Moïse Katumbi: "Je reste candidat à la présidentielle en RDC"

Le très populaire ancien gouverneur du Katanga est en Belgique en ce moment. Il se remet d'une tentative d'empoisonnement dont il aurait été victime après une audition au parquet de Lubumbashi.

Depuis qu'il a annoncé sa candidature à la présidentielle en mai dernier, sa vie est un véritable scénario de film catastrophe. Empoisonnement, exfiltration, condamnation à de la prison, tout semble fait pour l'écarter de la course à l'élection. Mais il confirme qu'il est toujours bel et bien déterminé à succéder au président Kabila.

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Quand il monte au pupitre de la salle de conférence, il a la démarche lente et l'air un peu miné. Reçu au cœur du Parlement européen, Moïse Katumbi est venu pourtant montrer qu'il ne désarme pas. Au contraire, c'est un véritable candidat en campagne qui prend la parole.

"Le président Kabila doit quitter le pouvoir", martèle-t-il, "le 19 décembre 2016", les applaudissements retentissent. La salle est presque comble. De nombreux Congolais. Ici, le pouvoir de Kinshasa n'a pas que des amis.

"Le métier d'opposant au Congo est un métier dangereux", dira aussi l'ancien gouverneur du Katanga, "C'est le cimetière ou l'exil. Ou alors, l'empoisonnement qui devient monnaie courante..."

Lui même affirme avoir été piqué dans le dos par une seringue infectée, alors qu'une foule l'entourait devant le tribunal de Lubumbashi. S'en sont suivis malaises et problèmes respiratoires aigus. il a été évacué par avion médicalisé vers les États-Unis. Les résultats des analyses médicales seront publiés bientôt.

"La juge avait un revolver sur la tempe l'obliger à le condamner"

"Moïse", comme l'appelle simplement les Congolais, a aussi été condamné en juin dernier à trois ans de prison, dans une affaire immobilière. Mais, coup de théâtre la juge qui a prononcé cette décision s'est rétractée. Elle a fui en Europe.

Elle a demandé la protection de la Fédération internationale des Droits de l'Homme. Paul Nsapu, son Secrétaire général témoigne : "La magistrate a eu un revolver sur la tempe pour l'obliger à apposer sa signature sur le verdict qui a condamné Moïse Katumbi. C'est une justice "bidon" à la solde d'un régime, à la solde du Président, du chef de l’état actuel, qui veut absolument se maintenir au pouvoir par tous les moyens".

Mésaventures, péripéties, rebondissements, c'est comme si tout semblait fait pour écarter Moïse Katumbi de la course à la présidentielle.

"Je suis candidat président de la République et je le reste"

"La vie de Moïse Katumbi est menacée, c'est pas pour cela que je vais reculer", explique l'intéressé qui parle parfois de lui à la troisième personne, "je suis candidat Président de la République et je le reste. Je retourne bientôt au Congo pour sauver mon peuple".

Quelle sécurité pour le candidat Katumbi lors de ce retour annoncé en RDC, la question reste posée.

Toute voix critique est fortement réprimée depuis des mois. C'est en tout cas ce qu'affirme Ida Sawyer, la chercheuse de l'ONG Human Rights Watch, elle même expulsée de RDC en août dernier : "Les signaux sont très inquiétants. Dans les semaines et les mois à venir, on verra plus de violences et plus de répression C'est une menace très réelle. Nous trouvons cela très inquiétant pour le pays. Pourtant le Président Kabila aurait la possibilité de renoncer, de se retirer et faire jouer l'alternance. Ce serait un exemple pour la RDC, pour la région et pour toute l'Afrique".

"On a délibérément saboté le processus électoral"

Mais jusque là, la seule annonce faite a été celle de la CENI, le 20 août dernier, la commission électorale nationale indépendante, qui déclarait avoir besoin d'un délai de "16 mois et un jour" pour réaliser le fichier électoral.

Cela fait bondir Olivier Kamitatu, un autre homme politique congolais, membre du groupe d'opposition G7, et lui aussi présent à Bruxelles en ce moment. "Ce n'est pas du jour au lendemain qu'on découvre que des jeunes ont atteint l'âge de 18 ans et qu'ils vont devoir aller voter!", tonne-t-il, "Qu'on leur donne deux mois pour aller chercher leur carte d'électeur et ce sera réglé. A partir du moment où rien n'est fait pour organiser les élections et qu'on a délibérément saboté le processus électoral, oui, il y a une volonté de confisquer le pouvoir!".

Le président Kabila laissera-t-il ses opposants concourir pour l'élection présidentielle? Sous quels délais sera-t-elle organisée? Autant de questions et d'enjeux qui braqueront les regards vers la RDC dans les prochaines semaines.