Martin Luther King: il y a 50 ans, la fin brutale d'une vie d'exception

Le 4 avril, il y a tout juste cinquante ans, Martin Luther King était abattu par un ségrégationniste blanc sur le balcon d'un motel, à Memphis dans le Tennessee.

À 39 ans, ce pasteur a payé de sa vie sa lutte pour les droits civiques des noirs américains et contre toutes les injustices raciales.

Retour sur le parcours de ce leader charismatique.

Pas de bus à Montgomery

La nouvelle de la mort de Martin Luther King s'était répandue comme une traînée de poudre, le soir du 4 avril 1968.

Martin Luther King, abattu d’une balle en plein visage. Une balle qui a interrompu le long combat entamé 13 ans plus tôt, à Montgomery, en Alabama.

C’est là qu'il habitait, qu'il animait ses paroissiens. C'est là aussi où Rosa Parks, une couturière noire, s’est assise un soir à l’avant d’un bus, sur l’un des sièges réservés aux blancs. Les passagers noirs devaient alors se cantonner aux places du fond. Elle a payé son geste : arrestation et perte d’emploi.

Un jeune pasteur brillant, admirateur de Gandhi, a alors lancé une action de soutien : Martin Luther King a invité au boycott des transports publics de la petite ville. Un appel largement suivi : plusieurs dizaines de milliers d'usagers noirs ont, comme lui, et parfois plusieurs fois par jour, préféré marcher à subir cette ségrégation. Un jour, une semaine, un an…

 

Martin Luther King reçu, avec d'autres activistes des droits civiques, par le président Kennedy

Première victoire par la non-violence

Après 381 jours, le boycott avait porté ses fruits : la ségrégation avait été déclarée illégale dans les transports. Et la compagnie de bus avait fait faillite.

Cette victoire couronnait le premier combat mené par Martin Luther King, un combat résolument non-violent.

Dans une interview accordée à la Radio Suisse Romande en 1964, il expliquait : "Je vois certainement la non-violence comme l'arme la plus puissante et la plus efficace pour les personnes oppressées en général et pour les noirs en particulier, qui cherchent la justice raciale aux États-Unis. Je ne vois pas de réponse dans la violence, qui créerait des problèmes sociaux nouveaux et plus complexes.  Mais le pouvoir de la non-violence est de désarmer les opposants. Elle révèle leurs croyances morales et en même temps agit sur leurs consciences. Je pense que c'est la meilleure méthode pour les noirs dans leur lutte et je suis absolument convaincu qu'elle peut mener à une suppression totale de futures injustices raciales".

"Tomber, se relever, reprendre la marche"

Un mouvement était lancé... Martin Luther King a appelé à occuper d'autres lieux publics interdits aux noirs, prenant la parole devant des assemblées de plus en plus nombreuses, en orateur né. 

Et il appelé à marcher pacifiquement dans les villes du sud au racisme patent, marchant en tête aux côtés d’autres leaders noirs, pacifistes face aux matraques et chiens de policiers, aux arrestations comme à Selma ou Birmingham... Ou debout sous les projectiles et invectives, comme à Chicago, lors d'une marche pour exiger que les noirs puissent habiter tous les quartiers de la ville.

Une scène dont se souvenait le journaliste de la RTB qui a dressé le portrait du pasteur sur nos antennes, le lendemain de l’assassinat : "J'ai vu à plusieurs reprises Martin Luther King blessé par des pierres, par des pavés, par des bouteilles, le sang ruisselant sur son visage, tomber, se relever, reprendre la marche... Et protégé tant bien que mal par la police de Chicago, poursuivre avec obstination. Et puis, au bout de 3 semaines, le président Johnson avait soumis au congres de Washington une nouvelle loi sur l'égalité dans le logement, pour la possibilité pour le noir de devenir un jour locataire ou propriétaire d'un appartement ou d'une maison aussi confortable et bien située que celle que possèdent les blancs, un peu partout à travers les États-Unis".

C'est l'une des victoires auxquelles Martin Luther King aura œuvré, qu'il aura forcées mais sans violence.

Il a contribué à ce que les citoyens noirs aient accès au vote et à ce que le président Lyndon Johnson signe le "Civil Rights Act", le 3 juillet 1964. Ce texte, qui déclare illégales les discriminations en raison de la race, la religion, l'origine ou le sexe, a profondément réformé la société américaine.

"I have a dream"

Les scènes de marches réprimées bien que pacifistes ont fait le tour du monde et peu à peu accru la popularité de Martin Luther King et l’adhésion à son plaidoyer pour les droits des citoyens noirs.

Et c’est face à plus de 200.000 personnes et des millions de téléspectateurs que Martin Luther King prendra la parole à Washington, le 28 août 1963, pour son discours le plus célèbre, "I have a dream", dans lequel il dépeint une société d'égalité, sans injustice raciale entre enfants blancs et noirs. 

Martin Luther King, fidèle à son objectif de non-violence, reçoit le prix Nobel de la paix l'année suivante, en 1964.

Mais, autour de lui, d'autres militants appellent à une action plus forte, plus ferme, et dénoncent la persistance des discriminations.

Les jours qui ont suivi l'assassinat de Martin Luther King vont montrer que, malgré les victoires engrangées, l'appel à la non-violence est fragile. Le décès brutal du leader, la chute dont il ne se relèvera plus, entraînera plusieurs jours d'émeutes raciales dans 125 villes américaines.

Cortège lors des funérailles de Martin Luther King, à Atlanta:

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