi rappelé que Bruxelles avait rejeté des demandes de financement présentées à l'UE par des Etats membres pour ériger des clôtures (l'Espagne pour ses enclaves d'Afrique du Nord, la Grèce pour sa frontière avec la Turquie).

En érigeant une clôture, on empêche une personne fuyant la guerre ou les persécutions d'atteindre physiquement l'administration d'un pays où il pourra déposer sa demande d'asile. Si elle est justifiée, cette demande ouvre automatiquement droit à une protection et à un permis de séjour en vertu du droit international, font valoir les ONG. Un responsable de l'ONU en déplacement à Bruxelles a jugé "très fâcheuse" la décision de Budapest, estimant qu'elle risquait de "renforcer" l'activité des trafiquants et la vulnérabilité des migrants. "Pour moi c'est la réponse national-populiste à ce problème (...) exactement le contraire de ce qu'il faut faire pour le traiter. Les trafiquants auront toujours un coup d'avance", a dit François Crépeau, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des migrants, faisant un parallèle avec l'échec de la prohibition aux Etats-Unis il y a un siècle.

"Le principal défi c'est qu'une frontière doit rester perméable à ceux qui viennent demander l'asile", a fait remarquer de son côté John Dalhuisen, d'Amnesty International, qui s'exprimait aussi devant des journalistes jeudi dans la capitale européenne.

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