Mort de George Floyd : le genou à terre, un symbole fort de la lutte contre racisme

La contestation ne faiblit pas depuis le décès de George Floyd, mort après avoir été écrasé au sol durant plus de 8 minutes par plusieurs policiers lors de son arrestation à Minneapolis. Les manifestations s’enchaînent et se multiplient dans les grandes villes américaines mais aussi aux quatre coins de la planète.

Des manifestations pour dénoncer les violences policières aux Etats-Unis et plus largement, le racisme qui gangrène la société américaine. Les manifestants qui participent à ces actions, répètent sans cesse le même geste en posant un genou à terre. Des images qui désormais inondent les réseaux sociaux et les chaînes télévision. Mais que symbolise ce genou au sol et d’où vient cette symbolique ?

La rébellion du quaterback

Ce genou à terre a été remis au-devant de la scène il y a 4 ans par Colin Kaepernick. Le 26 août 2016, Colin Kaepernick, joueur professionnel de football américain, au sein de la NFL (Ligue nationale de football américain), reste assis sur le banc de touche pendant l’hymne national américain. Au match suivant, alors qu’il est censé – à l’instar des autres joueurs – se lever et regarder la bannière étoilée pendant que retentit le "Star-Sprangled Banner", l’athlète et son coéquipier Eric Reid se tiennent sur le terrain, mais ils posent un genou à terre. Kaepernick devient dès ce moment, le sportif le plus détesté pour une partie des Américains.

Par ce geste, Colin Kaepernick entend protester contre les violences policières envers les Afro-Américains. Un geste hautement symbolique puisque pour certains, ce genou au sol pendant l’hymne national est un geste antipatriotique. Une insulte aux militaires qui ont servi et trouvé la mort sous les drapeaux. Colin Kaepernick expliquera : " Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs et les gens de couleur. Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis. Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure".


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Une trahison

Quand on connaît l’importance du patriotisme aux États-Unis on comprend que cette polémique a divisé l’opinion publique américaine jusqu’à en faire réagir le président américain lui-même. Le geste de Colin Kaepernick avait agacé Donald Trump, au point de le faire sortir de ses gonds lors d’un meeting en Alabama en 2017. " N’aimeriez-vous pas voir des dirigeants de la NFL, quand quelqu’un ne respecte pas notre drapeau… De dire sortez ce fils de pute du terrain", avait alors hurlé Donald Trump. Le mouvement " Take a knee " ( pose un genou à terre ") est né suite à cette sortie du Président. Une façon aussi de marquer sa désapprobation face à la politique de Donald Trump.

Trump s'attaquant à Kaepernick dans son discours en Alabama


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Le signe de protestation de Colin Kaepernick sera repris et copié par de nombreux autres sportifs et personnalités aux États-Unis. Cependant, il sera le seul à payer son geste. Kaepernick est désormais un paria en NFL et aucune équipe ne l’a recruté depuis l’expiration de son contrat avec les " San Francisco 49ers " en janvier 2017. Mais le quaterback signera un plantureux contrat avec la marque Nike, qui en fera un visage de la lutte contre le racisme.

L’origine du symbole

Mais pourquoi Colin Kaepernick a-t-il décidé de poser un genou au sol pour marquer sa désapprobation face aux violences policières envers les Afro-Américains ? D’où vient ce geste ?

Son histoire remonte à l’époque de la lutte pour les droits civiques, comme l’explique l’historien spécialiste des États-Unis François Durpaire : " Le mouvement des droits civiques date des années 1950,1960. Ce genou au sol en était l’un des symboles. Il est en fait un geste de prière et de recueillement que l’on fait de manière très précise, avec le coude droit sur le genou, la main gauche tenant le coude droit et la tête baissée. Ce sont des prières que l’ont fait durant cette période de la lutte pour les droits civiques. Ce qui témoigne du mouvement très spirituel et religieux de ce mouvement. On se souvient notamment de la photo de Martin Luther King, grande figure du combat pacifiste pour les droits civiques, s’agenouillant le 1er février 1965 à Selma (Alabama) ".

Martin Luther King un genou à terre à Selma

Aujourd’hui ce genou à terre est devenu le symbole de la contestation pacifique pour dénoncer la violence envers les Noirs aux États-Unis. Un symbole adopté aujourd’hui par les manifestants, quelles que soient leurs couleurs de peau, mais aussi par certains policiers et membres de la garde nationale aux quatre coins du pays.

Un geste fort pour François Durpaire : " C’est une manière pour ces policiers blancs et pas uniquement, de montrer leur solidarité pour ce mouvement des droits civiques. Il n’y a pas d’ambiguïté possible. C’est donc aussi une marque forte d’espérance. Tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc, c’est aussi une façon de montrer qu’il y a une Amérique qui cherche des solutions ". De nombreuses personnalités ont marqué leur adhésion au mouvement de contestation. Parmi elles, il y a notamment Joe Biden le candidat démocrate à la présidence pour les élections qui auront lieu en novembre.

2 symboles en 1

Les manifestants de ces derniers jours ont donc décidé de mimer ce genou à terre de Martin Luther King et de Colin Kaepernick. Parmi ces protestataires, nombreux sont ceux qui allient aussi d’autres postures et gestes symboliques. C’est ainsi que certains, genou à terre, lèvent leur poing fermé vers le haut. Un autre symbole de la lutte pour les droits de la communauté noire aux États-Unis. " Il s’agit du poing levé par Tommie Smith et John Carlos aux jeux olympiques de 1968. C’est le geste des Black Panthers qui est plus dans l’extériorité, dans la revendication, dans l’enracinement politique. Faire ces deux gestes en même temps c’est sans doute une façon de rendre hommage aux deux phases du même combat ", explique François Durpaire.

Un troisième geste se retrouve aussi beaucoup dans les manifestations. On a pu voir des images de manifestants s’allonger complètement sur le sol, ventre à terre. Pour François Durpaire, s’allonger de cette façon est une référence directe à George Floyd : " Se coucher à terre c’est automatiquement un hommage à George Floyd mais aussi à Eric Garner qui est mort dans les mêmes circonstances que George Floyd. Il y a six ans Eric Garner s’était fait plaquer au sol par plusieurs policiers alors qu’il n’était pas armé. Il mourra par asphyxie des causes de cette arrestation brutale. Ses derniers mots seront les mêmes que ceux de George Floyd : " I can’t breathe ".

Des symboles pas près de disparaître

Tous ces gestes symboliquement forts sont repris par le mouvement Black Lives Matter (la vie des Noirs compte). Né en 2013, ce mouvement était à l’origine un hashtag (#) sur les réseaux sociaux. Il faisait suite à l’acquittement de George Zimmerman qui avait abattu Trayvon Martin un jeune garçon noir de 17ans.

Tous ces symboles devraient continuer à inonder les réseaux sociaux et les images dans les journaux télévisés dans les jours et semaines qui viennent tant le dialogue semble coupé entre les manifestants (et donc aussi le mouvement Black Lives Matter) et l’administration du président Donald Trump. Un mouvement qui pourrait ne plus se contenter de gestes symboliques si la répression des forces de police et de l’armée devait continuer à se radicaliser.

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