Manifestations à Hong Kong: comment en est-on arrivé là ?

Pourquoi des manifestations à Hong Kong
Pourquoi des manifestations à Hong Kong - © ANTHONY WALLACE - AFP

Vives tensions ce dimanche à Hong Kong : la police a tiré des lacrymogènes et a arrêté des dizaines de manifestants descendus dans la rue pour dénoncer un projet de loi chinois sur la sécurité nationale imposé à la ville. Ce texte met selon eux en danger les libertés uniques dont jouit Hong Kong. Mais en quoi consiste cette loi ?

Il s’agit d’un texte à l’état de projet, soumis au parlement chinois qui devrait l’adopter la semaine prochaine. Les détails sont encore peu connus mais ce que la population de la péninsule redoute, c’est que ce texte rendrait criminel tout acte de :

  • sécession : rupture avec la Chine
  • subversion : saper le pouvoir ou l’autorité du gouvernement central
  • terrorisme : recours à la violence ou à l’intimidation contre des personnes
  • activités de forces étrangères à Hong Kong
  • et peut-être la possibilité pour la Chine de mettre des institutions à Hong Kong chargées de défendre la sécurité nationale, autrement dit une police chinoise opérant à Hong Kong.

Un pays, deux systèmes

Le territoire de Hong Kong a été restitué après 150 ans par la Grande-Bretagne à la Chine en 1997, avec comme garde-fou dans l’accord de rétrocession de 1984, une loi fondamentale garantissant le principe d'"un pays, deux systèmes" : Hong Kong devait jouir pendant 50 années d’un "haut degré d’autonomie, sauf dans les affaires étrangères et la défense".

Ce système est censé protéger certaines libertés pour Hong Kong : la liberté de réunion et d’expression, un système judiciaire indépendant et certains droits démocratiques, autant de libertés qui n’existent pas dans le reste de la Chine.

Bien que les habitants de Hong Kong soient ethniquement chinois, bien peu se revendiquent comme tels. Et plus ils sont jeunes, plus ils affichent leur appartenance hongkongaise.

Une longue tradition de manifestations

Les Hongkongais jouissent d’une large autonomie, mais le système électoral est très verrouillé. Le dirigeant du territoire, actuellement une dirigeante, Carrie Lam, n’est élue que par un comité de 1200 membres, choisis eux-mêmes par seulement 6% des électeurs et largement pro Pékin. Les 70 membres du Parlement ne sont pas tous élus par la population, une majorité des sièges sont occupés par des pro Pékin.

La réforme démocratique est donc un des enjeux. Mais faute d’accord, rien n’a changé. Et face à un pouvoir peu représentatif, la manifestation est souvent le seul moyen de se faire entendre.

L’accord de 1984 prévoit aussi le droit pour Hong Kong d’adopter ses propres lois sur la sécurité nationale. Les tentatives de la Chine d’imposer son autorité à Hong Kong ont fait descendre un demi-million de personnes dans la rue en 2003.

Une loi controversée sur l’éducation patriotique a aussi provoqué d’importantes mobilisations avant d’être retirée.

En 2014, des Hongkongais se sont rassemblés pacifiquement pendant des semaines pour réclamer le droit d’élire leur propre dirigeant. Mais ce mouvement des parapluies n’a rien pu obtenir de Pékin.

L’an dernier, à partir du mois de juin, c’est une loi d’extradition qui a déclenché une série de manifestations de plusieurs mois, de plus en plus violentes et antichinoises, avec des revendications de plus en plus larges en faveur de la démocratie. La loi a finalement été mise au frigo et finalement retirée.

Aujourd’hui, les Hongkongais redoutent que la future loi ne donne un nouveau tour de vis à leurs libertés à l’image de ce qui a cours en Chine : mise sous cloche de la liberté d’expression, justice opaque, mise hors jeu du parlement de Hong Kong, bref une violation du principe "un pays, deux systèmes", si important pour Hong Kong.

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