Maroc: pour ses 20 ans de règne, Mohammed VI au centre d'un impressionnant rituel d'allégeance

Cérémonie pour les 20 ans du règne de Mohammed VI à Tétouan
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Cérémonie pour les 20 ans du règne de Mohammed VI à Tétouan - © AFP

Après les traditionnels discours, banquets et serments militaires, les célébrations pour les 20 ans de règne du roi Mohammed VI ont culminé mercredi avec le grand rituel d'allégeance destiné depuis les années 30 à glorifier la monarchie marocaine.

Comme le veut le protocole, des centaines de dignitaires, élus et hauts responsables du ministère de l'Intérieur, habillés en djellabas blanches à capuche pointues, alignés en rangs serrés dans la cour d'honneur du palais de Tetouan (nord) se sont prosternés par vague devant leur souverain en criant "que Dieu accorde longue vie à notre Seigneur".

C'est monté sur un étalon noir rétif que le roi, drapé dans une grande cape jaune soleil et protégé du soleil par un parasol mauve, a fait son entrée dans la cour du palais, entouré par ses gardes du corps. Son fils ainé, le prince héritier Moulay Hassan, 16 ans, en tenue militaire, accompagnait l'escorte royale pendant la manifestation qui a duré environ dix minutes.

Seule la presse marocaine officielle était autorisée à couvrir les cérémonies de la Fête du Trône.

Après la diffusion du rituel d'allégeance (Bey'a), la télévision nationale a montré des images des grands projets menés depuis vingt ans - routes, ports, aéroports, centrale solaire, centres historiques rénovés....-, mais aussi de la récente visite du Pape François en mars dernier.

Mardi, le monarque âgé de 55 ans, a donné une grande réception dans le parc de son palais à Tanger pour des centaines d'invités. Dans la soirée, ses soeurs ont présidé un dîner "en l'honneur des femmes".

Lundi soir, Mohammed VI a annoncé dans son discours à la Nation une "étape nouvelle" pour réduire les "disparités criantes", après avoir salué les progrès accomplis.

Dans un décor très solennel, le roi a lu un long texte décrit par plusieurs médias locaux comme une "évaluation lucide" de la situation de son pays. Des messages critiques, cependant, ont circulé sur les réseaux sociaux, un des rares espaces de liberté d'expression pour les Marocains.

Signe de ses pouvoirs très étendus qui font de lui un roi qui règne et qui gouverne, Mohammed VI a notamment annoncé un remaniement gouvernemental "à l'horizon de la rentrée prochaine" pour apporter du "sang neuf".

Le Maroc est un des pays les plus inégalitaires du nord de l'Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire de la planète, selon l'ONG Oxfam.

Le taux de chômage reste proche de 10% et atteint 39% chez les moins de 24 ans, l'accès à des soins de qualité reste problématique, le niveau d'instruction reste très bas et un Marocain sur trois est analphabète, selon les chiffres officiels.

Comme le veut la tradition, le discours royal a été suivi par une série de grâces, dont huit concernent des détenus liés au mouvement de protestation du Hirak qui avait agité la région du Rif (nord) en 2016-2017, selon une association des familles de détenus.

La liste de 4764 grâces n'inclut aucun des meneurs du Hirak: Nasser Zefzafi, ancien chômeur devenu le visage de la protestation grâce à ses talents oratoires, puis condamné à 20 ans de prison pour "'atteinte à la sûreté de l'Etat" est donc toujours en prison, selon la même source.

Alors que des associations des droits humains pointent une "régression" depuis l'épisode du Hirak, Mohammed VI qui a succédé en 1999 à son père Hassan II, s'est félicité dans son discours de la "consolidation des droits et des libertés".

La Fête du trône remonte aux années 1930, époque du protectorat français où les nationalistes marocains considéraient la monarchie comme un symbole de souveraineté.

La célébration exige que chacun "réitère son attachement indéfectible au Maroc et au glorieux trône Alaouite", selon la formule consacrée. Les grandes entreprises publiques ou privées du pays diffusent dans la presse des pages entières de félicitations et d'allégeance.

Par le passé, des détracteurs ont appelé à l'abolition du rituel de l'allégeance décrit comme une pratique humiliante d'un autre âge.

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