Immigration: les propositions du sommet sont insuffisantes pour Amnesty

Jean-Juncker, président de la Commission européenne, arrivant au sommet extraordinaire
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Jean-Juncker, président de la Commission européenne, arrivant au sommet extraordinaire - © PHILIPPE HUGUEN - BELGAIMAGE

Réunion extraordinaire des dirigeants européens à Bruxelles ce jeudi après-midi. Au menu un seul sujet: les récents drames en mer Méditerranée, plus de 1000 morts en quelques jours après le naufrage de bateaux remplis de migrants. C'est le Premier ministre italien qui a voulu cette réunion d'urgence et il a prévenu : il ne veut plus de paroles, Mattéo Renzi demande des actes. Certaines associations humanitaires doutent déjà de la volonté réelle des dirigeants européens de réviser leurs politiques en la matière. C'est notamment le cas d'Amnesty.

"Les propositions du Sommet de Bruxelles sont une réponse terriblement insuffisante et honteuse à la crise des migrants et ne permettront pas de mettre un terme à l'hécatombe en Méditerranée", a déclaré Amnesty International.

Selon un projet de déclaration divulgué à la suite d'une fuite, les dirigeants de l'Union européenne (UE) réunis à Bruxelles le 23 avril 2015 vont probablement rejeter dans l'après-midi les appels urgents en faveur d'un élargissement massif des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée. Au lieu de proposer un tel élargissement, le projet de déclaration prévoit un doublement du budget de l'opération Triton et des opérations de surveillance des frontières. Or, les navires impliqués dans ces opérations patrouillent au maximum à 30 miles des côtes italiennes et maltaises, soit bien loin du théâtre de la plupart des noyades. Si ces mesures sont adoptées, elles seront encore loin d'offrir l'équivalent de l'opération Mare Nostrum.

Moins de paroles, plus d'actes

Des actes parce que depuis des années, les Européens, à chaque naufrage repris dans la presse, jurent que cela ne doit plus arriver mais les morts se multiplient. La Commission européenne a proposé dix pistes, il s'agit d'éviter que les migrants quittent les côtes africaines, mais il s'agit aussi de mieux organiser l'accueil de ceux qui arrivent en Europe. Et enfin de mener des opérations militaires dit l’Italie pour traquer et détruire les bateaux des passeurs, une solution musclée que les militaires jugent à très hauts risques et qui nécessitera un mandat des nations unies, ce ne sera sans doute pas facile.

Autrement dit, le Premier ministre italien appelle à plus de solidarité : une double solidarité, d'abord pour ne plus laisser l’Italie, Malte ou la Grèce seules face à ces naufrages, les secours et les gardes côtes de ces pays sont débordés.

Les Européens, la Belgique notamment, devraient annoncer un renforcement des moyens déjà présents en mer pour surveiller les frontières mais aussi pour venir en aide aux migrants.

Il est aussi question de solidarité entre Etats membres : les pays du Sud ne veulent plus accueillir seuls ces dizaines de milliers de réfugiés qui ont besoin d'aide. Une fois encore la Commission proposera que chaque Etat s'engage à accueillir chez lui un certain nombre de réfugiés arrivés sur les côtes européennes. Plusieurs pays dont la Belgique ont annoncé qu'ils accueilleraient davantage de réfugiés syriens.

Une opération militaire contre les "esclavagistes"

Il faut "entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants", selon le projet de déclaration du sommet extraordinaire.

L'Europe se doit d'apporter une réponse forte, qui aille au delà du renforcement des moyens de surveillance maritime ou d'une meilleure solidarité dans l'accueil des réfugiés.

Les chefs d'Etat et de gouvernement devraient donc lancer les "préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense", autrement dit une opération militaire. Ce serait une première dans la lutte contre l'immigration clandestine.

Les premières consultations montrent "une volonté politique de lancer ce signal fort", a confié à l'AFP une source proche du dossier.

"On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi", a affirmé un haut responsable européen. Le chef du gouvernement italien a demandé l'examen de la possibilité de mener des "interventions ciblées" contre les passeurs en Libye, devenu le pays d'embarquement des migrants et des candidats à l'asile en direction de l'Italie et de Malte.

"Personne ne parle d'envoyer des troupes au sol", a assuré une source européenne, tout en soulignant que la question d'un mandat des Nations unies "dépend de l'étendue de la mission". "Ce ne sera pas une guerre, mais des actions ciblées".

Scepticisme

Mais la "mise en œuvre prendra du temps", ont averti les diplomates en charge du dossier. "Il va falloir préparer des plans opérationnels, puis mobiliser des moyens militaires", a-t-on expliqué.

Les experts se montrent très sceptiques. Atalante, la mission militaire de l'UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes a été lancée en 2008, mais les premières actions contre les bateaux des pirates ont été menées en 2011-2012, a rappelé l'eurodéputé français Arnaud Danjean. "Que peut-on faire pour endiguer ce trafic par la force, la réponse est simple : rien", a assuré à l'AFP l'ex-amiral français Alain Coldefy.

500 000 migrants pourraient traverser la Méditerranée cette année

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son homologue auprès de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont exigé que les factions rivales en Libye se mettent rapidement d'accord pour reconstruire un Etat, première étape pour permettre d'endiguer le flux de migrants.

A Londres, le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de "mettre fin à ces cargaisons de la mort".

Un demi-million de migrants pourraient tenter cette année une dangereuse traversée de la Méditerranée, avec plusieurs milliers de morts, si rien n'est fait pour lutter ceux qui organisent ces trafics d'êtres humains, estime l'Organisation maritime internationale (OMI), une institution de l'ONU.

"En 2014, plus de 170 000 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l'Europe, et 3 000 d'entre eux ont péri", a déclaré le directeur de l'OMI, Koji Sekimizu, lors d'une conférence maritime à Singapour.

"Nous ne devrions pas seulement nous préoccuper des opérations de recherches et de secours, mais aussi lutter contre les passeurs, les trafiquants en coulisses", a souligné le responsable.

Depuis le début de l'année, quelque 1 750 migrants, hommes, femmes et enfants ont péri en mer, soit 30 fois plus que durant la même période de 2014, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Plus de 20 000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l'année. Et rien ne semble devoir les décourager.

Anne Blanpain et AFP

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