Hollande: "Il faut vivre avec la peur, mais il ne faut pas vivre dominé par la peur"

François Hollande et Angela Merkel lors d'une réunion sur le conflit ukrainien le deux octobre dernier
François Hollande et Angela Merkel lors d'une réunion sur le conflit ukrainien le deux octobre dernier - © ALAIN JOCARD - AFP

Le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel se sont exprimés devant les eurodéputés à Strasbourg. La dernière fois qu’un couple franco-allemand se présentait ensemble au Parlement européen, c’était en 1989. François Mitterand et Helmut Kohl se tenaient alors devant l'assemblée. François Hollande précise qu’à "l’époque un grand vent de liberté soufflait sur le continent et donnait espoir aux nations". Vingt-cinq ans après, le contexte a changé.

Crises plurielles

L'Union européenne compte désormais 28 États membres et les crises se succèdent. Grèce, réfugiés, Ukraine… En théorie, aucun sujet n’est oublié. François Hollande, tout comme Angela Merkel, a mis l’accent sur la volonté et la nécessité d’agir ensemble, tous ensemble, pour résoudre les problèmes actuels.

Guy Verhofstadt, eurodéputé libéral, a réagi en parlant de "polycrise". Pour lui, la raison de ce phénomène, c’est l’influence géopolitique de l’Europe. "Nous devons faire face à la réalité. C’est l’essence même du projet européen qui est en danger. Nous risquons d’être faibles économiquement et de ne plus peser sur le plan international."

Martin Schulz, président du Parlement européen, insiste quant à lui sur le rôle que joue le couple formé par les dirigeants français et allemand dans cette situation. "Quand la coopération franco-allemande ne fonctionne pas, c’est toute l’Europe qui en souffre." Selon lui, le compromis reste la clé du succès européen. Et, à l’automne 2015, négocier fait autant partie du quotidien de l’UE que de celui de la Belgique politique.

"L’Europe ne doit pas être frileuse, mais offensive"

Les deux dirigeants ont évoqué le besoin d’agir "à la source". Aider financièrement la Libye et agir sur le terrain en Syrie semblent être des solutions pour la France. "L’Europe s’est employée à sauver des vies, mais elle a tardé à comprendre que les tragédies au Proche-Orient pouvaient avoir des conséquences pour elle."

La chancelière estime que cette région du monde ne devrait pas "avoir peur des bombes" et que c’est à l’Europe et au monde entier de prendre ses responsabilités. À l'égard des pays européens, Hollande et Merkel disent vouloir agir de manière unie et soudée : l’Italie et la Grèce ne peuvent pas (ou plus) assumer seules l’afflux de réfugiés.

François Hollande a également insisté sur la coopération avec la Turquie. "Nous devons aider la Turquie si nous voulons qu’elle nous aide nous-mêmes." Rappelons que le pays contient aujourd’hui une grande partie du flux migratoire syrien et que le président turc Recep Tayyip Erdogan était présent à Bruxelles ce mardi pour en discuter avec les gouvernements européens.

Sur la question russo-ukrainienne, les deux leaders sont satisfaits des avancées des dernières semaines, notamment suite à une rencontre avec Poutine à Paris. Retrait des armes lourdes et report des élections de la part des séparatistes, de quoi rendre fier François Hollande.

"Il ne faut pas vivre dominé par la peur"

Le président français a rappelé l’impact du terrorisme dans nos contrées. "À chaque crise, des peurs se manifestent. Il faut vivre avec la peur, mais il ne faut pas vivre dominé par la peur", a-t-il lancé.

Le président de la République française est resté sur ses positions au sujet de Bachar al-Assad : "(Son) régime a créé et continue de nourrir ce désastre". Si Merkel insiste sur les responsabilités des uns et des autres, elle est suivie par son collègue français : "Ce qui se passe en Syrie concerne l’Europe et déterminera les équilibres dans toute la région. Ne pensons pas que nous serons à l’abri, ce sera une guerre totale, nos propres territoires serons touchés. Il faut agir."

Pour pouvoir passer de la théorie à la réalité, une seule option pour les deux dirigeants européens : éviter le repli national et agir ensemble. À nouveau.

Comme à son habitude, l'eurodéputée Front National Marine Le Pen a rappelé que la France devait défendre ses intérêts et non devenir le "vassal" de l’Allemagne. "Certains diront que je suis l’anti-Merkel, j’en accepte l’augure."

Un petit point climat

Un prochain défi attend François Hollande d’ici peu : la COP21, c’est-à-dire la conférence des Nations unies sur le climat. L’événement aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre et le challenge est important : rassembler 100 milliards d’euros et redéfinir les priorités environnementales au niveau planétaire.

"Je souhaite un jour revenir devant le Parlement européen avec cette fierté d’avoir été là le jour où les États du monde, les associations et les entreprises ont réglé une grande part de la question climatique, a-t-il confié. C’est pour notre génération le rendez-vous qu’il ne faut pas manquer." François Hollande a donc maintenant deux mois pour mettre ses propos à profit.

Retrouvez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK