Migrants: l'ONU exhorte la Grèce à améliorer les conditions "misérables" des camps

Un Afghan et son fils, le 27 novembre 2019 dans une des  cabanes installées dans un camp de réfugiés sur l'île de Lesbos
2 images
Un Afghan et son fils, le 27 novembre 2019 dans une des cabanes installées dans un camp de réfugiés sur l'île de Lesbos - © ARIS MESSINIS

Le Président international de Médecins sans frontières (MSF) a demandé mercredi à Athènes "d'évacuer d'urgence "les migrants vulnérables qui se trouvent dans les camps surpeuplés des îles grecques.

Christos Christou a visité ces camps la semaine passée, et il a dénoncé lors d'une conférence de presse à Bruxelles des conditions comparables à celles observées dans des zones de guerre ou de catastrophe naturelle.

"Des milliers de personnes vivent dans des conditions inhumaines à l'approche de l'hiver", a estimé M. Christou, qui a pointé du doigt les responsables européens, jugeant que leurs politiques infligent une souffrance "simplement impossible à mesurer".

L'organisation fait partie des ONG qui ont sonné l'alarme sur la situation des camps de migrants dans les îles grecques.

Ces centres, prévus pour accueillir environ 7.000 personnes mais dans lesquels se trouvent plus de 39.000 migrants, sont devenus des zones d'attente pour les demandeurs d'asile - pour beaucoup en provenance d'Afghanistan ou de Syrie - qui patientent pendant des mois, voire des années, jusqu'à ce que leur demande soit traitée.

Le gouvernement grec a annoncé la semaine passée la fermeture prochaine et le remplacement par des structures fermées des trois camps de migrants les plus surpeuplés et les plus insalubres, sur les îles de Lesbos, Samos et Chios.


"La Grèce doit intervenir d'urgence"

Pendant ce temps, le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés en visite à Lesbos a exhorté la Grèce à "intervenir" en urgence pour améliorer les conditions "misérables" et inacceptables dans ses camps de migrants surpeuplés.

"Quelle que soit la situation de ces gens, nous ne pouvons accepter qu'ils vivent dans des conditions si misérables, exposés à la violence et à l'exploitation", a plaidé le chef du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) Filippo Grandi, après avoir visité le camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos.

"Ces conditions de vie nécessitent une amélioration urgente", a ajouté le Haut commissaire venu pour deux jours en Grèce, "le pays le plus impacté actuellement".

Sa visite intervient alors que le gouvernement grec a annoncé un vaste programme de refonte des camps de demandeurs d'asile sur les cinq îles égéennes les plus exposées en raison de leur proximité avec la Turquie.

Plus de 39.000 demandeurs d'asile, selon les autorités grecques, vivent actuellement sur les îles de Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos, où des centaines continuent d'arriver quotidiennement.

Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis a annoncé la semaine dernière la fermeture des trois camps les plus surpeuplés et les plus insalubres et leur remplacement par des centres fermés, afin de tripler les capacités d'accueil sur les îles de Lesbos, Samos et Chios.

Il a aussi promis le renvoi en Turquie de 10.000 déboutés du droit d'asile et le transfert de 20.000 personnes sur le continent grec. Mais selon l'Organisation internationale des migrations, les camps du continent abritent déjà 22.000 personnes et frôlent la surcapacité.

"Nous soutenons pleinement" ce plan de "désengagement des îles", en raison de l'importante "pression" sur les insulaires, "c'est très urgent", a déclaré le Haut commissaire de l'ONU devant quelques journalistes.

"L'intention du gouvernement de rendre les procédures (de demandes d'asile) plus rapides et plus efficaces est également importante et positive", a-t-il poursuivi, soulignant qu'il avait cependant des "questions" à poser au Premier ministre grec lorsqu'il le rencontrerait mercredi après-midi à Athènes.

Kyriakos Mitsotakis s'est également engagé à reloger rapidement plus de 4.000 mineurs non accompagnés vivant sur les îles égéennes, après avoir échoué à convaincre les pays de l'UE d'en accueillir près de 3.000.

Le Haut commissaire de l'ONU s'est dit "très préoccupé", comme le Premier ministre grec, "par le sort des enfants", particulièrement vulnérables, notamment "ceux qui voyagent seuls".

"L'Europe doit en faire davantage pour la Grèce (...) Nous avons besoin de plus de ressources" et "d'une solution collective pour les mineurs non accompagnés", a-t-il dit, après sa visite du camp de Moria.

Les conditions se sont encore détériorées avec les pluies abondantes des derniers jours dans ce camp surpeuplé, qui compte 16.000 migrants, selon le HCR, soit plus du triple de sa capacité.

"La situation est vraiment très mauvaise" à Moria, a rapporté Sleem, 22 ans, venu d'Irak. "C'est le début de l'hiver, il pleut partout, les tentes ne peuvent pas y résister, rien ne peut résister à la pluie", a-t-il dit à l'AFP. "Il ne nous traitent pas comme des êtres humains ici".

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK