Migrants: "Les gouvernements ont appliqué le programme du Vlaams Belang"

Les décisions du Conseil européen concernant la migration vont permettre de tripler le budget de surveillance en Méditerranée. Pour Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International en Belgique, l’approche est positive, mais insuffisante: "C’était une de nos demandes mais elle n’a pas été totalement rencontrée, car la zone que surveillera Frontex avec l’opération Triton renforcée n’ira pas aussi près des côtes libyennes que le faisait le plan italien Mare Nostrum. Nous allons probablement passer à côté de nombreux naufrages."

Pour la prise en charge des migrants en revanche, les Européens ne sont pas parvenus à un accord. L’Italie, Malte ou la Grèce vont devoir se débrouiller seuls face aux afflux de réfugiés. "Les Européens appliquent à l’intérieur de l’Europe la même politique qu’ils appliquent à l’extérieur." argumente Philippe Hensmans: "Sur les millions de réfugiés syriens qui se trouvent à l’étranger, la plupart sont en Turquie, au Liban ou en Jordanie. L’Europe n’en a accueilli que 200 000. Ce sont donc les pays les plus limitrophes qui doivent assurer l'accueil. Et il est très difficile pour un pays comme l’Italie de recevoir 150 000 personnes. C’est ce qu’on appelle le processus de Dublin: le migrant est pris en charge par le premier pays d’accueil. "Nous demandions une entrée plus légale pour les demandeurs d’asile, mais les pays européens n’ont même pas pu tomber d’accord sur le nombre de 5000 demandeurs. Cela alors qu’aujourd’hui, le Liban qui compte 4 millions d’habitants accueille 1,5 million de réfugiés. Et le Kénya 600 000."

Le citoyen peu sensibilisé

Une thématique sur laquelle il n’est pas plus facile de convaincre le simple citoyen. La pétition d’Amnesty Internationale lancée afin d’obtenir de l’Europe l’ouverture d’une voie légale à l’immigration n’a pas rencontré un vif succès. Il y a une inflexion de la pensée politique par l’Extrême droite. "C’est le message qui dit que tous les réfugiés sont des profiteurs et que nous sommes envahis, ce qui est loin d’être le cas. C’est un message qui a été repris par les partis traditionnels."

La Ligue des droits de l’homme a repris le programme du Vlaams Blok d’il y a 15 ans pour constater que toutes les mesures concernant l’immigration ont été mises en œuvre par les gouvernements successifs.

Pour le représentant d’Amnesty, les gens ont peur "parce qu’on les a matraqués avec de fausses informations... L’Europe a un déficit démographique qui va l’amener, d’ici 50 ans, à enregistrer une baisse de population de 40 millions d’individus. Il faudrait donc faire rentrer un million de gens par an pour combler ce déficit démographique. Nos partis politiques le savent, mais n’osent pas le dire. "

J-C V.

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