Mur anti-migrants: une promesse de Trump qui tarde à se réaliser

La Cour suprême américaine a validé vendredi le financement du mur à la frontière avec le Mexique avec des fonds du Pentagone, mais la construction de cette barrière anti-immigration s'avère être un chemin de croix pour le président Donald Trump. Promesse phare de la campagne du candidat républicain, dont la première mention date du 5 août 2014, la réalisation du mur a fait l'objet de nombreuses batailles, au Congrès et en justice.

Une promesse de campagne

"Je vais bâtir le plus grand mur que vous ayez jamais vu. Ce sera un mur Trump, un mur magnifique", assure le magnat de l'immobilier pendant la campagne présidentielle.

La barrière, le long des quelque 3.200 kilomètres de la frontière avec le Mexique, doit protéger le pays des migrants illégaux, demandeurs d'asile, criminels et trafiquants de drogue.

Il signe un décret présidentiel lançant ce projet le 25 janvier 2017.

Difficile à financer

D'après diverses estimations, la construction de ce mur pourrait coûter au total jusqu'à 20 milliards de dollars. En août 2016, le milliardaire assure que le Mexique "paiera pour le mur, à 100%", même si les Mexicains "ne le savent pas encore". En août 2017, il souligne que le Mexique "paiera sous la forme d'un remboursement ou autre". En décembre 2018, il continue à assurer que Mexico paiera dans le cadre des négociations d'un accord commercial. En même temps, il se tourne vers le Congrès pour demander un budget de 5,7 milliards de dollars pour sa construction.

Quand le Congrès refuse de lui accorder les fonds, il affirme que l'armée construira les sections du mur restantes.

M. Trump signe finalement en février 2019 un "décret d'urgence nationale" pour contourner le Congrès et débloquer 6,7 milliards de fonds fédéraux. Il entend notamment utiliser 3,6 milliards de dollars destinés à la construction d'installations militaires et 2,5 milliards de dollars devant bénéficier à la lutte contre le trafic de drogue.

Pour le budget 2020, le gouvernement américain a prévu de réclamer 8,6 milliards de dollars.

Freiné par les recours

La construction du mur a donné lieu à des batailles politiques entre l'administration républicaine et l'opposition démocrate, qui a repris le contrôle de la Chambre basse du Congrès après les élections de novembre 2018, ainsi que des recours judiciaires.

Le bras de fer entre Donald Trump et le Congrès provoque 35 jours de fermeture partielle de l'administration fédérale ("shutdown") au tournant de 2018-2019, un record.

Le président doit finalement se contenter d'un budget de 1,4 milliard de dollars pour renforcer la clôture sur 88 km. Il décide alors d'activer les pouvoirs extraordinaires que lui confère le décret "d'urgence nationale".

Mais ce décret est invalidé en mars par une résolution du Congrès, un vote camouflet pour M. Trump, qui voit douze sénateurs de son propre camp s'allier aux démocrates. Il doit utiliser, pour la première fois de sa présidence, son droit de veto pour débloquer les fonds.

En mai 2019, un juge de Californie bloque à son tour temporairement le décret présidentiel. M. Trump se tourne alors vers la Cour suprême, qui a donné raison vendredi au gouvernement, l'autorisant à utiliser 2,5 milliards de dollars du budget du Pentagone.

En 2017, le procureur général de Californie, un bastion démocrate farouchement opposé à la politique migratoire de M. Trump, avait porté plainte contre la construction de portions de mur dans les comtés frontaliers de San Diego et Imperial. Il avait été débouté par un juge fédéral.

A géométrie variable

Environ un tiers de la frontière est déjà sécurisé par un mur, des barrières ou des barbelés, d’autres éléments comme le fleuve Rio Grande formant une frontière naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique.

D'abord en béton armé, le projet devient un mur en acier "avec des ouvertures" ou des piquets d'acier, en passant par un "mur solaire" pour "générer de l'énergie". Huit prototypes grandeur nature, jusqu'à neuf mètres de haut et de large, ont été construits à côté de San Diego, en Californie.

En février, le conseiller politique de la Maison Blanche Stephen Miller a assuré que le mur était en construction sur 200 km.


 

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