Mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi: chronologie d'un scandale international

Samedi dernier, les autorités saoudiennes ont reconnu que le journaliste indépendant et correspondant "opinion" pour le Washington Post, Jamal Kashoggi, était mort dans son consulat turc d’Istanbul début octobre. Retour sur une mort qui met à mal les relations de l'Arabie saoudite avec le reste du monde.

Le 2 octobre : Il est 12h14 ce mardi-là. Jamal Khashoggi entre au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, en Turquie. Motif de sa visite : le journaliste doit demander un document officiel prouvant qu’il n’est pas marié.

Le 3 octobre : Le journaliste ne donne aucune nouvelle. Sa fiancée et son employeur, le Washington Post, ne parviennent pas à le joindre.

Le 4 octobre : Ryad affirme que le journaliste est bien venu au consulat mais qu'il a quitté le bâtiment. Le prince héritier saoudien déclare : "D’après ce que j’ai compris, il est entré et est ressorti après quelques minutes ou une heure. Je ne suis pas sûr."

Le 6 octobre : Les autorités turques affirment que le correspondant de presse a été tué à l’intérieur du consulat par une équipe de Saoudiens. Ryad dément. Istanbul demande à fouiller les lieux.

Le 8 octobre : Le président américain Donald Trump s’exprime pour la première fois : il se dit "préoccupé."

Le 10 octobre : Une vidéo-surveillance de l’ambassade montre un van entrer dans l’enceinte du consulat puis ressortir pour se rendre à la résidence privée du consul. Le département d’état américain affirme : "Nous n’étions pas informés à l’avance de la possible disparition de Jamal Khashoggi ". Donald Trump, lui, réclame des explications.

Le 11 octobre : Ankara prétend détenir des enregistrements audio prouvant que Jamal Kashoggi a été tué et démembré dans le consulat. Le journaliste était équipé d’une montre intelligente connectée à un téléphone.

Le 13 octobre : Ankara parle de bâtons dans les roues de la part de Ryad qui ne collabore pas et se tait dans toutes les langues. Donald Trump affirme que Ryad est derrière la disparition du journaliste et menace les Saoudiens "d’un châtiment sévère". Pas de quoi faire trembler le Royaume saoudien. Sa bourse perd toutefois 7% en quelques heures.

Le 16 octobre : Le président américain adoucit son discours. "Il faut que nous sachions d’abord ce qu’il s’est passé." Il réclame l’application du principe d’innocence. Dans la foulée, il conteste vouloir "couvrir" ses alliés saoudiens mais souligne néanmoins que les USA ont besoin de l’Arabie dans la lutte contre le terrorisme.

Le 18 octobre : Les Turcs diffusent des images retraçant les mouvements d’un officier de sécurité saoudien. L'homme est présenté comme probable chef de l’équipe d’exécution. C’est le quotidien turc progouvernemental Sabah qui diffuse les vidéos de l’officier, un certain Maher Abdulaziz Mutreb. Washington reconnaît que Khashoggi est très probablement mort. "C’est mauvais, très mauvais" déclare Donald Trump. Mais il accorde toutefois un délai supplémentaire à Ryad pour s’expliquer.

Le 19 octobre : Des fouilles sont menées au consulat, à la résidence du consul, les employés turcs sont interrogés. Pendant ce temps, quatre ONG de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse lancent un appel aux Nations unies pour réclamer une enquête indépendante. "Ce que nous essayons de faire, c’est d’empêcher que cette affaire soit étouffée. C’est pourquoi nous disons que la Turquie peut aller directement voir le secrétaire général et ça peut aller très vite" déclare Lou Charbonneau de Human Rights Watch.

Le 20 octobre : Ryad reconnaît que le journaliste est mort au consulat, sans toutefois révéler d'informations permettant de localiser son corps. Une commission d’enquête est ouverte, deux hauts responsables ont été limogés et 18 ressortissants saoudiens sont arrêtés. Dans le même temps, les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant notamment une vaste forêt proche d'Istanbul, et Ankara a annoncé qu'elle allait "tout" révéler sur le sort du journaliste.

Les Etats-Unis, la France l'UE, l'Allemagne réagissent. A un journaliste qui lui demandait s'il jugeait "crédible" la version annoncée par Ryad, le président américain Donald Trump a pour sa part répondu: "Oui, oui". La chancelière allemande Angela Merkel a jugé "insuffisantes" les premières explications saoudiennes et dit attendre de Ryad "la transparence sur les circonstances de la mort et ses raisons de fond". Par ailleurs, l’Allemagne s'est dite prête à un éventuel gel de ses exportations d'armes vers l'Arabie Saoudite.

Le 21 octobreL'Arabie saoudite reconnait une "erreur monumentale" dans l'affaire Khashoggi au cours d'une interview du ministre saoudien des Affaires étrangères sur la chaîne de télévision américaine Fox News. Un peu plus tôt dans la journée, Donald Trump avait changé son fusil d'épaule en évoquant les "mensonges" de Ryad.

En Belgique, "Nous n'excluons pas une suspension de la livraison des armes à l'Arabie saoudite", déclare Willy Borsus privilégiant néanmoins une réaction européenne concertée. 

Le 22 octobre : Nouvelles déclarations turques. Le président turc Recep Tayyip Erdogan promet la vérité sur l'affaire tandis que l'Arabie saoudite dénie de nouveau savoir où se trouve le corps de Jamal Khashoggi. Et comme pour étayer les propos turcs, CNN dévoile des images exclusives montrant un homme "doublure" de Jamal Khashoggi sortant de l'Ambassade d'Arabie saoudite, un sosie qui démontre, selon les Turcs, la préméditation du meurtre.

Chez nous, le cdH réclame un embargo européen dans les relations avec l'Arabie saoudite.

Le 23 octobre Tandis qu'à Ryad s'ouvre le "Davos du désert", mis à mal par l'affaire Khashoggi, Recep Tayyip Erdogan enfonce à nouveau le clou lors d'une réunion de son parti (l'AKP) parlant d'un meurtre "planifié" des jours à l'avance. Les perquisitions continuent près d'Istanbul pour trouver des preuves du meurtre. 

Le 24 octobre Lors de la conférence internationale sur l'investissement à Ryad, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a fait un discours dans lequel il parle d'une mort "douloureuse et injustifiée". Cela n'a pas empêché la France d'affirmer qu'elle prendra des sanctions si la responsabilité de Ryad est "avérée". Sur l'antenne de la Première, la journaliste française Christine Ockrent a également réagi: "Tout ça s'inscrit dans un jeu de puissances", a-t-elle notamment expliqué.

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