Mario Telo (ULB): "L'Italie a été laissée seule face à une immigration sauvage"

"Le seul candidat de cinq étoiles qui est parvenu à être réélu c’est celui qui avait critiqué Grillo (photo) et qui avait été exclu du parti"
"Le seul candidat de cinq étoiles qui est parvenu à être réélu c’est celui qui avait critiqué Grillo (photo) et qui avait été exclu du parti" - © MARCO BERTORELLO - AFP

Le centre droit a réalisé de bons scores lors du second tour des élections municipales en Italie et pourrait l'emporter dans la ville de Gênes, bastion traditionnel de la gauche, mais aussi à Vérone selon des sondages à la sortie des urnes diffusés après le scrutin.

Ce lundi matin, Mario Telo professeur émérite de l'Institut d'études européennes (ULB) était au micro de matin Prem1ère pour commenter ces résultats.

Ces élections municipales représentent le dernier test électoral avant l'échéance des législatives qui étaient fixées en mai 2018 dans la péninsule. Comment analyser cette bonne tenue du centre droit de Silvio Berlusconi ?

Mario Telo : "Alors que le premier tour avait vu la défaite du mouvement cinq étoiles, les deux formations centre droit et centre gauche qui sont arrivées au premier tour se sont disputé les villes, plusieurs villes importantes dont vous avez cité Gênes, en particulier Vérone, Padoue. Et on a vu la victoire du centre droit, sans aucun doute, à quelques exceptions près."

"Ce qui est arrivé est assez logique. C'était logique il y a deux semaines au premier tour la défaite des cinq étoiles parce que les électeurs se sont rendu compte qu'ils associent l'incompétence avec la corruption. Par contre cette fois c'était logique aussi parce que la campagne s'est fait surtout sur le sujet de l'immigration et l'insécurité. Et comme l'ont dit monsieur Macron et madame Merkel au dernier Conseil européen la semaine dernière à Bruxelles, on n'a pas écouté les avertissements des gouvernants du parti démocrate italien Renzi au conseil européen pendant trois ans. L'Italie a été laissée seule face à une immigration sauvage de 200 000 Africains par an. Et tout cela, inévitablement provoque un sentiment d'insécurité et est une et des réactions qui favorisent traditionnellement l'extrême droite."

"Je rappelle le dernier débat dans lequel l'alliance entre Berlusconi et l'extrême droite de Salvini s'est battue contre le droit des 800 000 enfants fils d'émigrés en Italie de devenir citoyens italien. Donc c'est pratiquement une campagne qui se situe dans un contexte comparable à la droite du président Trump. Le président Trump n'a pas mis en question les règles aux Etats-Unis, c'est le droit pour ceux qui sont nés sur le territoire américain de devenir américains. En Italie cela a été mis en question pour donner un signal contre l'émergence de l'immigration."

"Cette émergence est une réalité. Il n’y a pas beaucoup de pays qui pourraient gérer 200 000 immigrants par an. Donc il y a un problème, ce qui demande une politique raisonnable de l’Europe en matière d’immigration. Cette politique n’est pas là, et donc on assiste à ces tragédies dans la mer Méditerranée avec 2000 ou 3000 morts par an et tous ceux qui sont sauvés par la marine internationale sont débarqués en Italie".

Dimanche soir nous avons appris que le gouvernement italien s’était engagé à verser jusqu’à 17 milliards pour sauver les activités saines et éponger les créances douteuses de deux petites banques vénitiennes dont les problèmes représentaient une menace pour le système bancaire italien. Ça montre encore la fragilité de l’économie italienne, ça a peut-être pesé dans ce contexte. Comment les Italiens peuvent encore peser en Europe avec une économie si fragile ?

Mario Telo : "Il y a une relance économique. Les résultats du gouvernement Gentiloni ne sont pas mal, dans le sens que la relance est au-delà des prévisions, elle dépasse les 1%. Mais elle est limitée, il y a quand même encore du chômage chez les jeunes, il y a encore une fragilité du système bancaire, vous avez raison. Mais cela n’a pas eu un impact énorme. À mon avis, la question centrale, c’est l’insécurité".

Est-ce qu’on peut dire au revoir au mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, ou bien est-ce qu’il peut encore revenir en force l’année prochaine ?

Mario Telo : "Il ne faut pas sous-estimer cinq étoiles. Cet épisode, ce sont des élections locales, donc il y a eu des phénomènes locaux. Le seul candidat de cinq étoiles qui est parvenu à être réélu c’est celui qui avait critiqué Grillo et qui avait été exclu du parti, c’est le maire de Parme. Donc le parti cinq étoiles a eu des difficultés sur les élections locales. Je rappelle que la maire de Rome qui avait gagné les élections l’année dernière est soumise à un procès pour corruption, donc il y a une image négative de cinq étoiles. Mais il ne faut pas les sous-estimer et ils ont gagné de l’importance au deuxième tour en soutenant la lutte contre le droit du sol. Ce n’est pas un mouvement de gauche. C’est un mouvement qui n’est ni de droite ni de gauche et donc on assiste à des convergences avec l’extrême droite de Salvini autour de deux grands enjeux : l’immigration et la lutte contre l’euro".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK