Mexique: quand les familles de disparus disparaissent à leur tour

« Mes deux enfants m’ont dit, on doit aller travailler. Travailler aussi pour trouver nos frères, maman. Je leur ai dit de ne pas partir. Mais ils sont partis et le 22 septembre 2010, ils ne sont jamais revenus. »

Maria Herrera, 70 ans et mère de huit enfants à Pajuacaran, dans l’Etat de Michoacan (ouest), en a perdu quatre dans une double tragédie : en cherchant leurs frères disparus, Raul, 19 ans et Jesus Salvador, 24 ans, deux de ses fils ont disparu à leur tour.

En août 2008, Raul et Jesus Salvador qui travaillaient dans le commerce de l’or, se sont rendus dans l’Etat voisin du Guerrero au moment où une rivalité éclatait entre deux groupes de narcotrafiquants. Ils voyageaient avec cinq autres employés et transportaient environ 90.000 dollars en or et en espèces. Un cartel local les a probablement confondus avec des rivaux et avec l’aide de policiers corrompus les ont fait arrêter puis disparaître, comme ce fut le cas en 2014 avec 43 étudiants d’Ayotzinapa.

Face aux difficultés financières, deux autres frères, Luis Armando et Gustavo, âgés de 25 et 27 ans, ont repris le commerce de l’or, tout en espérant retrouver leurs frères disparus. Peu de temps après un ultime appel téléphonique à l’épouse de l’un d’eux, les deux frères ont été arrêtés par des policiers à Poza Rica, dans l’Etat du Veracruz (est), avant de disparaître à leur tour le 22 septembre 2010, sans laisser de trace.

Au Mexique, les violences sont courantes entre factions criminelles pour le contrôle des routes du narcotrafic. Mais certains groupes pratiquent l’extorsion et des enlèvements, surtout depuis que l’Etat a lancé en 2006 une offensive contre les cartels. Résultats aujourd’hui, on compte plus de 40.000 disparus.

Rappelez-vous que les corps libèrent des gaz et font soulever la terre

Maria Herrera a depuis longtemps abandonné l’espoir de retrouver ses quatre fils vivants. Mais elle veut au moins retrouver leurs corps. Devant l’absence de réponse des autorités, la famille a commencé ses propres recherches avec l’aide d’enquêteurs privés, sans résultat.

Alors en 2006, Maria Herrera rejoint un groupe qui effectue des recherches de restes humains dans l’Etat de Veracruz. Elle y a appris des techniques utilisées par les médecins légistes. Une tige de fer à la main, elle inspecte d’un œil expert le sol recouvert de feuilles sèches d’une colline à Huitzuco, dans le sud du Mexique, avec l’espoir de retrouver les restes de ses quatre enfants disparus. L’endroit, désertique, est inhospitalier. « Rappelez-vous que les corps libèrent des gaz et font soulever la terre, puis quand ils se décomposent davantage, on observe un affaissement », explique-t-elle à un groupe d’une centaine de personnes qui l’accompagnent, sous une chaleur accablante, protégés par des policiers fédéraux armés.

Son groupe a retrouvé récemment sept corps lors d’une campagne de recherches de deux semaines.

Selon les autorités, il y a sans doute plus d’un millier de fosses communes au Mexique. A cela s’ajoutent 26.000 corps non identifiés.

Le nouveau gouvernement mexicain a annoncé la mise en œuvre d’un programme pour rechercher ces dizaines de milliers de disparus, et va créer un nouvel institut de médecine légale doté d’un budget de 20 millions de dollars.

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