Matera: l'étonnante capitale européenne de la culture 2019

Matera sera la capitale européenne de la culture en 2019
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Matera sera la capitale européenne de la culture en 2019 - © Tous droits réservés

La ville de Matera dans la région Basilicate, dans le sud de l'Italie est pour un  la Capitale européenne de la culture. Un choix inattendu, pour cette petite ville troglodyte, définie dans les années cinquante, comme "la honte de l'Italie". 

Matera est l'une des plus vieilles ville du monde après Alep et Jéricho, cette petite ville du sud de l'Italie raconte 8000 ans d'histoire de l'homme. Ici pendant des siècles, les familles vivaient dans les grottes et des maisons creusées dans le tuf, cette roche calcaire caractéristique de la région du sud de l'Italie.

Des générations d'habitants nés dans les grottes

Clemente Rondinoni fait partie de la dernière génération a avoir vécu dans les maisons troglodyte de Matera, il est né dans les grottes en 1955. "Ici tout est resté exactement comme c'était dans l'antiquité, c'est la partie la plus vieille de la ville, dans la grotte  nous vivions sans eau,  et sans toilette. Il  y avait seulement, une ampoule électrique. La mortalité infantile était très élevée, car les femmes accouchaient dans les grottes, sans eau, et donc souvent la mère mourait mais aussi l'enfant" explique-t-il. 

En 1963, grâce à la Loi "De Gasperri", du nom du Président du conseil des ministres, qui avait qualifié Matera d'être la honte de l'Italie, Clemente et sa famille ont pu quitter le quartier, tout comme les 15.000 autres habitants des "Sassi", tous relogés dans des maisons sociales construites par le gouvernement de l'époque. "La première chose que ma mère a dit quand nous avons emménagé dans notre maison est : "Béni soit le seigneur, une maison avec le soleil !" parce qu'ici dans les grottes effectivement, on ne voyait jamais le soleil !" raconte Clemente Rondinoni. 

On ne voyait jamais le soleil !

De la honte à la gloire, Matera a été classée en 1993, au patrimoine mondial de l'Unesco, et elle sera en 2019, la capitale européenne de la culture. Un défi pour cette petite ville de 60.000 habitants, isolées, sans TGV ni autoroute. Le directeur culturel de cette année européenne, Paolo Verri, pense que les  périphéries de l'Europe ont désormais beaucoup à enseigner aux grandes capitales. "L'exemple  que Matera veut donner est que les petites villes ont aussi beaucoup de choses à offrir  et qu'elles ne subissent pas seulement la culture des grands centres urbains. Ici, en 2019 nous allons proposer cinq nouveaux parcours dans la ville, et au cours de ces promenades, le visiteur pourra admirer les beautés de Matera, ses églises rupestres notamment, mais aussi du design, des spectacles et surtout rencontrer les habitants" explique Paolo Verri. 

Une production hollywoodienne qui a sorti la ville de l'oubli

En 2004, le tournage du film, "La passion du Christ" de Mel Gibson fait connaître Matera au monde entier. Depuis le tourisme n'a cessé de croître. Désormais 40 % de l'économie de la ville dépend du tourisme, et de nombreuses habitations du centre historique sont rénovées pour être transformées en maisons d’hôte. Le Maire de la ville, Raffaello De Ruggieri, craint que Matera ne perde son âme et ses racines. Il craint que sa ville ne devienne la Venise du Sud. Pour le maire de Materan, "On court aujourd'hui le risque que cette partie historique de la ville ne devienne la zone des marchands du temple, qu'elle ne devienne un lieu de spéculation immobilière, et surtout de un lieu de consommation effrénée. Matera est une ville à voir mais surtout à comprendre, car Matera conserve l'histoire" explique-t-il au sujet de sa ville. 

Le défi de Matera, capitale européenne de la culture, sera donc d'attirer des visiteurs curieux de toucher du doigt les racines de l'humanité et non pas les visiteurs d'un jour venu pour prendre en photo… cette ville unique, à voir une fois dans sa vie, qui ressemble à une éternelle crèche de Noël.

Reportage de Valérie Dupont, notre correspondante en Italie, dans la ville multi-millénaire:

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