Manifestations et pillages: le Caire est méconnaissable

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Des épaves de voitures calcinées en travers des rues, des gravats jonchant le sol, une épaisse fumée noire émanant du siège du parti au pouvoir, Le Caire avait des allures de champ de bataille samedi alors que les manifestants exigeaient toujours le départ du président Moubarak.

Dans les rues du Caire, la police, prise pour cible lors des manifestations meurtrières cette semaine, brillait par son absence, de jeunes hommes en jeans assurant la régulation de la circulation.

Des dizaines de commerces saccagés aux vitrines fracassées endeuillaient le quartier Mohandisseen, sur la rive occidentale du Nil. "Des jeunes hommes sont arrivés pendant la nuit, ils ont tout détruit. Ils avaient l'air ivres", peste un habitant du quartier.

"Il n'y a plus de police, les voleurs se sont échappés des prisons de quartier. Je n'ai jamais vu ça de ma vie", souffle le propriétaire d'une boutique de vêtements.

Un supermarché Carrefour a été pillé samedi à la sortie du quartier de Maadi, sorte de petite oasis où vit une importante communauté d'expatriés, à la périphérie du Caire, ont déclaré des témoins à l'AFP. Une autre antenne du géant français était fermée en banlieue.

Plusieurs stations service de la capitale étaient fermées samedi et les automobilistes s'agglutinaient autour des rares pompes ouvertes, alors que le centre-ville du Caire, théâtre de heurts violents la veille entre policiers et manifestants, renouait avec la contestation.

Les rues prises d'assaut

Des jeunes militants islamistes, laïques, mais aussi des badauds arrivés des banlieues paupérisées se retrouvaient dans le centre de la capitale, une sorte de monstre urbain avec ses 20 millions d'habitants.

Des particuliers dégageaient la grande place du Caire de barrières en métal, d'autres tassaient les carcasses de voitures calcinées obstruant le passage. Le siège du parti présidentiel, incendié vendredi soir, était toujours en flamme.

Vendredi, des centaines de milliers de personnes ont pris d'assaut les rues des grandes villes, provoquant des émeutes sans précédent en Egypte, le plus peuplé des pays arabes.

Samedi, quelques chars militaires étaient déployés sur la place Tahrir, et des dizaines d'autres étaient alignés sur la corniche, en face de la télévision nationale.

Dans la nuit, le président Hosni Moubarak a promis la formation d'un nouveau gouvernement dès samedi. "Son discours est une étape. Nous voulons plus de liberté, des réformes économiques et l'annulation des dernières élections législatives. Nous voulons être écoutés", lance Mohamed Raban, un manifestant.

"Le peuple a vaincu sa peur, plus rien ne peut l'arrêter. J'espère seulement qu'il n'y aura pas de pillages", explique Hajjaj, un chauffeur de taxi en se faufilant, cigarette aux lèvres, dans les méandres de la capitale.


AFP

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