Massacre d'Houla: le régime syrien cible des condamnations internationales

Le Koweït a annoncé dimanche avoir l'intention, en sa qualité de président actuel de la Ligue arabe, de convoquer une réunion d'urgence de l'organisation, afin d'examiner la situation et de prendre les mesures destinées à "mettre fin à l'oppression du peuple syrien".

Le ministère koweïtien des Affaires étrangères indique avoir demandé à la communauté internationale, dans des contacts aux niveaux régional et international, d'assumer ses responsabilités face à la situation en Syrie. Les Emirats arabes unis avaient annoncé samedi avoir demandé une réunion d'urgence à la Ligue arabe.

Paris, Londres et Berlin ont également dénoncé cette tuerie, sans toutefois relever l'appel lancé par l'Armée syrienne libre (ASL), composée en majorité de déserteurs, à mener des "raids aériens" contre le régime de Bachar al-Assad.

Damas nie toute responsabilité et annonce l'ouverture d'une commission d'enquête

"Des femmes, des enfants et des vieillards ont été abattus. Ce ne sont pas là les signes de l'héroïque armée syrienne", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdesi.

Il a ajouté que le massacre avait été commis par des "terroristes" à la suite d'affrontements entre des insurgés et des soldats de l'armée régulière. "Ils étaient équipés de mortiers et de missiles anti-char, ce qui traduit un saut quantitatif", a-t-il dit en évoquant l'arsenal dont disposent les insurgés.

Les autorités syriennes ont également annoncé qu'elles allaient mettre sur pied une commission d'enquête pour faire la lumière sur ce massacre.

"Nous avons formé une commission conjointe de l'armée et de la justice qui va enquêter sur l'ensemble des faits et qui publiera ses résultats dans trois jours", a annoncé à la presse le porte-parole du ministère, Jihad Makdessi, à propos du massacre commis à Houla dans la nuit de vendredi à samedi.

Le "gouvernement (du régime al-Assad) par le meurtre et la peur doit se terminer"

Visiblement pas convaincue par la version des autorités syriennes, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a condamné samedi l'"atrocité" du massacre et déclaré que Washington travaillerait avec ses alliés pour accroître la pression sur le président Bashar al-Assad et ses "affidés", affirmant que leur "gouvernement par le meurtre et la peur devait se terminer".

L'opposition a accusé le pouvoir d'avoir commis ce massacre qui aurait fait, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 114 morts, dont 32 enfants.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et l'émissaire Kofi Annan ont condamné "dans les termes les plus forts la mort, confirmée par les observateurs de l'ONU, de dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants" à Houla, dans le centre de la Syrie, a indiqué Martin Nesirky, porte-parole de M. Ban.

"Ce crime révoltant et terrible, dans lequel la force a été utilisée de manière aveugle et disproportionnée, est une violation flagrante du droit international et des engagements pris par le gouvernement syrien de cesser son recours aux armes lourdes dans les villes et la violence quelle qu'elle soit", ont encore estimé MM. Ban et Annan, ajoutant que "les auteurs de ces crimes doivent être jugés".

Mme Clinton a également affirmé que "ceux qui ont perpétré cette atrocité doivent être identifiés et doivent en rendre compte".

Les observateurs de l'ONU attestent de "l'usage d'artillerie tirée depuis des chars"

A Damas, le général Robert Mood, chef des observateurs, a également condamné "la tragédie brutale" et affirmé que les observateurs avaient compté plus de 92 morts, dont 32 enfants de moins de 10 ans, ajoutant que des équipes poursuivaient le décompte sur place.

L'agence officielle Sana a accusé des "groupes terroristes armés" d'avoir "incendié et fait exploser vendredi soir des maisons (...) afin de faire croire que les forces armées syriennes bombardaient la région".

Selon l'OSDH, les bombardements ont débuté vendredi midi à la périphérie de Houla et se sont poursuivis jusqu'à samedi à l'aube. Le général Mood n'a pas désigné de responsables mais a souligné que "les observateurs ont confirmé (...) l'usage d'artillerie tirée depuis des chars".

L'ASL est essentiellement composée de militaires qui désertent avec leurs armes légères, tandis que les chars de l'armée sont toujours déployés dans les villes en violation du plan Annan censé mettre fin aux violences.

Mettant en garde contre une "guerre civile", le général Mood a appelé le gouvernement "à ne plus utiliser d'arme lourde" et à "cesser de recourir à la violence", exhortant également "l'opposition à s'abstenir d'utiliser la violence" afin de parvenir à une "solution politique".

Appel à "une alliance militaire, (...) pour mener des raids aériens ciblés contre les gangs d'Assad"

Auparavant, le général Moustapha al-Cheikh, chef du Conseil militaire de l'ASL, avait appelé "de façon urgente les pays amis de la Syrie à former une alliance militaire, hors du Conseil de sécurité de l'ONU, pour mener des raids aériens ciblés contre les gangs d'Assad".

A l'approche de la visite de M. Annan en Syrie prévue en début de semaine, les condamnations du massacre de Houla se sont multipliées.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s'est dite "consternée" par le massacre, qualifié d'"acte odieux commis par le régime" de Damas. Berlin s'est dit "horrifié et bouleversé", tandis que Paris a condamné les "atrocités" infligées aux Syriens.

"Je prends immédiatement des contacts pour réunir à Paris le Groupe des pays amis du peuple syrien", a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Son homologue britannique, William Hague, a souhaité "une réponse internationale forte" et annoncé son intention de demander une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU "dans les prochains jours".

Le Conseil de coopération du Golfe dénonce un "massacre" des "forces régulières syriennes"

De son côté, le Conseil de coopération du Golfe a "dénoncé le massacre commis à Houla par les forces régulières syriennes", appelant la "communauté internationale à assumer ses responsabilités pour mette fin à l'effusion de sang en Syrie".

Les Emirats arabes unis ont pour leur part demandé une réunion urgente de la Ligue arabe alors qu'à Koweït, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade de Syrie pour réclamer d'armer l'ASL.

Ailleurs en Syrie, les violences ont fait samedi 20 morts, dont cinq soldats, selon l'OSDH, qui a fait état de nombreuses manifestations dénonçant le massacre de Houla.

Selon l'OSDH, plus de 12 600 personnes ont péri depuis le début de la révolte anti-régime, en majorité des civils tués par les forces gouvernementales.

Ju. Vl. avec agences

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