Michael Ignatieff, un recteur déterminé face à Viktor Orban

L'affaire provoque beaucoup d'agitation en Hongrie depuis près d’un mois. L'opposition multiplie les manifestations de soutien.
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L'affaire provoque beaucoup d'agitation en Hongrie depuis près d’un mois. L'opposition multiplie les manifestations de soutien. - © FERENC ISZA - AFP

Michael Ignatieff lance un appel à l'aide à l'Union européenne. Son institution, l'Université d'Europe Centrale, est dans le collimateur du pouvoir hongrois. Une loi controversée de l'autoritaire Viktor Orban pourrait aboutir à la fermeture pure et simple de l’université.

L'affaire provoque beaucoup d'agitation en Hongrie depuis près d’un mois. L'opposition multiplie les manifestations de soutien. Une solidarité qui dépasse largement les frontières de la Hongrie. "Nous avons reçu le soutien de 19 prix Nobel et d’une centaine d’universités à travers le monde. Nous menons ce combat à Bruxelles, à Washington. Nous avons le soutien de Berlin. Mais pour le moment, rien ne bouge", regrette Michael Ignatieff, dans un français teinté d’un léger accent anglais. Car malgré cette large mobilisation, le premier ministre hongrois, l’ultraconservateur Viktor Orban, reste inflexible.

Pas de quoi décourager le recteur de la CEU. Michael Ignatieff est à Bruxelles ces lundi et mardi pour défendre sa cause auprès de responsables de l’Union européenne. L'enjeu est majeur pour tout le continent. "Pour moi, c’est la première fois depuis 1945, depuis la guerre, qu’un pays européen essaye de fermer une université libre. C’est un enjeu sérieux pour l’avenir européen et pour les valeurs européennes".

Les reproches de Viktor Orban

La CEU est installée au cœur de Budapest, la capitale européenne depuis 25 ans. Elle a été fondée par le milliardaire américain d’origine hongroise George Soros. Son objectif était de faciliter la transition démocratique dans les pays de l’Europe de l’Est et de l’Europe centrale après la chute du mur de Berlin.

Pour Michael Ignatieff, le plus grand défaut de son institution aux yeux de Viktor Orban, c’est sa liberté. "Nous sommes une université spécialisée dans les sciences humaines et les sciences sociales. Nous sommes fiers du fait que nous sommes institutions sérieuses, académiques. Nous ne faisons pas de politique, nous ne sommes pas une ONG, nous ne faisons pas de contestation contre le gouvernement. Nous faisons notre travail d’universitaires. Et il n’aime pas une institution".

Soros, bête noire du régime hongrois

En réalité, la vraie cible de Viktor Orban, c'est Georges Soros, le fondateur de la CEU. Ce milliardaire philanthrope aux idées libérales est devenu la bête noire du pouvoir hongrois qui l'accuse de financer l'opposition. Une attitude que dénonce Michael Ignatieff qui voit son université comme une victime colatérale de ce conflit. "Si monsieur Orban veut mener une campagne contre monsieur Soros, je me demande pourquoi il me prend en otage. Nous n’avons rien avoir avec la querelle politique, je dirais même l’obsession politique que monsieur Orban a envers monsieur Soros".

L’avenir incertain de la CEU

En attendant, la menace de fermeture de l’université dirigée par Michael Ignatieff est réelle. La loi adoptée il y a une quinzaine de jours par le régime hongrois prévoit entre autres que les universités internationales présentes en Hongrie doivent disposer d'un campus dans leur pays d'origine. Ce qui n'est pas le cas de l'Université d'Europe Centrale qui est enregistrée aux Etats-Unis. Si l'établissement ne se conforme pas à loi d'ici octobre, elle perdra sa licence, en clair, elle perdra son droit d'enseigner et à partir du 1er janvier 2018, elle pourra plus inscrire le moindre étudiant.

Quelle aide de l’Europe?

Le recteur a bien quelques idées en tête mais il les réserve aux dirigeants européens. En public, il leur demande de prendre leurs responsabilités. "Je demande toute l’aide possible, tout le soutien possible. Mais ce n’est pas à moi de définir ce que cette aide peut contenir. Ce que je veux éviter, c’est un affrontement direct avec le gouvernement Orban. Je ne suis pas un homme politique. Je suis un universitaire. Je suis un président d’université. Et je veux simplement qu’il me laisse en paix".

Il y a une dizaine de jours déjà, la Commission européenne a exprimé sa profonde inquiétude. Si la loi qui vise l'université d'Europe Centrale ne respecte pas le droit européen, la Commission pourrait lancer une procédure d'infraction contre la Hongrie.

Michael Ignatieff reste optimiste. Il espère que Viktor Orban reviendra à la raison. Mais il se veut combatif aussi. Quoiqu'il arrive, il ne compte pas fermer son université.

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