Marée noire au Brésil: d'où vient-elle ? Que fait le gouvernement ?

Depuis le 30 août dernier, une marée noire mystérieuse a pollué 2250 kilomètres de plages au nord-est du Brésil. Selon les spécialistes, il s’agit du plus important désastre écologique sur les côtes brésiliennes et les nappes de pétrole continuent à arriver plus au sud cette fois. Le gouvernement fédéral a été très lent à réagir. Aucun responsable n’est encore vraiment identifié. Le point avec Anne Vigna, correspondante de la RTBF au Brésil.

Le 1er novembre dernier, on annonçait une perquisition au siège d’une compagnie maritime et depuis, plus rien. Où en est-on ?

La police fédérale a bien assuré, après cette perquisition, qu’elle avait trouvé le coupable. Ce serait un tanker battant pavillon grec qui aurait chargé du pétrole au Venezuela à la mi-juillet. Selon la police, la marée noire se serait produite en réalité le 29 juillet. Sauf que cette compagnie maritime a toujours nié et la semaine dernière, des scientifiques de l’Université fédérale d’Alagoas, dans le nord-est du Brésil, ont analysé des images satellites et ils ont démontré que la marée noire avait en réalité commencé avant le passage de ce navire.

Suite à cette information, ni la police fédérale ni la marine brésilienne ne se sont plus prononcées. Ce silence fait donc un peu douter du sérieux de cette enquête. La seule information que l’on sait de façon un peu plus certaine, c’est que ce pétrole vient vraiment du Venezuela, parce que c’est un pétrole beaucoup plus lourd et son transport a donc sans doute été réalisé par ce qu’on dénomme comme des navires fantômes, c’est-à-dire des navires qui cachent en réalité leur cargaison parce qu’il existe des sanctions, notamment américaines, pour les entreprises qui font du commerce avec le Venezuela.

Le gouvernement brésilien met-il vraiment les moyens ?

On ne peut pas vraiment dire qu’il met les moyens, ni pour cette enquête ni contre l’arrivée du pétrole sur les plages, parce qu’il existait un plan national contre les marées noires que le gouvernement fédéral n’a pas mis en place. Il a laissé les habitants et les autorités locales se débrouiller avec cette catastrophe.

De nombreuses vidéos de ces volontaires ont été postées sur les réseaux sociaux et elles montrent à la fois la gravité de cette pollution et le peu d’aide qu’ils reçoivent du gouvernement fédéral.

"On a reçu la nouvelle ce matin que le pétrole est arrivé sur notre plage, notre littoral. On a mobilisé en moins d’une demi-heure un groupe de 60 personnes, qui est ici avec les autorités locales. Mais ce qui m’indigne vraiment, c’est qu’il n’y a personne du gouvernement fédéral. Alors que le nord-est du pays se noie dans le pétrole, notre président est toujours sur Twitter, sur les réseaux sociaux, et ne fait rien alors que le Nord a besoin de l’aide du gouvernement fédéral", explique Luis, un pêcheur de l’État du Pernambouc.

Le gouvernement fédéral a-t-il réagi depuis ?

Non, toujours pas, et comme le disait le pêcheur Luis, c’est sur les réseaux sociaux que le président Bolsonaro s’exprime très souvent, qu’il donne des nouvelles. La seule fois où il a parlé de cette marée noire, c’était le 1er novembre dernier dans son live hebdomadaire sur les réseaux sociaux, où il invite parfois des membres de son gouvernement.

En résumé, le gouvernement fédéral ne prend pas du tout la mesure de la gravité de cette pollution. Il nie complètement le problème. Ricardo Salles, le ministre de l’Environnement, a passé plus de temps à critiquer l’ONG Greenpeace, qui a déversé du pétrole devant le palais présidentiel à Brasilia, qu’à agir contre cette marée noire.

Et on voit qu’après les épisodes des incendies en Amazonie cet été, le gouvernement du président Bolsonaro montre le même dédain pour les côtes du pays. On peut s’attendre vraiment à ce que l’environnement brésilien souffre beaucoup sous la présidence Bolsonaro.

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