Massacres en Birmanie: Aung San Suu Kyi nie toute "intention génocidaire"

Aung San Suu Kyi, à la tête de la délégation birmane, assure elle-même la défense de son pays, mis en cause pour les massacres et persécutions contre les Rohingyas.
Aung San Suu Kyi, à la tête de la délégation birmane, assure elle-même la défense de son pays, mis en cause pour les massacres et persécutions contre les Rohingyas. - © KOEN VAN WEEL - AFP

Elle est venue à La Haye pour défendre son pays, accusé des pires atrocités. Aung San Suu Kyi, 74 ans, la cheffe du gouvernement birman, affronte aujourd’hui les juges de la Cour internationale de justice. Quelle sera la teneur de ses arguments ? Un copié-collé de ce discours prononcé en 2017, lors duquel, sciemment, elle omit de citer les militaires de l’armée birmane, ces mêmes soldats responsables, aux yeux de l’ONU, d’un nettoyage ethnique ? Va-t-elle faire valoir que la Cour n’a pas la compétence en la matière ? Que son armée ne ciblait que les rebelles, parmi les Rohingyas, minorité musulmane établie dans l’est du pays ? En un mot : se bornera-t-elle à défendre l’indéfendable ? La communauté internationale est tout ouïe.

Un crime "difficile à prouver"

C’est la Gambie, mandatée par 57 Etats membres de l’Organisation de la coopération islamique, qui attaque formellement la Birmanie en l’accusant de génocide. Le génocide est un crime international très spécifique. Et donc difficile à prouver. Aux avocats gambiens de démontrer qu’un Etat, la Birmanie en l’occurrence, a intentionnellement planifié et commis un génocide. Les audiences de cette semaine permettront de se pencher sur ces accusations, dans leur ensemble. Mais une décision sur le fond prendra des années. La demande gambienne vise donc, motivant l’urgence, à faire "cesser le génocide" contre la minorité des Rohingyas.

Une force disproportionnée ? Peut-être. Pas d’intention génocidaire.

Mais avant d’établir qui que ce soit, place à la défense. On l’a dit, la cheffe du gouvernement birman est à la tête d’une délégation chargée de laver le pays des pires accusations. Et, sans surprise, devant la Cour, Aung San Suu Kyi nie. Ou plutôt elle minimise. Les meurtres de masse et les viols en série imputés à son armée ? "Une force peut-être disproportionnée", se contente-t-elle d’évoquer. "Mais cela ne prouve pas que nos militaires ont eu l’intention d’exterminer le peuple Rohingya." Balayée, donc, mais fallait-il en douter, l’intention génocidaire lors des exactions établies par des enquêteurs de l’ONU. Aung San Suu Kyi se fait alors "brouilleuse de pistes". En affirmant que l’intention génocidaire ne pouvait pas être retenue comme la seule hypothèse. Poursuivant en mode d’attaque, en estimant que "la Gambie a présenté un tableau trompeur et incomplet de la situation dans l’Etat de Rakhine." Là où vivent les Rohingyas.

Lors de la première audience, hier, l’un des avocats gambiens, avait pourtant martelé que les autorités politiques et militaires birmanes étaient toutes impliquées dans les massacres. En prenant pour preuve l’apparition récente d’immenses panneaux publicitaires, à travers la Birmanie, montrant la dirigeante souriante, flanquée de trois généraux de l’armée.

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