Milly Parkeur, une rappeuse engagée contre le harcèlement des femmes au Togo

Milly Parkeur s'est fait une place dans le milieu très masculin du rap.
3 images
Milly Parkeur s'est fait une place dans le milieu très masculin du rap. - © DR

À seulement 21 ans, Glawdys Agnoko s’est fait une place de choix dans le milieu très masculin du rap au Togo, avec des textes engagés pour les droits des femmes.

"Si je poste #MeToo, y’aura personne pour tomber des nues ; Gio m’a dit 'Alors, t’as finalement buzzé ?'. J’ai dit non, ils attendent toujours que je poste des nudes." Avec ce texte, Milly Parkeur est l’une des rares voix africaines à s’approprier le mouvement #MeToo, ce hashtag par lequel des femmes, majoritairement occidentales, ont pris la parole il y a un an pour témoigner de harcèlement sexiste et d’agressions sexuelles. "#MeToo n’a pas eu d’impact au Togo. Encore faudrait-il avoir accès à internet, savoir ce qu’il se passe en occident pour en parler. Mais le harcèlement, c’est quelque chose que la majorité des Togolaises vivent au quotidien", analyse la rappeuse d’à peine 22 ans.

Glawdys Agnoko, de son vrai nom, détonne dans le milieu du rap au Togo, avec ses textes évoquant le consentement sexuel et les grossesses précoces en milieu scolaire. Un ovni ? Elle rit : "On peut dire que je me distingue, je fais pas du ‘yo yo yo’. Quand je rappe, la majorité du temps, c’est pour véhiculer un message". Dans sa chanson "Toi et moi contre le monde", Milly Parkeur raconte ainsi l’histoire d’Aline, une lycéenne qui tombe enceinte d’un petit ami plus âgé, qui lui demande d’avorter. Mais l’opération se passe mal et Aline perd ses deux jambes.

S’imposer dans un milieu masculin

Avec une diction articulée et une forte assurance, Glawdys Agnoko s’est fait une place dans un milieu très masculin. "À 12 ans, il m’arrivait de faire des battles, principalement pour tester mon niveau, retrace-t-elle. J’étais pratiquement la seule fille, j’aimais me comparer aux garçons pour voir à quel niveau j’étais, ce que je devais améliorer. Il y a certains milieux dans lesquels ce n’est pas le fait que tu sois femme qui prime, mais c’est le travail que tu fournis. J’étais meilleure que beaucoup d’entre eux, du coup forcément, ils étaient obligés de m’accepter."

En 2015, Milly Parkeur devient professionnelle avec le label ARMI (Africain Real Music Industry) et passe sur les radios et télévisions togolaises, puis se produit en concert au Niger, au Burkina Faso et au Bénin. Ses clips cumulent aujourd’hui une centaine de milliers de vues sur YouTube.

"Un modèle pour mes sœurs"

Une notoriété que la jeune femme met à profit. Au mois de mai, elle a effectué une tournée scolaire pour parler du consentement sexuel dans plusieurs lycées de Lomé, la capitale, et à Anié, au centre du pays. "Dans un collège, après la sensibilisation, il y avait une jeune fille d’à peine 16 ans qui est venue se confier à moi pour me parler d’un viol qu’elle avait subi. Elle était en pleurs et moi aussi, c’est une histoire qui te marque à vie", raconte Milly Parkeur. "Ma parole n’a pas forcément plus de poids que celle des associations, mais je crois qu’elle a plus d’impact, je suis une femme artiste, je suis indirectement un modèle pour mes sœurs", estime-t-elle.

En parallèle de sa carrière d’artiste, Glawdys Agnoko poursuit ses études de droit. Une double vie que dépeint "Le temps d’essayer", sa première chanson. Elle y demande à ses parents la permission de faire du rap et les rassure : elle ne délaissera pas ses études. Choisir entre deux carrières est exclu : "Plus tard, je me vois rappeuse et juriste dans une entreprise. Tout est une question d’organisation".

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK