Migrations massives, disparitions d'espèces: la dégradation des sols et le déclin de la biodiversité menacent l'humanité

Migrations massives, disparitions d'espèces: la dégradation des sols et le déclin de la biodiversité menacent l'humanit
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Migrations massives, disparitions d'espèces: la dégradation des sols et le déclin de la biodiversité menacent l'humanit - © Tous droits réservés

Le célèbre astrophysicien Hubert Reeves lançait l'alerte il y a quelques semaines au micro de la RTBF: " "Nous sommes en train de vivre un anéantissement biologique" alertait-il, en passage au museum de sciences naturelles de Bruxelles, "une extinction de masse des animaux":  "La diminution des vers de terre, ça ne fait pas la une des journaux. Cependant, c'est tout aussi grave que le réchauffement climatique. Il faut alerter sur l'importance de préserver la nature sous cette forme qui est proche de nous mais que la plupart du temps nous ignorons, parce que ça marche tout seul".

Il a été rejoint cette semaine par les experts de l'IPBES, une structure qualifiée de "GIEC de la biodiversité" (en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), réunie du 17 au 24 mars à Medellin (Colombie), pour sa 6e session plénière.

Sa mission est d’établir régulièrement la synthèse des connaissances disponibles sur la biodiversité (la variété des formes de vie sur la Terre), sur les impacts de son érosion et sur les pistes d’action possibles pour la préserver.

Cette semaine, ces experts du monde entier ont eux aussi alerté sur l'état préoccupant des sols de la planète, cause de migrations massives, guerres et disparition d'espèces, mais ils ont aussi proposé des mesures pour limiter les dégâts, avant qu'il ne soit trop tard. Partout sur la planète, le déclin de la biodiversité se poursuit, "réduisant considérablement la capacité de la nature à contribuer au bien-être des populations". Ne pas agir pour stopper et inverser ce processus, c’est mettre en péril "non seulement l’avenir que nous voulons, mais aussi les vies que nous menons actuellement".
 

Voici les principales propositions de ces scientifiques et décideurs de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), à l'issue lundi de leur ession plénière à Medellin, en Colombie:

Restauration 

Restaurer les sols endommagés par les humains rapporte 10 fois plus de bénéfices que ce que cela coûte.

En Afrique ou en Asie, le prix de l'inaction est au moins trois fois plus cher que les mesures pour régénérer la terre.  

Les dégâts peuvent être réparés par exemple en ré-inondant les marais asséchés et en stoppant à la source la pollution de l'eau par les exploitations minières, l'agriculture et l'industrie.

Dans les villes, le rapport recommande des "infrastructures vertes" telles que des parcs, la réintroduction d'espèces natives de plantes, le traitement des eaux usées et la réhabilitation des rivières.

Agriculture

En tant que principal utilisateur des terres, le secteur agricole a un rôle majeur à jouer, en changeant ses méthodes.

Ainsi labourer la terre peut la rendre vulnérable à l'érosion et libérer le carbone qu'elle a capté, aggravant le réchauffement climatique.

"Labourer moins souvent, et avec des outils un peu différents, peut grandement aider à restaurer la matière organique du sol au lieu de la dégrader", a déclaré à l'AFP l'un des co-auteurs du rapport de l'IPBES, Bob Scholes.

Pour Robert Watson, président de l'IPBES, une partie de la solution réside dans une "agriculture de précision". "Nous devons apprendre à utiliser les engrais, les pesticides, l'eau de manière adéquate (...) donner aux cultures exactement ce dont elles ont besoin" et pas plus.

Etiquetage

Le secteur de la distribution doit tenir compte de la provenance des produits et l'impact sur la Nature des méthodes de ses fournisseurs. 

"L'étiquetage des produits alimentaires est très important", a souligné Luca Montanarella, autre co-auteur du rapport et membre du Centre de recherche de la Commission européenne. 

"Si grâce à l'étiquette apposée sur un aliment vous savez qu'il vient d'une certaine région (où) le système de production a un important et très négatif impact sur la terre, vous serez à même de choisir autre chose", a-t-il déclaré à l'AFP.

Cela peut impliquer un prix plus élevé.

"Il s'agit de faire des choix en tant que consommateur quant à ce qui est bon, pas seulement pour vous, mais pour la planète", a-t-il souligné.

Incitations

L'IPBES recommande de remplacer des "incitations perverses", qui favorisent la dégradation des sols, par des mesures positives de gestion durable.

Ainsi les engrais subventionnés: "Si cela coûte peu à l'agriculteur de les sur-utiliser, bien sûr il va le faire", selon M. Scholes.

Les subventions agricoles en général doivent être révisées, selon l'IPBES, car elles incitent à la surproduction aux dépends de la Nature.

"Cela amène à cultiver des terres où autrement le risque serait trop grand, mais comme il y a des subventions, le pari est valable", a déploré l'expert sud-africain.

Politiques

Les gouvernements doivent prendre en compte la protection de la planète dans leurs décisions et les coordonner, cesser de fragmenter agriculture et environnement d'un côté, économie, énergie, infrastructures de l'autre.

Les experts conseillent aussi une vision concertée aux niveaux international, national et individuel, en incluant les communautés indigènes et locales.

"Le plus important que les gouvernements puissent faire à l'échelle nationale et internationale est de cesser de traiter cela comme un thème isolé", argue M. Scholes.

D'importants rendez-vous internationaux prévus en 2019 vont peut-être aider à cette prise de conscience.

La prochaine plénière de l'IPBES, qui va actualiser son rapport de 2005 sur la biodiversité mondiale, est prévue à Paris, là-même où se tiendra le prochain G7.

"Il est question que l'un des thèmes clés de ce G7 soit la biodiversité, ce qui serait une grande première," a indiqué à l'AFP Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES.

Au delà de ces rendez-vous, cette experte française juge primordial de travailler sur "des thématiques en lien avec l'agenda du développement durable": santé, alimentation, eau, énergie, changement climatique. "Il y a vraiment des liens entre ces différentes thématiques, mais souvent ils ne sont pas bien compris." 

Revoyez le reportage sur la venue d'Hubert Reeves à Bruxelles, ce 24 février:

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