Mercredi 4 novembre: premiers réfugiés "relocalisés" depuis la Grèce

Des migrants dirigés vers Lampedusa.
Des migrants dirigés vers Lampedusa. - © MAHMUD TURKIA - AFP

Mercredi 4 novembre est une date importante dans le processus de "relocalisation" des réfugiés mis en place par l’Union européenne. Cet accord difficilement bouclé entre les 28 vise à accueillir 160 000 réfugiés se trouvant déjà en Grèce et en Italie. La mise en œuvre de ce plan nécessite la création de "hotspots" dans ces deux pays où s'opérera un tri entre réfugiés et migrants économiques avant leur entrée dans d’autres pays de l’Union. Ce qui permettra ainsi de freiner les flux depuis la Turquie.

Après l’Italie qui a déjà envoyé 86 réfugiés (dont certains vers la Suède), c’est au tour de la Grèce de répartir ses réfugiés. Mais la procédure est-elle réellement en place? La mise en œuvre des structures est lente, et les positions divergentes.

Le temps presse

En date du 23 octobre, les Etats membres de l'UE n'avaient encore proposé que 854 places pour accueillir rapidement les réfugiés du plan de relocalisation. Bien loin des 160 000 à répartir. "A ce stade, neuf Etats membres ont dit qu'ils pouvaient relocaliser rapidement 854 personnes venant de Grèce et d'Italie", a précisé une porte-parole de l'exécutif européen, interrogée sur le plan adopté dans la douleur par les pays de l'UE.

Car le problème est là: tous les pays signataires de l’accord disent éprouver des difficultés à trouver des lieux d’accueil. La Belgique ne fait pas exception.

Des chiffres précis et contraignants de réfugiés à recevoir ont été fixés pour tous les Etats pour une période de deux ans, mais ceux-ci doivent notifier au fur et à mesure des places immédiatement disponibles, pour l'organisation des premiers transferts. Les neufs Etats ayant notifié pour l'heure des places rapidement disponibles sont la Suède (300), la Finlande (200), le Portugal (130), le Luxembourg (90), l'Espagne (50), la France (40), l'Allemagne (10) et la Lituanie (4). La Belgique s’est, pour sa part, engagée à accueillir trente réfugiés relocalisés, des Syriens et des Erythréens.

Les pays réfractaires

Le retour des conservateurs au pouvoir en Pologne risque de freiner le processus de relocalisation qui n’avait été accepté que du bout des lèvres. La Pologne vient ainsi renforcer les camps des pays qui s’opposent fortement au système de relocalisation. Il s’agit principalement de la Hongrie et la Slovaquie. Le Royaume-Uni et le Danemark ne sont pas concernés par ce plan.

Le coût de la relocalisation

Le gouvernement grec a indiqué attendre de l'Union européenne un soutien supplémentaire d'au moins 330 millions d'euros en 2016 pour faire face à l'afflux de migrants. L'UE doit aussi "tirer au clair la question du financement de la procédure de relocalisation", en prévoyant un "financement exceptionnel" pour les dépenses de ce mécanisme, convenu par les 28 cet été, "qui n'ont pas été prévues dans le cadre des plans budgétaires pluriannuels européens".

Les hotspots en devenir

Les hotspots sont indispensables pour que soit remplie la première condition de la "relocalisation" : identifier les candidats, et prendre leurs empreintes digitales.

En Grèce, Lesbos est le premier "hotspot" (centre d'accueil et d'enregistrement des migrants). Le ministre grec à la politique migratoire, Iannis Mouzalas s’est engagé à mettre en place " à terme " quatre autres "hotspots" sur les îles de Kos, Samos, Chios et Léros, premières étapes en face des côtes turques. Selon les ONG présentes à Lesbos, les conditions d'accueil se sont toutefois détériorées ces derniers jours au centre d'enregistrement de cette île d'Égée orientale. Les autorités seraient débordées face à l'ampleur des flux.

Le second pays concerné -l’Italie- comptera 4 centres: Pozzallo, Porto Empedocle et Trapani en Sicile et Lampedusa. Mais de la théorie à la pratique, il semble exister quelques nuances. "L'effectivité des hotspots n'est pas évidente", disait Charles Michel il y a près de 3 semaines

Le rôle de la Turquie

La Commission européenne a travaillé ces dernières semaines à un accord avec les autorités turques, afin que la Turquie prenne sa part dans la gestion des migrants et accepte que l'UE lui renvoie une partie de ceux qu'elle refusera. Les 28 chefs d’État et de gouvernement se sont mis d'accord pour lui proposer une aide financière permettant de contenir, dans les meilleurs conditions possibles, une partie des réfugiés.

On évoque un montant de trois milliards d’euros qui devront servir à ouvrir six nouveaux camps de réfugiés en Turquie, à y installer des écoles, à améliorer la vie des réfugiés et à leur permettre de travailler en Turquie. Bref à les inciter à rester sur le territoire turc.

Au-delà de cette aide, l'Union européenne est prête à certaines concessions vis-à-vis de la Turquie. Et notamment de la placer sur la liste des pays sûrs. Ce que regrette Philippe Hensmans, le directeur de Amnesty International Belgique: "Aujourd’hui en Turquie, il y a plus de prisonniers d'opinion que du temps de la junte militaire. "

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