Micro-ondes et batteries brûlés… À Agbogblishie, bannir le feu comme outil de recyclage

Une formation donnée aux "salvagers" pour leur apprendre à isoler les matériaux les plus dangereux.
Une formation donnée aux "salvagers" pour leur apprendre à isoler les matériaux les plus dangereux. - © Dylan GAMBA

La fumée est épaisse, âcre, et l’air vicié. Bienvenue à Agbogblishie, l’une des plus grandes décharges de déchets électroniques au monde. En plein cœur de la capitale ghanéenne, Accra, des "salvagers" – des récupérateurs – brûlent télévisions, ordinateurs et autres téléphones, pour récupérer du cuivre. Une combustion nocive pour les sols.

Agbogbloshie est selon certaines ONG l’un des lieux les plus pollués de la planète avec de fortes concentrations de plomb et d’arsenic, mais aussi pour les quelque 4000 personnes qui vivent directement de ce commerce informel. A proximité, se trouve également l’un des plus grands bidonvilles de la ville, où s’entassent plus de 40.000 personnes.

Complications de santé

"La première fois que je suis venu ici, je me suis dit qu’il y avait des choses à faire", témoigne Markus Spitzbart, en charge du programme de gestion des déchets électroniques au Ghana pour l’agence allemande de développement (GIZ). Depuis 2016, l’institution a mis en place une politique pour permettre un meilleur recyclage des déchets mais aussi pour former les "salvagers" aux bonnes pratiques pour préserver sa santé. La GIZ a mobilisé plusieurs millions d’euros pour la mise en place de ce programme.

En ce début du mois d’octobre, quelque 10 personnes sont réunies dans les locaux de GIZ, situés à proximité de la décharge. Dépendance à certaines drogues, prévention des risques liés aux brûlures… les cours sont prodigués en anglais et en dagbane, la langue la plus courante dans le nord du Ghana, d’où sont originaires la plupart des récupérateurs. "Préférez-vous avoir des complications de santé ou bien payer 3 cedis (environ 50 centimes d’euro), pour acheter des masques de protection ?", lance le professeur Samuel Abankwa-Duodu.

Répandre les bonnes pratiques

Après les travaux théoriques, les "salvagers" doivent démonter ordinateurs et micro-ondes en isolant les matériaux les plus dangereux. "La batterie contient du cadmium et l’écran du mercure, il ne faut surtout pas les brûler", souligne Samuel Abankwa-Duodu en passant entre les rangs.

"Ce que j’apprends ici est utile, et je vais continuer à le mettre en place à l’extérieur", avance Mohamed. Le jeune homme de 20 ans, originaire de Bimbila, une ville située dans le nord-est du pays, est arrivé dans la décharge il y a seulement deux mois. Un peu plus loin, Issahaku Fuseini, 48 ans dont 19 années passées dans la décharge, fait figure de doyen dans le groupe. "J’apprends ici comment bien me protéger et je vais pouvoir partager mon expérience avec mes collègues", souligne-t-il.

"Notre but est de permettre une meilleure gestion des déchets. Nous achetons certains matériaux aux récupérateurs pour en faciliter la réutilisation", poursuit Markus Spitzbart, qui appelle de ses vœux la création d’une filière légale de recyclage. En attendant, une épaisse fumée noire continue de s’échapper du centre de la décharge.

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