Monica Frassoni (Verts européens) sur l'Italie: "Matteo Salvini est imbu de sa super-puissance"

Monica Frassoni (Verts européens) sur l'Italie: "Matteo Salvini est imbu de sa super-puissance"
Monica Frassoni (Verts européens) sur l'Italie: "Matteo Salvini est imbu de sa super-puissance" - © Tous droits réservés

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a annoncé mardi devant le Sénat qu'il allait remettre sa démission au président Sergio Mattarella, qui l’a acceptée. C’en est donc fini de la coalition entre la Ligue, le parti d’extrême-droite de Matteo Salvini, et le parti anti-système, le M5S.

Monica Frassoni, co-présidente du parti vert européen, ancienne députée européenne, était l’invitée de La Première ce mercredi pour livrer son analyse.

Cette chute, "c’était un peu écrit dans les étoiles. Et c’est très bien que ça n’ait pas marché, il y a un vrai problème de gouvernance en Italie, de priorités et de vision. Le seul qui avait une vision claire, c’était Salvini, mais c’était une vision dangereuse au point de vue politique, négative au niveau des droits et réactionnaire au niveau économique", assène-t-elle.

Quand on met à la manœuvre des incompétents totaux, on ne s’en sort pas

Lors des législatives de mars 2018, le M5S s’était adjugé 32% des voix et la Ligue 17%. Or c’est la Ligue qui a pris le dessus dans le gouvernement, et, si des élections devaient avoir lieu prochainement, le parti de Matteo Salvini gonflerait probablement fortement son score. Pourquoi le populaire M5S s’est-il fait mettre au second plan? "Il y a eu une sous-évaluation énorme du fait que gouverner ce n’est pas facile, donc quand on met à la manœuvre des incompétents totaux, on ne s’en sort pas. Et Salvini a pris ce qui était le plus confortable pour lui, l’Intérieur. Et il a utilisé des médias complaisants et une machine de propagande dangereuse", note Monica Frassoni.

Pour elle, le problème est structurel en Italie. "L’Italie revient de 20 ans de berlusconisme, qui a infiltre la façon de gérer l’information. Il y a 40% des Italiens qui s’approchent d’un analphabétisme fonctionnel. Il y a donc un vrai problème pour les Italiens à discuter et de prendre en compte des éléments de la vie quotidienne". Un climat favorable pour Salvini et sa propagande, notamment contre les migrants et l’Europe. "L’argument de Salvini sur l’Italie victime des autres pays européens sur la question des migrants est un argument simpliste qui a marché parce que c’était très confortable, c’était plus compliqué de discuter des problèmes politiques. Trouver un adversaire ailleurs (les migrants, l’Europe…), c’est une technique de l’extrême droite pour orienter l’opinion publique. En Italie, comme toujours il y a de la superficialité…"

Il y a une série d’actes qui sapent notre démocratie

Le président Mattarella peut donc maintenant décider soit de mettre une autre coalition en place, sans l’extrême-droite, soit de convoquer de nouvelles élections, dont la Ligue pourrait sortir grande gagnante. Salvini a-t-il pris un risque? "S’il obtient des élections au mois d’octobre, peut-être qu’il aura fait un bon calcul… Salvini est imbu de sa super-puissance, il est un peu tombé dans ce piège. C’est un peu récurrent en Italie, surtout pour les leaders masculins", critique la co-présidente des Verts européens.

Elle dénonce un travail de sape de la démocratie, qui n’est pas seulement le fait de la Ligue. "Il y a des attaques systématiques sur les opposants. Il y a des lois qui limitent le droit de manifester, les droits de l’opposition… Il y a une série d’actes qui sapent notre démocratie. Et ce n’est pas que la Ligue, ça a été approuvé par le Mouvement 5 étoiles et le Premier ministre Conte".

Monica Frassoni espère un retour à plus de raison, avec "une coalition qui a une vision, avec deux priorités : les droits, la démocratie et le changement climatique".

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