Mission économique: pourquoi le Maroc attire tant les investisseurs belges

La princesse Astrid est en mission économique au Maroc du 25 au 28 novembre. Une mission qui suscite beaucoup d’intérêts, avec la participation de près de 470 investisseurs belges. La plus grande mission économique belge jamais organisée. Il faut dire que le Maroc a entamé – au pas de course – un certain nombre de réformes économiques pour attirer les investisseurs étrangers, dans différents secteurs industriels. Rencontre avec les Belges sur place.

"Stabilité politique et économique"

"Je suis très attaché à Tanger, parce que c’est là qu'avec mon épouse nous avons organisé notre voyage de noces. Voilà qu’aujourd’hui, nous y sommes installés." Si Olivier Steisel est de retour en famille au Maroc, 23 ans après son mariage, c’est parce qu’il est désormais, le directeur général de la CIF, la Compagnie industrielle des fibres. Une société familiale belge, installée à Tanger depuis 1951.

"Le Maroc est un pays qui fait preuve de stabilité politique et économique. Et puis, il y a la proximité de l’Europe, avec 3 heures de vol seulement", ajoute Olivier Steisel.

Chaque jour, l’usine fabrique près d’un million de sacs en polypropylène. Des sacs de 25 à 50 kg, destinés à transporter des produits agroalimentaires, comme le sucre, la farine ou encore des engrais agricoles.

L’usine fonctionne à plein temps, 24 heures sur 24. Des tonnes de billes de polypropylène sont fondues, refroidies et étirées en fils, pour former des rouleaux. Des fils qui sont ensuite tissés, grâce aux métiers circulaires.

Aujourd'hui, la CIF est leader sur le marché marocain. Elle emploie 850 personnes. Une main d’œuvre locale, parce qu'elle est bon marché. "Les avantages au Maroc, c’est d’abord une main d’œuvre. On emploie beaucoup de femmes dans la région", explique Olivier Steisel.

Depuis six ans, la société s’est diversifiée en produisant des sacs en papiers plus écologiques. "Nous sommes obligés de nous renouveler, avec l’air du temps", confie le directeur.

Un "Plan d’accélération industrielle"

Pour attirer les entrepreneurs, le gouvernement marocain a mis en œuvre un "Plan d’accélération industrielle" (2014-2020) qui se décline en trois grandes mesures : d’abord, un soutien aux investissements.

"Aujourd’hui, concrètement, nous avons un investissement de 80 millions de dirhams (9,4 millions d’euros)", explique Olivier Steisel. "Dans le cadre du Plan d’accélération industrielle et pour nous encourager à rester une locomotive dans le secteur de la plasturgie, nous bénéficions d’un subside de l’État de 15 millions de dirhams (1,4 million d’euros)."

Le gouvernement marocain met en particulier l'accent sur la formation professionnelle : "70% du budget consacré à la formation est remboursé par l’État. Certes, avec un peu de retard mais il est remboursé".

Quant aux industries qui s’installent au Maroc, elles sont exonérées d'impôts durant les 5 premières années d'exercices. Ensuite, elles bénéficient d’un taux d’imposition réduit.

Libre-échange et infrastructure

Autre grande mesure du "Plan d'accélération industrielle", l'ouverture à l'international. En plus des accords de libre-échanges signés avec une cinquantaine de pays, le Maroc investit beaucoup dans l'infrastructure.

Le pays compte l’un des plus vastes réseaux autoroutiers d’Afrique, 18 aéroports et puis le port de Tanger Med, gigantesque plateforme économique et logistique qui relie l’Europe à l’Afrique.

"Ce port nous est particulièrement utile, puisque nous importons notre matière première d’Arabie saoudite et nous exportons notre marchandise en Europe, et en Afrique de l’Ouest, principalement au Sénégal, où nous avons une nouvelle activité qui va démarrer prochainement", explique Olivier Steisel.

Aujourd’hui, Tanger Med 1 est classé premier port d’Afrique. Et, avec l’ouverture prochaine de Tanger Med 2, le port a pour ambition de figurer parmi le top 20 mondial.

"Ce port est situé à un endroit géographique extrêmement stratégique", précise Rachid Houari, directeur du Port de Tanger Med 1. "On est au nord du Maroc, sur le détroit de Gibraltar, ce qui permet aux flux mondiaux maritimes d’être rapidement connectés. Nous sommes connectés à 180 ports dans le monde, dans à peu près 80 pays. Et puis, nous sommes entourés d’opérateurs et de partenaires de classe mondiale tant au niveau maritime qu’industriel. C’est un écosystème qui présente beaucoup d’intérêts."

Pour attirer les investisseurs étrangers, le Maroc mise en effet sur les écosystèmes industriels, troisième grande mesure du "Plan d’accélération industrielle". Au total, 12 zones franches ont été créées dans différentes régions du pays, dont 7 sont opérationnelles.

Ce sont des espaces qui présentent de nombreux avantages : fonciers, fiscaux, douaniers, avec à disposition une main d’œuvre bon marché, formée à la demande selon les besoins. Ils sont réservés aux entreprises qui exportent au moins 70% de leur production.

"Notre rôle principal est de les accompagner dans un cadre de guichet unique", explique Ilham Khalil, directrice de Tanger Free zone. "Nous sommes le facilitateur de l’ensemble des procédures administratives depuis la licence des zones franches jusqu’à l’exploitation. Nous sommes les garants du bon fonctionnement de leur investissements."

Les constructeurs automobiles français, Renault et Peugeot, sont installés dans ces zones franches du Maroc, respectivement à Tanger et à Kenitra. Avec le temps, leur production a nécessité le développement d’un certain nombre de sous-traitants spécialisés.

Parmi les belges présents à Tanger, Recticel produit des mousses en polyuréthane destinées à l’assemblage automobile. Autre exemple dans l’aéronautique, ASM Aero (de la Sabca) est installée à Casablanca.

De gros contrats belges signés au Maroc

En plus de ces investissements belges dans le pays, le Maroc est le premier marché d'exportation de la Wallonie en Afrique. Le sud de la Belgique exporte principalement des produits alimentaires, des produits chimiques et pharmaceutiques.

Il y a aussi les savoir-faire. A titre d'exemple, le groupe belgo-néerlandais, Windvision, a développé un parc éolien à Tétouan, dans le nord du pays. Le Maroc investit beaucoup dans les énergies renouvelables, car il veut réduire sa dépendance aux énergies importées. Son objectif est de créer 52% de son énergie d’ici 2030. Autres exemples : Besix qui construit la plus haute tour d'Afrique à Rabat, ou encore Prayon qui a signé un accord de partenariat avec l’OCP, leader mondial du marché des phosphates.

Pour autant, entreprendre au Maroc n'est pas toujours si facile. L'ONG Transparency pointe régulièrement le mauvais classement du pays en matière de corruption. La justice défaillante ou encore les lourdeurs administratives sont autant de freins que rencontrent certains entrepreneurs.

"Faciliter la bureaucratie, donner plus d’agilité administrative faciliterait l’intégration de nouvelles sociétés, la création d’emplois, l’investissement dans le pays", fait remarquer Olivier Steisel. "Aujourd’hui, c’est encore un frein pour le développement du Maroc."

Le Maroc fait beaucoup d’effort. Ces dernières années, le pays a considérablement amélioré son classement dans le Doing business, baromètre du climat des affaires de la Banque mondiale.

"En 9 ans, le Maroc est passé de la 97e place au classement à la 60e. Le pays a gagné 37 places", précise Ali Seddiki, directeur des industries aéronautique au ministère de l’Industrie et de l’Investissement.

"On a véritablement travaillé sur la gouvernance, sur la facilité d’accès aux documents administratifs. On est une administration, mais on se soigne, on limite les documents pour essayer d’être impactant rapide dans l’exécution et dans le suivi."

Si le Maroc fait tous ces efforts, c'est parce qu'il est engagé dans une course contre la montre. Face à la pression démographique et à l'urgence sociale, il a promis de créer 500.000 emplois d’ici 2020, avec sa stratégie industrielle. À ce jour, la moitié a été créée.

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Portrait d'un investisseur belge :

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