Marche blanche en France pour Dinah, qui s’est suicidée à 14 ans : sa famille dénonce le harcèlement scolaire

Une marche blanche à la mémoire de Dinah, adolescente de 14 ans qui s’est suicidée, victime de harcèlement scolaire selon sa famille, a réuni plus d’un millier de participants dimanche 24 octobre à Mulhouse, en France.

"Tout le monde la traitait de sale lesbienne, de sale arabe aussi."

Dinah était une adolescente de 14 ans. Elle venait tout juste d’entrer au lycée. Dans la nuit du 4 au 5 octobre dernier, la jeune fille a mis fin à ses jours à son domicile de Kingersheim (Haut-Rhin). Depuis l’incident tragique, sa famille dénonce sur les réseaux sociaux le harcèlement scolaire dont elle aurait été victime. Elle avait fait une première tentative de suicide en mars 2021.

"On m’a enlevé une partie de moi", témoigne son frère, Rayan. D’après ses proches, l’adolescente s’est suicidée après avoir été poussée à bout par un groupe de harceleurs pendant près de deux ans.

Tout le monde la traitait de 'sale arabe', 'sale lesbienne', 'sale métisse'. Ils avaient aussi créé un groupe sur Whatsapp avec elle et ils l’insultaient. Un jour, ma mère a pris son téléphone pour lui faire supprimer mais ils ont continué à lui envoyer des insultes par d’autres réseaux

Ce harcèlement avait commencé en 2019. La mère de Dinah avait pris cela très au sérieux, et des confrontations entre l’adolescente et les harceleurs avaient eu lieu. Malheureusement, pendant deux ans, ce calvaire a continué pour la jeune femme.

Malgré le harcèlement qu’elle subissait, Dinah s’en sortait très bien à l’école. A l’été 2021, elle décroche son brevet avec la mention très bien. Son entrée au lycée est un nouveau départ, elle change d’établissement et quitte ainsi le groupe qui la martyrise. Toutefois, le réfectoire de la cantine dans lequel elle déjeune est commun à plusieurs lycées : elle recroise le chemin de ses bourreaux.

"Justice pour Dinah" : une enquête en cours

À LIRE AUSSI

Une marche blanche en hommage à Dinah a eu lieu ce dimanche à Mulhouse. Des milliers de personnes se sont réunies. Les mots "Dinah reposent en paix" et "A la mémoire de Dinah. Stop harcèlement", barraient d’autres banderoles. Parmi les participants à la marche, venus pour beaucoup en famille et une rose blanche à la main, certains ont scandé "Justice pour Dinah" ou "les mots blessent, les mots tuent".

La mère de Dinah a reproché au corps enseignant des "négligences" et d’avoir "fermé les yeux" sur le drame vécu par sa fille. Elle avait reçu des messages comme "Ne t’inquiète pas tu vas bientôt mourir" ou "On va t’envoyer des liens sur internet pour que tu puisses crever".

Après une période de deuil, la famille compte "attaquer" sur le plan judiciaire. "On va porter plainte contre X pour que la justice cherche à identifier les personnes responsables du harcèlement de ma sœur", dénonce son frère.

Interrogée par l’AFP, la procureure de la République de Mulhouse, Edwige Roux-Morizot, a indiqué qu’une enquête pour recherche des causes de la mort a été ouverte.

Cette enquête doit permettre "de comprendre les raisons du geste de cette adolescente qui avait fait l’objet selon ses proches de harcèlement au sein de son établissement scolaire quelque temps auparavant", a-t-elle précisé. "Dans l’immédiat", le harcèlement est "une hypothèse", a insisté la magistrate.

À LIRE AUSSI

En France, 700.000 élèves harcelés chaque année

En France, l’affaire d’Evaëlle avait déjà marqué les esprits. La jeune fille de 11 ans s’est suicidée le 21 juin 2019 à la veille des vacances scolaires. Elle aurait été harcelée au collège par ses camarades de classe ainsi que par sa professeure de français.

L’adolescente avait particulièrement mal vécu deux séances de vie de classe spécialement dédiées à son cas, sur le thème : "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée ?". "Ça a viré au tribunal populaire", avait confié son père à l’AFP.

La professeure s’était défendue dans l’émission Sept à Huit sur TF1, "ce jour-là, les élèves sont arrivés à mon cours extrêmement agités. Ils sortaient d’un cours d’EPS où une dispute avait eu lieu entre plusieurs élèves dont Evaëlle. J’ai voulu comprendre et je leur ai laissé la parole".

La justice, elle, l’a mise en examen pour "harcèlement sur mineur de 15 ans", ainsi que pour "harcèlement" sur trois autres collégiens, après des plaintes qui ont toutes été déposées après le suicide d’Evaëlle. Le procès devrait se tenir d’ici deux ans. La professeure risque trois ans de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende.

Plus d’un élève sur dix scolarisé en France, dans les classes de CE2, CM1 et CM2 est victime de harcèlement scolaire. Parmi les concernés, 3% souffrent d’un "harcèlement sévère." La tendance ne s’inverse pas au collège car 10% des collégiens sont touchés, parmi lesquels 7% d’une forme grave.

Au lycée, les chiffres sont un peu moins inquiétants, mais le harcèlement ne disparaît pas pour autant. Près de 4% des lycéens restent impactés.

Au total, 700.000 élèves sont harcelés chaque année. Alors que certains se trouvent peu à peu en échec scolaire, d’autres souffrent de traumatismes plus profonds pouvant les conduire jusqu’au suicide.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK