Miguel Diaz Canel, le changement à la tête de Cuba?

Miguel Diaz Canel, le changement à la tête de Cuba?
Miguel Diaz Canel, le changement à la tête de Cuba? - © Tous droits réservés

Un nouveau président cubain est élu par l'Assemblée nationale cubaine ce jeudi. Miguel Diaz Canel, 57 ans, ingénieur en électronique, est né à Sant Calar. Il a été premier secrétaire du Parti communiste dans sa province, puis le premier vice-président de l'histoire cubaine.

Protégé de Raul Castro, le président sortant, il s'agit du premier civil, n'ayant pas connu la révolution, à arriver au pouvoir après les frères Castro.

Une élection qui change tout à cuba? Nous avons posé la question à Frédéric Louault professeur en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles et chercheurs au Centre de la vie politique (CEVIPOL).

 

Q: Pourquoi cette élection est-elle symbolique?

Frédéric Louault: C’est historique, symboliquement c’est un grand tournant dans l’histoire de l’île. Près de 60 ans après la révolution cubaine, et pour la première fois, c’est un individu qui n’est pas né pendant la révolution cubaine qui va devenir président de Cuba.

Après, il faut relativiser le changement, puisque c’est quelqu’un qui a gravi tous les échelons du parti communiste cubain, qui est bien inséré, qui est actuellement le premier vice-président de Cuba, et qui est le principal protégé du président sortant, Raul Castro.

Raul Castro, qui a 86 ans, reste officiellement jusqu’à ses 90 ans, en 2021, le Premier secrétaire du parti communiste cubain, le parti unique. Donc il garde les rênes, et il garde plus qu’un œil sur les affaires cubaines. Il pourra ainsi contrôler les actions du président qu’il aura contribué à mettre en place.

La marge de manœuvre du futur président Miguel Diaz Canel sera donc assez limitée, du moins dans cette phase d’ouverture graduelle, contrôlée, par le dernier représentant de la famille Castro… ou du moins des révolutionnaires Castro, puisque Raul Castro a aussi des enfants, qui pourraient arriver en politique dans les prochaines années.

Tout cela est déjà très contrôlé, mais en même temps très obscur : il y a très peu d’informations qui sortent, durant ces deux jours il n’y a pas de programme par exemple sur le travail de l’assemblée qui doit prononcer l’élection de Miguel Diaz Canel.

Et ensuite sur le programme, ce sera une continuité dans un premier temps de qui aura été mis en place par Raul Castro depuis son arrivée en fonction il y a déjà 12 ans, au moment où Fidel Castro était malade en 2006, et puis quand il est décédé.

Q: Le changement n'est donc pas à l'ordre du jour?

Frédéric Louault: Finalement, on aura un prolongement d’une transition très lente, très bien contrôlée par le régime. Et il ne faut pas s’attendre à une rupture ou à une accélération du rythme de la libéralisation de l’île cubaine.

Avec les médias, Miguel Diaz Canel n’a pas encore montré des signes d’ouverture. Il reste très silencieux, notamment avec les médias internationaux.

C’est quelqu’un qui a beaucoup de métier politique qui a un très bon sens de la diplomatie. Il incarne un renouveau symbolique, tout en incarnant une continuité, politique et une grande continuité dans le processus de contrôle de libéralisation de Cuba.

Il apparaît un peu comme un nouveau venu dans la politique, mais à Cuba, ça fait déjà presque 40 ans qu’il est en politique. Il est moins connu à l’international, mais il est déjà très connu à Cuba, pour avoir été secrétaire général du parti communiste à Cuba dans sa province natale de Vias Claras. Mais c’est quelqu’un qui, pour l’instant, a peu d’écho ou de charisme à l’international.

Q: Comment se positionnera-t-il au niveau international?

Frédéric Louault: C’est un peu la grande inconnue : comment il va se positionner sur la scène internationale. Mais après ça, c’est quelqu’un aussi qui a un propre style, et c’est là aussi qu’on peut parler de rupture symbolique : lorsque était le principal acteur de la vie politique dans sa province natale, avait fait preuve d’une certaine ouverture vis à vis de centres culturels, de pratiques culturelles, qui portait des jeans, qui s’annonçait fan des Beatles, et qui n’a jamais fait preuve d’un anti-américanisme primaire. On pourrait imaginer que cette année étant une année de transition importante, puisqu’il y a eu une ouverture en 2016, un rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, qui s’est finalement brisé avec l’élection de Donald Trump, cette année avec l’arrivée au pouvoir de nouveaux profils politiques, et les élections de midterm qui auront lieu au mois de novembre aux Etats-Unis, il pourrait y avoir une petite inflexion, qui pourrait nous faire retourner dans une direction plus proche de ce qu’on avait entre 2016 et 2017.

Il y a eu une tentative du mois de montrer qu’il y a eu une libéralisation au niveau des Droits de l’Homme, des droits politiques, mais derrière ca il y a une pression constante du régime cubain, de Raul Castro, qui continuera à mon avis dans es prochaines années sous la présidence attendue de Miguel Diaz Canel.

Il y a quelques signes de continuité lorsque l'on écoute les quelques discours du futur président, qui sont dans la droite ligne de ce qui se fait jusqu’à présent, c'est-à-dire critiquer toute dissidence, même des options de dissidence centriste réformiste limitée. Là il ne faut pas s’attendre à une ouverture politique sur l’île de Cuba et à une démocratisation politique une démocratisation de l’accès des médias…  Ça va être quelque chose qui sera dans la pure continuité de ce qu’on connait pour le moment.

Cuba: Raul Castro et Miguel Diaz-Canel se congratulent (18 avril)

Images tournées à la Havane, où la Commission nationale des candidats a rendu son verdict. Gisela Duarte Vasquez, la présidente de la commission, dit: "Au nom de la Commission Nationale des Candidats, nous proposons le camarade Miguel Diaz-Canel Bermudez comme Président du Conseil de l'Etat et des Ministres de la République de Cuba". Ensuite, Raul Castro et Diza Canel s'embrassent devant l'assistance.

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