Mauritanie: la crise du parti au pouvoir menace le gouvernement

La crise politique que traverse la Mauritanie, où 48 parlementaires ont claqué lundi la porte du parti au pouvoir, menace sérieusement le gouvernement et fragilise le pouvoir du chef de l'Etat Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays.

Lundi, 25 députés et 23 sénateurs ont annoncé leur démission collective du Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD), la formation présidentielle.

S'ils ont déclaré leur intention de créer un nouveau parti, capable d'apporter "le changement escompté" dans le cadre d'une majorité au Parlement, ils n'ont pas indiqué clairement quel serait leur positionnement sur l'échiquier politique.

Dans les rues sablonneuses de Nouakchott, mardi matin, des passants lisaient, debout, les journaux évoquant la "crise": "Les députés frondeurs se retirent du PNDD, est-ce le début de la fin? ", interroge l'hebdomadaire Le Calame, tandis que Le quotidien de Nouakchott pose la question d'une "redistribution des cartes".

Au sein du parti au pouvoir, on préfère insister sur l'idée que les frondeurs "continuent d'affirmer leur engagement dans le cadre du programme du président de la République et, de ce fait, on peut clairement imaginer que leur stratégie cherche à déstabiliser le gouvernement et non le président".

Le chef de l'Etat avait lui-même affirmé il y a une semaine, dans un entretien accordé à la chaîne Al-Jazira, que les députés contestataires se reconnaissaient dans le programme pour lequel il avait été élu au printemps 2007 et que leur mécontentement semblait se focaliser sur le gouvernement.

Dans un entretien publié mardi par le quotidien Al-Fajr, le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf estime n'avoir pas à craindre pour sa majorité tant que les frondeurs ne s'allient pas à l'opposition.

"Il est inconcevable que l'on continue de se réclamer de la majorité et qu'on aille, au même moment, faire alliance avec l'opposition contre le gouvernement et le régime que l'on soutient", avait-il protesté dimanche.

Le Premier ministre faisait ainsi allusion à l'alliance conclue début juillet par les frondeurs avec l'opposition pour faire chuter son premier gouvernement, et à leur récente demande de création d'une commission d'enquête visant la fondation de l'épouse du président, accusée de détournements de fonds publics.

Le porte-parole du PNDD, Aboubekrine Ould Ahmed, a affirmé mardi à l'AFP qu'il espérait encore que "ce qui s'est passé lundi ne serait pas définitif". "Dans le cas contraire, nous conserverons ce qui nous reste comme parlementaires et tendrons les ponts avec les autres forces politiques désireuses de travailler avec nous pour conserver notre majorité au Parlement", a-t-il averti.

Certains commentateurs voient plutôt cette spectaculaire démission collective comme une action dirigée directement contre le chef de l'Etat.

La déclaration lue lundi par le porte-parole des frondeurs, Sidi Mohamed Ould Maham, député d'Atar (Nord), semblait en effet sévère: "Le processus démocratique a été dévié de son cours normal", accusait-il, évoquant un "détournement des deniers publics et la gabegie".

"Ou bien ce sont des amateurs en politiques, ou bien les démissionnaires du PNDD ont un autre agenda qui n'a pas encore dit son nom et qui pourrait se traduire par une déstabilisation du président", estime un éditorialiste du quotidien Biladi.

 

 

 

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