Moscou: des milliers de personnes aux funérailles de Boris Nemtsov

Bravant le froid, des milliers de personnes ont fait la file afin de rendre un dernier hommage à M. Nemstov, selon les images diffusées par les médias russes.

Sa dépouille mortelle devait être exposée de 10h00 à 14h00 (08h00 à 12h00 HB) au Centre Sakharov, musée consacré aux droits de l'Homme et à l'académicien dissident soviétique Andreï Sakharov, avant l'enterrement au cimetière moscovite de Troïekourovskoïe.

"C'était quelqu'un dont je me sentais proche. Je voulais lui dire adieu. C'était un homme qui avait des principes, un homme charismatique. Peu m'importe qui l'a tué, c'est une perte irréparable", lance Maria Koniakova, une psychologue.

La mère et les enfants de Boris Nemtsov sont devant le cercueil ouvert, comme le veut la tradition orthodoxe. Des anonymes et des personnalités viennent s'incliner, faire le signe de croix et déposer des fleurs. Certains ont les larmes aux yeux.

Ambassadeur des États-Unis

Parmi eux, la veuve de l'ancien président de Russie Boris Eltsine, dont Nemtsov avait été vice-Premier ministre, l'ancien Premier ministre de Poutine passé à l'opposition, Mikhaïl Kassianov, l'ancien Premier ministre britannique, John Major, et l'ambassadeur des États-Unis, John Tefft, qui a présenté "les profondes condoléances du président et du peuple américain pour la mort de ce grand patriote russe".

"Je suis venu parce que j'ai honte de mon pays, de mes concitoyens, du fait que nous n'avons pas pu empêcher une chose pareille. Poutine est coupable, mais nous aussi", estime Dmitri Afanassiev, un médecin.

Une couronne a été envoyée par le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, et plusieurs membres du gouvernement sont venus rendre hommage à Boris Nemtsov, notamment les vice-Premiers ministre Arkadi Dvorkovitch et Sergueï Prikhodko.

Les ambassadeurs des pays européens et plusieurs personnalités étrangères, parmi lesquels le chef de la diplomatie lituanienne, Linas Linkevicius, le maire de Riga, la capitale lettonne, Nils Usakovs, et le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Konrad Pawlik, ont annoncé leur intention de participer aux obsèques de l'opposant radical à Vladimir Poutine tué à 55 ans.

Entrée refusée

Mais certains d'entre eux en ont été empêchés: le président du Sénat polonais, Bogdan Borusewicz, a déclaré que les autorités russes lui avaient refusé l'entrée en Russie, en réponse aux sanctions européennes contre Moscou, et l'eurodéputée lettonne Sandra Kalniete a annoncé lundi soir avoir été refoulée à l'aéroport international de Moscou-Sheremetievo. L'ambassadeur de l'Union européenne, Vygaudas Usackas, a présenté mardi ses condoléances à la famille de Boris Nemtsov "au nom de tous les ambassadeurs des pays de l'UE, et au nom des Européens qui n'ont pas été autorisés à se rendre à la cérémonie d'adieux".

Ce refus d'entrée en Russie, opposé notamment à l'eurodéputée lettone Sandra Kalniete, mais aussi au président du Sénat polonais Bogdan Borusewicz, est "une claire violation des principes de base", a commenté une porte-parole du service diplomatique européen, Maja Kocijancic.

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, condamné fin février à 15 jours de prison pour distribution "illégale" de tracts dans le métro de Moscou, n'a pas été autorisé par la justice à rendre un dernier hommage à son compagnon de lutte.

La compagne ukrainienne de Boris Nemtsov, Ganna Douritska, qui était à ses côtés quand il a été abattu de quatre balles de revolver, ne participe pas non plus aux obsèques. Elle a finalement pu quitter Moscou lundi soir après avoir affirmé qu'on ne l'autorisait pas à rentrer en Ukraine.

"J'ai le droit de quitter la Russie, je ne suis pas un suspect. Je suis témoin et j'ai donné toutes les informations que j'avais, j'ai tout fait pour aider les enquêteurs", avait-elle déclaré à la chaîne de télévision d'opposition Dojd.

Le porte-parole du Comité d'enquête de Russie, Vladimir Markine, a démenti mardi que Ganna Douritska ait été retenue contre son gré. Il a ajouté que l'enquête se poursuivait, sans pour autant faire état d'avancée permettant d'identifier les exécutants et les commanditaires de cet assassinat.

Les enquêteurs russes ont déclaré n'écarter aucune piste: le crime politique comme la piste islamiste en raison du soutien de l'opposant au journal satirique français Charlie Hebdo, ou celle d'un meurtre lié au conflit ukrainien et commis par des "éléments radicaux".

RTBF, avec agences

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