Médicaments, matériel scolaire...: la communauté libanaise de Belgique se mobilise pour venir en aide à son pays d'origine

"C’est éparpillé un peu partout” nous dit Nadine. “Là ce sont des médicaments, par là il y a des vêtements pour enfants et ici du matériel scolaire". Dans ce garage bruxellois, il y a un peu de tout. Ces caisses et sacs remplis, ce sont des dons à destination du Liban. Nadine Abi Abdallah est Belge d’origine libanaise. Elle est arrivée en Belgique en 1989 avec sa famille, elle avait alors 9 ans. Aujourd’hui pharmacienne installée à Bruxelles, elle n’hésite pas à donner d’elle-même pour venir en aide à son pays de cœur.

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Nadine Abi Abdallah "une part de nous est restée au Liban, donc on ne peut pas s’empêcher de voir ce qu’on peut faire de là où on se trouve". © Philippine Wambersie

Toujours à Bruxelles, à l’hôpital Saint-Luc, Michel Mourad nous reçoit dans son bureau entre deux interventions. Lui aussi est d’origine libanaise et est venu faire ses études en Belgique dans les années 80. En 2003 il fonde avec d’autres médecins la SMEL, société médicale eurolibanaise. Cette asbl a pour but de récolter des fonds pour le Liban.

La communauté libanaise de Belgique s’est fortement mobilisée notamment depuis l’explosion au port de Beyrouth le 4 août dernier. Chacun tente d’aider à son échelle, mais ce qui est certain, c’est que depuis la crise économique qui a frappé le Liban à l’automne 2019, tous deux ont dû redoubler d’efforts pour récolter un maximum de don

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Michel Mourad, chirurgien et président de l’association médicale eurolibanaise © Philippine Wambersie

Il faut s’organiser

Et pour envoyer des dons, il faut s’organiser et savoir à qui le faire. La société médicale eurolibanaise travaille avec des associations sur le terrain au Liban. Ils viennent en aide à des hôpitaux, des orphelinats et des ONG. Cette année c’est avec la Croix-Rouge libanaise qu’ils ont collaboré.

La SMEL organise généralement beaucoup d’actions pour récolter des fonds. “Nous avons fait des collectes, organisées une marche, plusieurs activités culturelles comme des théâtres ou des concerts”. Un processus qui fonctionnait plutôt bien, jusqu’à ce que le Covid-19 arrive "ça fait maintenant début 2020, tout est un peu paralysé” assure le docteur Mourad. Ce n’est pas pour autant que l’ASBL ne fait plus rien. “On envoie aussi du matériel médical. Mardi prochain un container de fils de suture sera envoyé du port d’Anvers directement jusqu’à Beyrouth".

De son côté, Nadine travaille seule en Belgique. Elle mobilise ses proches et des connaissances autour d’elle pour trouver des donneurs. En tant que pharmacienne elle fait jouer son réseau pour trouver ce dont elle a besoin, "je vois qu’il y a des gens qui manquent de tel médicament au Liban et bien je fais en sorte ici de mobiliser les médecins, de voir s’ils ont des échantillons qui pourraient dépanner”. Et puis “de bouche-à-oreille je sais qui pourrait voyager bientôt pour aller aider des gens dans le besoin”.

Une histoire de cœur

Seule ou au travers une association, le constat est le même : la communauté libanaise de Belgique s’est réellement montrée généreuse. “La solidarité est énorme en Belgique, les Libanais qui vivent ici sont remarquables” constate Michel Mourad. “De manière générale, les Libanais se serrent les coudes et s’entraident beaucoup. C’est vraiment l’une de nos plus riches qualités", assure Nadine Abi Abdlallah.

"On a une dette, nous, les Libanais qui sommes venus vivre en Belgique et nous avons toujours voulu rendre la pareille à notre pays d’origine, et à nos familles qui sont restées là-bas”, explique le docteur Mourad quand on lui demande pourquoi il se mobilise autant pour le Liban. Nadine, elle, fera toujours du Liban sa priorité, “j’ai fait ma vie ici, j’ai rencontré mon mari, mais une part de nous est restée au Liban, donc on ne peut pas s’empêcher de voir ce qu’on peut faire de là où on se trouve”.

L’espoir de voir le Liban renaître

Aujourd’hui le Liban subit une crise économique, politique et sociale sans précédent depuis plus de deux ans. L’arrivée du Covid-19 n’a rien arrangé et l’explosion au port de Beyrouth le 4 août dernier n’a fait qu’empirer la situation. "Les gens meurent de faim, tout est beaucoup plus cher, les prix sont devenus déraisonnables”, la Livre libanaise a encore chuté la semaine dernière.

Au marché noir, la monnaie a frôlé les 15.000 livres pour un dollar, avant de repasser aux alentours de 11.000 livres. Le taux officiel est toujours de 1507 livres pour un dollar. L’érosion du pouvoir d’achat et la précarisation provoquent la colère de la population, avec des manifestations, les Libanais en ont marre. "Même en temps de guerre ce n’était pas une telle catastrophe" poursuit-elle.

Mais malgré tout pour Nadine ce n’est pas la fin du Liban. "Oui, ça va prendre du temps, certainement plus de temps que les autres fois, mais il va se remettre sur pied. Je garde espoir".

Notre pays est un Phénix, il va renaître

Nadine Abi Abdallah et Michel Mourad ne sont pas des cas uniques. Plusieurs associations travaillent depuis la Belgique pour venir en aide au pays du cèdre et c’est sans compter les dons La communauté libanaise de Belgique est très active et solidaire envers leur pays de cœur. Voir leur pays se détruire à petit feu les attriste. Des aides surtout bienvenues quand on sait que selon un rapport de l’ONU, une personne sur cinq au Liban vit dans une situation d’extrême pauvreté.

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