Meurtre de George Floyd : un verdict de culpabilité, un procès historique. Mais après ?

Moins de 24 heures de délibération, 12 jurés et un verdict unanime. L’affaire George Floyd a marqué et marquera les Etats-Unis à jamais. Ce mardi, tous les yeux étaient rivés sur les écrans, de télé, de PC, de téléphone portable. Le monde écoutait en direct le juge Peter Cahill annoncer la conclusion des jurés. L’ancien policier blanc, Derek Chauvin, est reconnu coupable d’homicide involontaire, de meurtre au deuxième et troisième degré. Le juge devra donner la sentence d’ici à huit semaines. Retour sur un procès historique à plus d’un titre.

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Un retentissement national et international

L’affaire George Floyd a ému le monde. Les Américains en premier. Il faut dire que la vidéo interminable de l’agonie de cet Afro-Américain de 46 ans était insoutenable. Elle a choqué jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Avant même l’énoncé du verdict, Joe Biden a dit qu’il priait pour que le jury rende un verdict juste. Dès le début de l’affaire, le candidat qu’il était à la présidentielle, a souvent montré son soutien aux proches de George Floyd. 

Serge Jaumain, professeur à l’ULB et spécialiste des Etats-Unis, estime que Joe Biden a montré sa compassion et son émotion dans les heures qui ont suivi la mort de l’Afro-Américain. "Imaginez, si l’on replonge quelques années plus tôt. Est-ce que l’affaire aurait fait la une ?" Pour ce spécialiste, le poids de l’image, de la vidéo et de ses 9 minutes y est pour quelque chose. Le contexte aussi. "La période électorale était là, on sortait de la période Trump qui a exacerbé les tensions, donc le contexte était explosif", explique le professeur.

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Autre moment fort, la déclaration officielle du président Joe Biden. Il a appelé au changement pour lutter contre ce racisme qui "entache l’âme de l’Amérique". Kamala Harris, première vice-présidente noire, a également pris la parole. Elle a rappelé que tout au long de l’histoire américaine les noirs américains, avaient toujours été traités comme des êtres inférieurs. Ajoutant qu’il y a un héritage de George Floyd et que le travail consiste désormais à honorer cet héritage ainsi que l’homme. L’affaire Floyd/Chauvin est aussi politique…

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"C’est un tournant", confirme Serge Jaumain. "Ce qui s’est passé, et ces images qui ont été abondamment commentées a permis aux Etats-Unis et au monde de se rendre compte de ce qui se passait dans certains quartiers alors que c’est la réalité aux Etats-Unis."

Comme l’a déclaré l’avocat de la famille Floyd lors de l’ouverture du procès, l’affaire est un référendum sur le chemin parcouru par l’Amérique dans sa quête d’égalité et de justice pour tous.

Si ce n’était lui…

C’eut été un autre. Un autre George Floyd. Le contexte, l’accumulation de bavures volontaires ou non ont contribué à faire de la mort de cet Afro-Américain, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. On se souvient encore de ses policiers, genou à terre pour témoigner de la solidarité avec la famille du défunt. Du chef de Dereck Chauvin, venu témoigner à la barre et déclarer que de telles pratiques devaient cesser. "C’est l’événement dont on avait besoin pour montrer tout ce qu’il faut changer", estime Serge Jaumain. "Car il y a une différence entre le discours des intellectuels, d’une certaine classe américaine et la réalité. Il fallait montrer qu’il existe encore des pratiques choquantes."


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L’émotion suscitée par la mort de George Floyd retombera-t-elle comme un soufflet ? C’est le risque. Maintenant, certaines conséquences, certains changements sont déjà visibles aux Etats-Unis. Les caméras embarquées, accrochées aux uniformes des policiers sont généralisées et la diffusion des images est une réalité. Le supérieur de Dereck Chauvin affirmant au procès que l’attitude de son policier était inacceptable, qu’il convenait de modifier les pratiques, participe à la prise de conscience générale. C’est un message fort.

Toutefois, il ne faut sans doute pas crier victoire trop vite. "Il y a des attentes de la part de la communauté noire car les discriminations sont quotidiennes", rappelle le professeur Jaumain.

L’affaire George Floyd en quelques chiffres

Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays. Entre 15 et 25 millions de personnes se sont rassemblées. Des Américains aux origines ethniques variées et souvent jeunes. Ces défilés ont parfois été accompagnés de violences et de destructions, notamment à Minneapolis ou à Portland.

Le volet financier du procès est aussi à lui seul historique. 27 millions de dollars de dommages et intérêts ont été versés par la ville de Minneapolis à la famille de George Floyd. Cette somme met fin aux poursuites au civil que les proches de l’Américain décédé avaient engagées contre la municipalité.

Le pays s’est passionné pour la sélection du jury. Une élection elle aussi retransmise à la télévision. 12 jurés, 4 remplaçants. Ces hommes et ces femmes ont dû remplir un questionnaire de 14 pages pour tenter de détecter une certaine forme d’impartialité. Ils ont été interrogés par les deux parties, accusation et défense, en vue de les récuser ou non. Certains l’ont été en raison d’opinions trop négatives sur l’accusé. La question raciale étant essentielle, dans un comté qui compte à peu près 14% de Noirs, le choix des jurés était d’autant plus important. Une métisse, deux hommes noirs et une femme hispanique faisaient partis du groupe choisit.

90 minutes, c’est la durée du réquisitoire du procureur. C’est peu et pour nombre d’analystes judiciaires, il ne fallait pas plus pour détailler l’évidence. 2h30 environ, c’est ce qu’a duré la plaidoirie de l’avocat de la défense. Une plaidoirie tellement longue que le juge a ordonné une pause pour permettre au jury de s’aérer, boire et manger.

En juin dernier, un sondage Ipsos/USA Today révélait que 60% des Américains qualifiaient la mort de Floyd de "meurtre". 9 mois plus tard, ils n’étaient plus que 36% à le faire (64% des Noirs mais seulement 28% des Blancs). Toutefois une majorité de Blancs (54%) et de Noirs (76%) pensent qu’il doit y avoir une condamnation.

La sentence de Dereck Chauvin sera prononcée dans les 8 semaines. Ce procès restera comme un point de rupture dans l’histoire et l’avenir des Etats-Unis.

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