Mort de George Floyd : "Cette vidéo a légitimé plein de revendications"

Yannicke De Stexhe
Yannicke De Stexhe - © RTBF

CQFD, ce qui fait débat, en mode grand entretien : 25 minutes avec un spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre l'actualité. La mort de George Floyd, un homme noir tué par un policier blanc la semaine dernière à Minneapolis, a déclenché un vaste mouvement de protestation aux Etats-Unis, et au-delà. Notre invitée ce mercredi : Yannicke De Stexhe. Doctorante à l'UCLouvain, elle effectue une thèse sur le mouvement social "Black Lives Matter" aux USA.

Pourquoi cet embrasement?

La vidéo de la mort de George Floyd est diffusée en direct sur les réseaux sociaux le 25 mai. Les images choquent et deviennent rapidement virales. On y voit une équipe de 4 policiers interpeller l'homme de 46 ans avec force. L'un d'eux maintient de nombreuses minutes son genou sur le cou de l'individu, pourtant désarmé. "I can't breathe" ("je ne peux pas respirer") dira George Floyd à de nombreuses reprises. Plusieurs passants tentent également d'alerter les policiers. De les empêcher d'agir de la sorte. Mais il est trop tard. Quand l'ambulance arrive, George Floyd est inconscient. Et meurt peu de temps après.

Cette vidéo a légitimé plein de revendications de personnes qui avaient dit elles-mêmes qu'elles ou leurs proches avaient subi des violences.

Pour Yannicke De Stexhe, chercheuse à l'UCLouvain, plusieurs facteurs peuvent expliquer la résonance de cet événement aujourd'hui. "Cette vidéo vraiment tragique est devenue virale très vite. Et elle est absolument inattaquable. On ne peut que condamner ce qu'il se passe", dit-elle. "Cette vidéo a du coup légitimé plein de revendications de personnes qui avaient dit elles-mêmes qu'elles ou leurs proches avaient subi des violences. Elles s'est donc reliée à beaucoup d'autres vidéos, à beaucoup d'autres cas qui eux n'ont pas eu "la chance d'avoir des vidéos""

"Il n'y avait plus que des nouvelles sur le Covid. Il y avait donc de la place pour cette actualité dans le débat public.

Pour Yannicke De Stexhe, il ne faut pas non plus oublier qu'on est dans une situation très particulière aujourd'hui. "On est en situation de pandémie", rappelle-t-elle. "Et cette pandémie, aux Etats-Unis comme ailleurs, elle a mis en relief des inégalités socio-économico-raciales très fortes. La population afro-américaine est aujourd’hui très exposée à la crise, car elle fait partie des travailleurs essentiels." Comprenez par là que ces travailleurs n'ont pas pu se confiner comme d'autres.

Cette actualité liée à la pandémie de COVID-19 a également fait disparaître d'autres actualités du devant de la scène médiatique. "Il n'y avait plus que des nouvelles sud le Covid. Et donc ça a laissé la place dans le débat public pour parler de ce qu'il se passait ici. C'est une hypothèse, mais je me demande si ça n'a pas joué."

Au cœur de la mobilisation : le mouvement Black Lives Matter

Yannicke De Stexhe consacre actuellement sa thèse de doctorat au mouvement Black Lives Matter, qui se traduit littéralement par "La vie des Noirs compte". Ou "Les vies noires comptent." C'est un mouvement militant afro Américain, qui se mobilise contre la violence et le racisme envers les Noirs. Ses membres accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité de certains agents de police, et à l'inégalité raciale dans le système judiciaire américain.

Le mouvement Black Lives Matter est né en juillet 2013, sur twitter. Avec tout d'abord un simple hashtag apparu suite à l'acquittement de George Zimmerman. Un latino-américain qui coordonnait la surveillance de voisinage dans son quartier, et qui avait tué un adolescent noir, Trayvon Martin en Floride. Ce verdict agira comme un électrocho pour beaucoup de gens. Et notamment pour 3 femmes : Alicia Garza, Opal Tometi et Patrisse Cullors. Elles sont à l'origine de ce hashtag, des premières manifestations et puis du mouvement Black Lives Matter. 

Le slogan Black Lives Matter ressort régulièrement dans l'actualité et sur les réseaux sociaux. C'est une nouvelle fois le cas aujourd'hui, suite au décès de George Floyd. Yannicke De Stexhe est en contact avec plusieurs de ses membres, dans le cadre de sa recherche. "Je leur ai demandé cet après-midi s'ils allaient bien. Et de ce que j'ai vu, avant George Floyd déjà, il y avait beaucoup beaucoup de fatigue. Beaucoup de frustrations, ce qui n'est évidemment pas étonnant. Ce sont des gens qui sont mobilisés, comme ils le disent parfois eux-mêmes, depuis toujours. (...) Et donc il y a vraiment un aspect désenchanté qui est très fort. Et qui ici se transforme. On voit pas mal de frustrations. De ne pas être entendus."

Il y a beaucoup d'incertitudes de voir comment ça va tourner. Est-ce que ça va devenir encore plus risqué de sortir?


 

Le mouvement Black Lives Matter n'a pas vraiment de structure. Vu de l'extérieur, il s'agit plutôt d'une plateforme en ligne qui rassemble des activistes qui partagent des valeurs et des buts similaires. "J'ai mis beaucoup de temps à comprendre ce qu'il en était", avoue Yannicke De Stexhe. "Black Lives Matter est à la base un hashtag. Qui a été transformé en organisation par ses 3 créatrices, un an plus tard. Cette organisation a des principes fondateurs. Elle a des antennes à travers tous les Etats-Unis et même au-delà. Il y a donc des militants officiels (...), mais la majorité du mouvement ce sont des gens qui mettent en acte l'idée qu'il y a derrière la phrase 'Black Lives Matter'. (...) Et toutes les personnes qui se retrouvent dans cette phrase peuvent dire qu'elles font partie de Black Lives Matter." Il s'agit donc d'un mouvement très large, qui regroupe différentes façons d'analyser la société et de voir la lutte.

Le mouvement a-t-il dès lors des leaders? "Il y a des gens qui émergent de façon organique", nous explique la doctorante de l'UCLouvain. Dans les manifestations, "certains discours faits par des militants ont beaucoup plus d'échos que d'autres et s'imposent davantage." Quant aux actes plus violents que l'on constate aussi ces jours-ci, en marge de certaines manifestations : "je constate sur mes réseaux qu'il y a beaucoup de questionnements sur qui sont ces gens-là", explique Yannicke De Sterxhe. S'agit-il de personnes infiltrées?. "Il y en a d'office", répond-t-elle.
 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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