Mort du ministre français Robert Boulin: 40 ans après, le mystère demeure

C’était le 30 octobre 1979 au matin, le corps sans vie du ministre du Travail et de la Participation Robert Boulin, 59 ans, était retrouvé au bord d’un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines dans l’ouest parisien. Noyé… dans 50 cm d’eau. Un suicide par barbituriques et noyade. C’est en tout cas la thèse officiellement retenue, confirmée par la justice à travers un non-lieu rendu en 1991. Sauf que 40 ans plus tard, les rumeurs et les doutes persistent.

Le dossier a été finalement rouvert en 2015 grâce à l’acharnement des descendants du défunt. Une nouvelle plainte aboutit alors à l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire contre X pour "enlèvement" et "assassinat". La propre fille du ministre, Fabienne Boulin-Burgeat, 68 ans désormais, défend depuis 40 ans la thèse d’un "assassinat politique". 40 ans plus tard, après avoir fait réaliser ce lundi une énième reconstitution privée de la scène de découverte du corps de son père dans l’étang, elle dit espérer "un point de bascule" vers la vérité, appelant à l’aide du chef de l’Etat, le président Emmanuel Macron, "comme il l’a fait dans l’affaire Audin".

Le militant communiste Maurice Audin, avait disparu en 1957 en Algérie, mort sous la torture. Emmanuel Macron avait reconnu en 2018 la responsabilité de l’Etat français, demandé "pardon" à sa veuve, et annoncé l’ouverture des archives sur cette disparition, ouverture confirmée par un arrêté au Journal officiel en septembre. "Comme il l’a fait dans l’affaire Audin, il est peut-être temps maintenant de dire la vérité sur toutes les affaires qui sont couvertes par le secret", a déclaré Fabienne Boulin, lors d’une cérémonie à Libourne, où Robert Boulin fut maire pendant 20 ans. La façade de la mairie s’orne depuis plusieurs jours d’une grande banderole avec un portrait de Robert Boulin, disant : "40 ans après, les Libournais veulent toujours connaître la vérité sur la mort de Robert Boulin"."Il y a des gens très bien dans la justice, la police, la magistrature, et puis il y a des gens qui gardent encore à l’esprit qu’il faut protéger la pseudo-raison d’Etat, sont très soumis au pouvoir", a-t-elle déploré. "Je voudrais une prise de conscience des politiques, notamment d’Emmanuel Macron, pour qu’ils permettent que tous ces témoins puissent calmement et sereinement être entendus".

Une reconstitution 40 ans après les faits

Confortée par les révélations de diverses enquêtes de journalistes et une série d’ouvrages récents, croisant les témoignages de l’époque, Fabienne Boulin demeure persuadée que son père a été victime d’une élimination politique et du climat de son époque, le crime étant maquillé en suicide. La nouvelle s’étant répandue avec la version du suicide alors que le corps n’avait pas encore été évacué par pompiers et policiers. La 305 Peugeot bleue métallisée de Robert Boulin est fermée à clé, à quelques mètres de la berge. Un papier bristol à l’en-tête du ministère du Travail se trouve sur le tableau de bord. Au recto, un message manuscrit signale que les clés de la voiture sont dans la poche droite du pantalon du ministre. Au verso, quelques mots adressés à sa famille : "Embrassez éperduement [sic] ma femme, le seul grand amour de ma vie. Courage pour les enfants. Boby." Le corps est rapidement installé dans un hélicoptère, direction l’Institut médico-légal de Paris, sans constatations médico-légales sur le corps à la sortie de l’eau. La mort est située à la veille au soir. Officiellement, le ministre n’aurait pas supporté de voir son nom sali dans un scandale de transaction immobilière irrégulière. On trouvera opportunément un brouillon de lettre de suicide dans la poubelle de son bureau à son domicile. Neuf autres lettres arriveront aussi dans les jours suivants dans différents médias signées du mort, annonçant son suicide. Dactylographiées. Malgré les questions, les doutes déjà, la famille encaisse et se tait.

Pendant un an. Et puis surgissent les clichés du corps sortis de l’eau, et les déclarations d’un sauveteur. Autre vérité possible, Robert Boulin ne serait pas mort noyé, mais frappé, tabassé à mort et jeté dans l’étang. Le corps était tuméfié – ce que confirmera une deuxième autopsie après exhumation et malgré des soins d’embaumement non voulus par la famille, et la disparation de nombreuses pièces à convictions. Ce que répète aujourd’hui encore Fabienne Boulin, sur base de la "reconstitution citoyenne" qu’elle a organisée ce lundi. Elle fait aussi état de "révélations" qu’elle doit présenter jeudi en conférence de presse à Paris avec son avocate Me Marie Dosé. L’affaire est donc encore loin d’être close… 40 ans après. La volonté de la famille étant de lever définitivement ce qu’elle appelle un "mensonge d’état". Ainsi plusieurs personnes, comme le Premier ministre d’alors Raymond Barre, ont raconté avoir été mises au courant au milieu de la nuit de la mort du ministre, bien avant l’heure officielle de découverte du corps. Curieux, n’est-il pas ? Selon Fabienne Boulin, son père aurait pu révéler des affaires gênantes, notamment sur le financement des partis politiques en plein déchirement de la Droite française entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Le jour de sa disparition, Boulin aurait sorti des dossiers du coffre-fort de son bureau, rappelle sa fille. Des dossiers jamais retrouvés.

Archives SONUMA/RTBF: "Au nom de la loi" se souvient de l'affaire Robert Boulin (03/02/1984)

Sujet lancé par Michel Hellas.

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