Mobilisation pour la libération du journaliste marocain arrêté pour terrorisme

Depuis, Amnesty International, Reporters sans frontières, Human Rights Watch, et d’autres associations, se mobilisent pour demander sa libération du journaliste. Ses défenseurs estiment qu’il a mentionné la vidéo d'AQMI à titre d'information, et que cette publication a donc été contextualisée.

La vidéo, introuvable sur le net, dure une quarantaine de minutes, et est intitulée "Maroc: le royaume de la corruption et du despotisme", fustige la monarchie marocaine et appelle au jihad, ce qui constitue une première.

Pour avoir publié, dans son article, un lien vers le site internet du quotidien El Pais, où la vidéo était disponible, un journaliste de renom, Ali Anouzla, a été arrêté le 17 septembre. Quelques jours plus tard, il a été inculpé pour "aide matérielle", "apologie" et "incitation au terrorisme".

Ali Anouzla dirige la version arabophone du site d'informations indépendant Lakome, qui a rappelé que le journaliste avait signalé qu'il s'agissait d'une "vidéo de propagande". Mais Rabat a aussi menacé de poursuivre El Pais en justice.

"Pour que l'on comprenne bien, il a donc diffusé une vidéo d’Al-Qaeda au Maghreb, dans laquelle il y a des appels au terrorisme», explique Aboubaker Jamai, également journaliste indépendant, proche de d'Ali Anouzla. «C'est une vidéo diffusée sur un site espagnol. Soyons clair sur le sujet,  il n'adhère pas aux propos de cette vidéo, c'était à titre d'information. Et donc il est poursuivi pour incitation au terrorisme".

 "Ses avocats le voient quasi quotidiennement. Il est à la prison de Salé, qui est la grande prison du Maroc où sont détenus d’ailleurs les inculpés de crimes de terrorisme et il attend sa deuxième et dernière audience avec le juge d’instruction pour savoir s’il sera déféré devant une Cour d’assises ou pas".

"Les autorités marocaines ne sont pas très claires"

Aboubaker Jamai parcourt l'Europe et les Etats-Unis pour sensibiliser à ce qui se passe au Maroc. Il explique que la vidéo en question s'en prenait clairement au roi Mohamed VI. "Je suis cofondateur du site le directeur éditorial, donc de publication, du site francophone. Ali est directeur du site arabophone".

C’est le site arabophone qui publie un lien vers un article qui se trouvait sur le site internet d’El Pais, qui lui contenait la vidéo. Mais, précise tout de suite Aboubaker Jamai, "dans l’article en arabe on parle et on contextualise en caractérisant très clairement le document comme étant un document de propagande. Sur le site francophone nous avons publié la vidéo directement donc déjà il y a une première étrangeté si vous voulez : c’est que si lui est coupable, moi je le suis doublement et je ne suis pas inquiété, ce qui démontre bien que les autorités marocaines ne sont pas très claires par rapport à cette affaire".

La fermeté des autorités marocaines semble traduire leur volonté de réaffirmer une tolérance zéro vis-à-vis des djihadistes, au moment où des Marocains combattent le régime syrien de Bachar al-Assad aux côtés des islamistes, estiment des experts. "La réaction du royaume reflète vraisemblablement ses craintes (...) quant au nombre de Marocains rejoignant le conflit en Syrie, sachant qu'il était considéré comme relativement épargné", explique Vish Sakthivel, du Washington Institute, un think-tank américain.

Mais pour Aboubaker Jamai, si le régime marocain a un peu vacillé avec le Printemps arabe,  il "reprend du poil de la bête(…) et l’affaire Ali Anouzla, à mon avis, est une affaire parmi d’autres qui montre que le régime est en train de revenir à ses anciennes méthodes, ça n’aurait pas pu arriver il y a quelques mois ou il y a un an ou un an et demi".

"Un moyen pour museler la presse en ligne"

Est-on en train de museler la presse, et plus particulièrement la presse indépendante ? "Non, alors là, la presse indépendante a été constamment muselée ces dernières années, c’est prouvé par des indices de liberté de la presse internationaux !", réagit le journaliste. "Ce qui se passe c’est qu’il y a l’émergence d’une presse électronique, et ce n’est pas anodin que ce soit Lakome qui soit victime, qui, elle, sort un peu des structures traditionnelles qui permettaient au régime d’interdire,  ou de faire pression de façon efficace".

Le serveur qui héberge le site du journal ne se trouve en effet pas sur le territoire marocain, explique-t-il. "Ce sont des financements et des soutiens qui arrivent de l’étranger donc il fallait qu’ils trouvent un moyen pour nous museler et ils ont trouvé cette façon assez grossière de le faire".

Un climat général de répression

"La ligne de fracture en termes d’anti et de pro Ali Anouzla se situe entre ceux qui sont en faveur d’Ali Anouzla, qui ont soutenu la réforme avant les projets de démocratisation, qui n’ont pas accepté la réforme constitutionnelle telle qu’elle est parce qu’elle n’est pas démocratique, et ce sont de grands partis et de droite et de gauche c’est-à-dire progressistes, laïcs et islamistes mais qui sont en faveur de ce qu’on appelle chez nous le mouvement du 20 février, en faveur du Printemps arabe ; et de l’autre côté, ceux qui sont du côté de la monarchie qui, eux, condamnent Ali", ajoute-t-il.

A la lumière de cette affaire, il est tentant, de l’étranger, de faire un parallélisme avec  l’arrestation de deux adolescents, accusé d’avoir publié des photos sur lesquelles ils s’embrassaient. "Ceux qui sont derrière leur arrestation, c’est une association qui a été formée pour combattre le mouvement de démocratisation au Maroc", s’exclame Aboubaker Jamai . Qui ajoute : "Il y a cette espèce de tendance en termes de liberté d’expression, nourrie par le climat général, imposée par le régime et, même s’il y a quand même des différences qui sont importantes entre les deux cas, mais on peut mettre ça sur le dos d’un climat général".

RTBF, avec agences

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