Maradona, histoire d’un joueur engagé politiquement qui "ne voulait pas rentrer dans le moule" selon Jean-Michel De Waele

Ce jeudi, le monde du football se réveille avec un affreux mal de crâne. Non ce n’était pas un cauchemar, Diego Armando Maradona est bien décédé hier à l’âge de 60 ans.

Mais c’est plus que le football qui est en émoi, c’est toute une population. Depuis l’annonce tragique du départ du "Pibe de oro" ("gamin en or"), des centaines de milliers d’hommes et de femmes descendent dans les rues pour lui rendre hommage. Mais pourquoi donc un joueur de foot génère-t-il tant d’émotions ?

Il avait un rôle particulier

Né le 30 octobre 1960 à Lanus en Argentine, Maradona devient joueur professionnel à 15 ans. Très rapidement, ses exploits sur le terrain vont conquérir le cœur du peuple, comme l’explique Jean-Michel De Waele, sociologue du sport.

"Il était considéré comme l’un des meilleurs joueurs au monde. En Europe, on trouve souvent que le football est trop important, mais dans des pays comme l’Argentine, l’Uruguay, une partie du Brésil, le football règle la vie. Donc quand vous avez le meilleur joueur du monde chez vous, cela lui donne un rôle particulier."

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Diego Maradona a affronté la Belgique avec sa sélection argentine lors de la Coupe du Monde 1986. © Tous droits réservés

Maradona a rendu sa fierté à l’Argentine

De par sa classe sur le terrain, Maradona aura été un exutoire pour les habitants qui vivaient une période très dur. "L’Argentine est un pays qui a connu un grand nombre de crises, de coups d’État militaires sanglants avec une dictature d’extrême droite, une crise économique sans fin. Le pays s’est retrouvé en faillite à plusieurs reprises. Il y avait donc une espèce d’humiliation très importante par rapport à l’image de l’Argentine à l’international. Ce pays semblait perdre tout le temps. Mais Diego Maradona pouvait, lui, donner de la fierté aux Argentins."

Mais c’est à une date précise que Maradona est officiellement entré dans la mythologie argentine, le 22 juin 1986. Lors de Coupe du Monde au Mexique, où la Belgique a rayonné, l’Argentine affrontait l’Angleterre en quart de finale du tournoi. 4 ans après la fin de la guerre des Malouines où les deux pays s’affrontaient militairement, ils se retrouvent pour la première fois sur un terrain de foot.

Si l’Argentine a perdu la guerre, pour l’honneur du peuple, elle ne pouvait pas perdre ce match. Et ça, Diego Armando Maradona, l’a bien compris. "Maradona a ridiculisé les Anglais dans le sport inventé par les Anglais" ajoute Jean-Michel De Waele. Alors que le pays de la reine Elizabeth II menait 1-0, "El Pibe de oroa fait parler son génie (et sa roublardise) pour inscrire un but de la main, suivi d’un solo de génie. A la suite de ce but qui n’aurait pas dû être validé, Mardona déclare :"C’est un peu la tête de Maradona, un peu la main de Dieu". Un terme qui restera gravé dans l’histoire.

 

Un défenseur du peuple

Mais en plus du modèle qu’il pouvait être sur le terrain, celui qui évoluait en numéro 10 sur le terrain exhibait fièrement son côté proche du peuple. Celui qui a grandi dans une famille modeste de paysans, s’est lié d’amitié à Fidel Castro. Les deux hommes sont d’ailleurs décédés un 25 novembre.

Diego soutenait également Hugo Chavez, Nicolas Maduro ou encore Evo Morales. Ce positionnement à gauche sur l’échiquier politique, c’est une raison de plus de l’amour d’un peuple extrêmement pauvre. "Il représentait bien une partie de la population argentine. Finalement, Maradona est un des joueurs les plus politiques. Il avait un côté rebelle et il n’a jamais hésité à se positionner."

Ce côté rebelle et sûr de lui, c'est ce qui plaisait à ces grands dirigeants. En se rapprochant de Maradona, ils pouvaient non seulement compter sur un ami avec une pensée commune, mais aussi sur un allié de poids. De par sa popularité, il pouvait influencer les foules plus que n'importe quel politicien.

Mais il ne le faisait pas pour obtenir quelque chose en retour. C'était de bon cœur, avec ses opinions chevillées au corps qu'il soutenait ces leaders de gauches, censés aider les plus démunis. Pour preuve l'ancien sélectionneur argentin s'est fait tatouer au mollet gauche l'effigie de Castro ainsi que Che Guevara sur l'épaule droite.

Ce ne sont d’ailleurs pas que les Argentins qui lui vouaient un culte, mais les Napolitains également. "Il était un porteur de la fierté nationale, en tant que défenseur des populations pauvres d’Argentine, mais aussi à Naples, où il sera aussi l’élu du petit peuple de en se plaçant systématiquement du côté des opprimés, n’oubliant jamais d’où il vient et ne se transformant jamais en une star mondialisée. Il ne voulait pas rentrer dans le moule."

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De ses mots, Maradona considérait Fidel Castro comme "son second père". © Tous droits réservés

On ne peut pas l’oublier, si Maradona était un exemple à suivre dans son jeu purement footballistique, ses frasques liées à l’alcool et à la drogue sont quant à elles moins reluisantes. Mais selon Jean-Michel De Waele, c’est ce qui a fait le personnage.


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"Maradona aura eu une carrière complexe de contradictions. Je pense que ce qui fait son succès, c’est son côté terriblement humain. Justement parce qu’il aura montré toutes les difficultés liées à la drogue, à l’alcool, à son état de santé. Ce n’est pas une superstar comme Messi, Ronaldo. Ils ont l’air d’être toujours en bonne santé et qui apparaissent hors-norme, mais terriblement peu humains parce que nous sommes tous remplis d’angoisses et de peurs. C’est pour ça que Maradona nous touche tellement, je pense."

Archive du JT de 19h30 du mercredi 25 novembre 2020

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