Mise en examen de Nicolas Sarkozy: l'UMP s'en prend au juge Gentil

Mise en examen de Nicolas Sarkozy: l'UMP s'en prend au juge Gentil
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Mise en examen de Nicolas Sarkozy: l'UMP s'en prend au juge Gentil - © Tous droits réservés

L'ancien président français Nicolas Sarkozy a été mis en examen jeudi soir -inculpé en d'autres termes- pour "abus de faiblesse" dans l’affaire Bettencourt. Il est soupçonné d’avoir reçu de l’argent de Liliane Bettencourt, la milliardaire de 91 ans héritière de L'Oréal. De l'argent pour financer sa campagne présidentielle en 2007. La droite française est assommée.

Il est 22 heures lorsque Nicolas Sarkozy sort du bureau du juge, à Bordeaux. Il y est arrivé à la mi-journée, pour être confronté à l’ancien majordome de Liliane Bettencourt, l’héritière de L’Oréal. C’est cet homme qui a fait éclater l’affaire en 2010 : pendant un an, il a placé des écoutes et enregistré les conversations entre la milliardaire et ses visiteurs. L’enregistrement évoque des dons destinés à Nicolas Sarkozy. Il aurait rendu visite plusieurs fois à Liliane Bettencourt en février 2007, soit en pleine campagne présidentielle. L’ex-président a toujours nié avoir reçu de l’argent, mais il était un proche du couple Bettencourt, ce qu'il n'avait jamais nié.

Nicolas Sarkozy est mis en examen au moment où il commençait à être question de son retour en politique. Il a perdu la présidentielle de 2012 face à François Hollande. Les délais nécessaires aux appels et aux pourvois en cassation après la clôture d'un dossier par un juge ne permettent pas d'envisager un procès en première instance avant fin 2014. Ce procès, comme c'est souvent le cas dans les affaires politico-financières, sera vraisemblablement suivi d'un autre en appel, puis encore de nouveaux pourvois en cassation. Le tout mènera l'affaire pas très loin de la prochaine présidentielle... De quoi donner des sueurs froides aux partisans de Nicolas Sarkozy.
 
"Nicolas Sarkozy est toujours combatif, mais dans le même temps il a considéré que le traitement qui lui était infligé était scandaleux", a dit son avocat, Me Herzog. Celui-ci s'est par ailleurs interrogé sur l'impartialité du juge Jean-Michel Gentil dans cette affaire : "Est-ce que vous pensez que l'instruction a vraiment été à charge et à décharge ? ", s'est-il demandé, soulignant les auditions à répétition de membres du personnel de Liliane Bettencourt -plutôt des témoins à charge dans cette affaire- par le juge. "On verra, a-t-il dit, ce que dira la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux", qu'il entend saisir le plus vite possible de cette décision "incohérente sur le plan juridique, et injuste". Me Herzog a réaffirmé avec force que Nicolas Sarkozy ne s'était rendu qu'une fois pendant sa campagne, le 24 février 2007, au domicile des Bettencourt, pour y rencontrer brièvement André Bettencourt, le mari de Liliane décédé en novembre de la même année, alors que plusieurs membres de l'entourage de la milliardaire ont déclaré avoir vu Nicolas Sarkozy plusieurs fois pendant cette période.
 
Sens de la dramaturgie
 
Le sens de la dramaturgie démontré par le juge Gentil, depuis le début de cette affaire dont il avait été saisi avec deux collègues en décembre 2010, après le transfert du dossier depuis Nanterre, pouvait laisser entrevoir pareil coup de théâtre, en point d'orgue de son instruction.

Plusieurs parties convenaient en effet, ces derniers jours, que l'instruction touchait à sa fin. L'une d'elles, généralement bien informée, avançait la date du 29 mars, dernier vendredi du mois, pour que M. Gentil, qui a déjà postulé à d'autres fonctions dans d'autres tribunaux, transmette son travail au parquet de Bordeaux.

La droite française contre-attaque

Passé un premier moment d'hébétude, l'UMP fait bloc derrière son ancien leader. "Je ne crois pas au hasard de calendrier", a affirmé l'ancien ministre Laurent Wauquiez . Selon lui, cette mise en examen a été "annoncée dans des conditions juridiques plus que contestables sans que rien n'ait pu la laisser présager".

La réaction du vice-président de l'UMP est partagée par nombre de personnalités de droite, visiblement prises de court alors que le nouveau rendez-vous de M. Sarkozy avec le juge Jean-Michel Gentil était resté secret.

"Je suis surpris!", s'est exclamé son ancien collègue au gouvernement Benoist Apparu. Un autre ancien ministre, Thierry Mariani, député UMP des Français de l'étranger, s'est demandé "s'il n'y a pas un certain acharnement de certains juges sur certaines personnalités".

"Acharnement": un mot que l'on retrouve dans la bouche de Geoffroy Didier, co-président du collectif de l'UMP "la droite forte" qui s'est dit "choqué" ou dans celle de Valérie Debord, déléguée générale adjointe de l'UMP.

Presque tous font le lien avec la situation de Jérôme Cahuzac, qui a démissionné après l'ouverture à son encontre d'une instruction judiciaire, en demandant à la gauche de respecter la "présomption d'innocence" de M. Sarkozy, comme elle même le fait avec l'ancien ministre socialiste budget.

D'autres prennent moins de gants. Ainsi le secrétaire national de l'UMP chargé des médias, David-Xavier Weiss, qui s'est fendu d'un tweet stigmatisant à la fois l'indépendance de la justice française et la qualité du témoin...

 

Pour la droite, c'est une nouvelle donne, même si une mise en examen ne signifie pas nécessairement renvoi en correctionnelle et encore moins condamnation.

L'UMP se relève cahin-caha de la crise qui a failli la briser en deux cet hiver, sans faire émerger, pour le moment du moins, une personnalité incontestable en vue de la prochaine présidentielle.

La lutte acharnée que se sont livrée cet hiver Jean-François Copé, président de l'UMP, et l'ancien Premier ministre François Fillon, a fortement dégradé leur image. Dans ce contexte, les sympathisants de droite ont continué de plébisciter Nicolas Sarkozy, qui demeure, de sondage en sondage et dix mois après sa défaite, leur champion incontesté.

A la Une

La mise en examen de Nicolas Sarkozy fait évidemment la une de très nombreux quotidiens vendredi pour lesquels c'est un "coup de tonnerre" qui "fragilise" l'ancien président de la République.

Libération, Le Figaro, Le Parisien/Aujourd'hui en France et Métro annoncent : "Sarkozy mis en examen".

"Un coup de tonnerre a retenti hier soir au tribunal de grande instance de Bordeaux", écrit Renaud Lecadre en ouverture du papier consacré par Libération à la mise en examen de l'ancien chef de l'Etat.

"L'affaire Bettencourt devait être derrière lui. C'était compter sans la pugnacité sans relâche du juge d'instruction Jean-Michel Gentil", affirme Laurence de Charette dans Le Figaro.

En page intérieure, Le Parisien/Aujourd'hui en France titre "le choc" et voit "un tremblement judiciaire et politique", dans cette décision judiciaire.

 
T.N. avec Charline Van Hoenacker et agences
 
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