Manifestations mortelles en Colombie : retour sur des décennies de troubles

Avec une pauvreté qui atteint aujourd'hui 42,5% de la population, la Colombie est confronté à sa pire récession depuis un demi-siècle. Au cours des dernières décennies, le pays a connu une augmentation considérable du taux d'homicides. 

De la guerre civile du début des années 60 jusqu'à la crise sociale actuelle exacerbé par le COVID-19, la Colombie semble ne jamais pouvoir se relever de ses fractures internes. 

Retour sur une histoire contemporaine jalonnée par les conflits. 

 

1964, Création des Forces armées révolutionnaires de Colombie  

La naissance des FARC doit son origine à la guerre civile de 1948. La dictature militaire imposé pour mettre fin à la guerre divise la population. Les libéraux qui ont acceptés la phase de dictature s'opposent aux milices rurales paysannes proches du parti communiste qui refusent le régime en place.

Un an plus tard apparait l'Armée de libération nationale (ELN en espagnol), installées dans les zones industrialisées qui désirent renverser le gouvernement.

Les FARC de leur côté grandissent vite et passent rapidement de 350 membres à quelques milliers en recrutant activement dans les campagnes du pays. Ils commencent les enlèvements contre rançon, et exigent un paiement aux cultivateurs de marijuana.

 

1980 - 1990 la montée des narco trafiquants 

Les années 80 sont marquées par une escalade de violence. La progression du narcotrafic participe à l'enrichissement des FARC qui prélèvent un impôt sur la culture des feuilles de coca. Mais les guérillas ne sont pas les seuls à profiter de ce nouveau business juteux. Les forces auxiliaires paramilitaires de l'armée colombienne s'empressent de prendre le contrôle sur la filière d’exportation vers le marché nord-américain.

Cette décennie marque également le début des premières négociations. Le Président Belisario Betancur Cuartas parvient à un accord avec la guérilla en 1985 qui donne naissance au parti l'Union Patriotique (UP). Cependant l'armé et la coalition des cartels de drogue soutenus par les paramilitaires lui résistent encore. L'assasinat de la quasi-totalité des élus de ce nouveau parti le feront vite disparaitre.

En 1998 le président Pastrana fraichement élu s’engage dans une nouvelle négociation avec les FARC en leur accordant une zone démilitarisée. En parallèle, les Etats-Unis lanceront le "Plan Colombie" qui vise à aider financièrement et militairement le gouvernement a chasser la guérilla du sud du pays. Les négociations seront abandonnées trois ans après.

 

2002, un tournant politique

L'élection de Albaro Uribe comme nouveau président marque le début d'une politique très virulente contre les FARC. L'objectif de cette nouvelle politique frontale est de sécuriser le territoire national en fragilisant les FARC par des attaques militaires directes.

De leur côté les Etats-Unis resserrent l'étau après les attentats du 11 septembre 2001. La lutte contre la guérilla entre dans la lutte contre le terrorisme menée par le président Bush. Le Plan Colombie renait des ses cendres avec plus de subventions.

Au nom de la sécurité démocratique, le président Uribe appelle les civils à se mettre au service de l’armée. Il sera réélu en 2006, et permettra aux groupes paramilitaires de prospérer main dans la main avec les narco trafiquants. 

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Le président colombien Juan Manuel Santos (G) et le leader des FARC Timoleon Jimenez © LUIS ROBAYO / AFP

2016, signature des accords de paix avec les FARC

Pour la première fois, le gouvernement Colombien signe un accord de paix avec les FARC sous la présidence de Juan Manuel Santos. Il vient clore plus d'un demi-siècle de conflit armé. Il sera validé par le congres après avoir été rejeté par référendum.

Cet accord de paix prévoit :

  • la démobilisation et le désarmement des FARC 
  • la possibilité pour les guérilleros d'échapper à la prison dès lors qu'ils reconnaissent leurs crimes 
  • la participation des FARC à la vie politique
  • l'éradication des cultures illicites 
  • une politique de développement rural intégral 

Pour Frederic Louault, spécialiste de l'Amérique Latine de l'ULB, il est essentiel de rappeler que ces accords de paix ont été possible qu'après une fragilisation des FARC entre 2012 et 2016 : " C'était le bon moment pour négocier, les FARC étaient tellement fragiles d'un point de vue militaire que le gouvernement colombien était en position de force pour négocier dans une direction favorable pour leurs intêrets ". Négociations qui ont été faites par Juan Manuel Santos, ministre de la défense sous Alvaro Uribe.  

 

2019 - 2021, une société fracturée

En 2019, le pays voit naître une vague de protestations pour le droit à manifester pacifiquement, contre les inégalités et la concentration des richesses. Les manifestants cherchent également à défendre les accords de paix de 2016 qu'ils voient s'effriter progressivement.

" Ce mouvement citoyen s'est lancé presque au même moment que le mouvement constitutionnel au Chili ou le mouvement social en équateur. C'est une période où l'Amérique latine a été marqué par d'important mouvements sociaux qui ont été coupés de plein fouet par la crise sanitaire ", précise Frederic Louault.  

Aujourd'hui le mouvement des FARC est divisé. Quelques postes leur sont alloué au congrès et au sénat, mais certains ancien combattants ont repris les armes face aux violences et aux difficultés de réintégration.

 Le président actuel Ivan Duqué est considéré comme héritier de la politique d'extrème droite anti-FARC d'Albaro Uribe. Pour Frederic Louault, les accords de paix sont fragilisés par ce gouvernement. " Finalement les révoltes que l'on voit en ce moment c'est un peu cette initiative de l'année 2019 qui reprend sur fond d'une augmentation de la pauvreté lié à la crise sanitaire, d'une dénonciation de ce projet de réforme fiscal qui est jugé comme un projet qui va accentuer les inégalités sociales ".

Pour l'expert, cette présidence n'augure pas de changement profitable aux FARC . "Duque est arrivé à la présidence en 2018 mais depuis 2016 il y a eu près de 1000 assassinats de leaders sociaux, près de 300 ancien combattants des FARC ont aussi été assassinés. Le fait que ce président revienne sur ces accords: crée un climat de conflictualité au niveau de la société "

Le ministre de la Défense, Diego Molano, a affirmé que les incidents violents des dernières manifestations étaient "prémédités, organisés et financés par des groupes dissidents des FARC". Un climat conflictuel inscrit en profondeur dans la société Colombienne. 

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