Mali: le sort du président inquiète, la rébellion poursuit son offensive

Vendredi, des informations contradictoires ont circulé sur la situation à Bamako, en lien avec une brève interruption du signal de la télévision publique sous contrôle des putschistes. Le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, avait été donné pour arrêté ou mort par certains.

"Rumeurs", a réagi la junte dans une déclaration télévisée, assurant: "Tout va bien" et la situation est sous contrôle.

Auparavant, le capitaine Sanogo avait donné les mêmes assurances à un journaliste de l'AFP concernant les dirigeants du régime du président Touré: ils sont "sains et saufs" et seront "prochainement remis à la justice malienne".

"Pour l'instant, je ne vous dirai pas" où se trouve Touré, "il va très bien, il est en sécurité", avait dit Sanogo, sans lever l'incertitude sur son sort.

Dans une interview à la BBC, il a indiqué ne pas avoir l'intention de rester au pouvoir et qu'il se retirerait lorsqu'il serait assuré que l'armée sera en mesure de sécuriser le pays.

La France a déclaré vendredi n'avoir pas réussi à joindre le président Touré et a réclamé le respect de son intégrité physique.

On ignore s'il est protégé par des militaires loyalistes, comme l'assurait jeudi son entourage ou s'il est prisonnier des soldats qui ont pris le pouvoir au lendemain d'une mutinerie marquée par des combats avec des loyalistes et des tirs de sommation à travers la ville. Il y a eu entre trois et quatre morts, selon les sources, et environ 40 blessés essentiellement par balle, d'après des secouristes.

Le chef du parti échappe aux rebelles

Plusieurs responsables politiques ont été arrêtés, selon diverses sources, et après la mutinerie, des domiciles, administrations et stations-service ont été pillés, des véhicules de particuliers réquisitionnés par des soldats à Bamako. Le capitaine Sanogo a condamné ces "exactions" et s'est engagé à y mettre fin.

Soumaïla Cissé, chef de parti et ex-haut fonctionnaire régional, a affirmé que des hommes en treillis avaient tenté de l'arrêter dans la nuit de mercredi à jeudi. Il s'est mis à l'abri grâce à l'intervention de partisans mais son domicile a été pillé et saccagé, a-t-il expliqué dans une déclaration sur le putsch, qu'il a qualifié d'"acte réactionnaire le plus bas de l'histoire politique du Mali" depuis deux décennies.

Après la mutinerie, des soldats se sont livrés à des pillages à Bamako, a reconnu Sanogo.

En annonçant le renversement de son régime, les putschistes ont accusé le président Touré, ainsi que leurs supérieurs hiérarchiques, d'incompétence dans la lutte contre l'offensive de rebelles touareg en cours depuis mi-janvier dans le nord du Mali, où étaient déjà actifs des groupes islamistes dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et divers trafiquants.

Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg), qui a indirectement provoqué le coup d'Etat de soldats excédés par le manque de moyens, a indiqué vouloir poursuivre "son offensive" et "déloger l'armée malienne et son administration de toutes les villes de l'Azawad" (nord), berceau des Touareg.

Il a affirmé avoir pris vendredi une nouvelle localité, Anéfis (nord-est).

Condamnation du coup par les principaux partis

A cinq semaines du premier tour de la présidentielle prévu le 29 avril, le coup d'Etat a été condamné dans une déclaration commune par 12 des principaux partis politiques maliens, fragilisant la position des putschistes.

L'Union africaine (UA) a décidé de suspendre le Mali de toute participation à ses activités et l'envoi à Bamako d'une mission conjointe avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Le Sénégal s'est dit sur la même position et a exhorté l'Afrique de l'Ouest "à entreprendre, avec diligence, toutes les démarches nécessaires pour le rétablissement, le plus rapidement possible, de l'ordre constitutionnel", une situation qui sera à l'ordre du jour d'un sommet extraordinaire de dirigeants de la Cédéao prévu mardi à Abidjan.

Dans un communiqué transmis vendredi à l'AFP, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho, ONG basée à Dakar) "condamne avec la dernière énergie le coup d'Etat militaire qui porte un coup mortel à l'expérience démocratique malienne".

Washington a prévenu que l'aide économique et militaire de 70 millions de dollars (près de 53 millions d'euros) versée au Mali risquait d'être compromise si les responsables du coup d'Etat ne rétablissaient pas l'ordre constitutionnel.

L'Union européenne, un des principaux partenaires du Mali, a "fermement" condamné le coup d'Etat, demandé "la libération des responsables de l'Etat", le "retour d'un gouvernement civil" et le respect du calendrier électoral initial. Elle a décidé "de suspendre temporairement les opérations de développement" sauf l'aide humanitaire.

Ces prises de position s'ajoutent aux condamnations des voisins, Algérie, Niger et Mauritanie, où les répercussions de la crise sont fortement ressenties. La guerre dans le nord malien a provoqué le déplacement de plus de 200.000 personnes, dont la moitié environ dans ces pays.

Un proche du pouvoir arrêté ce samedi matin

Un homme politique malien, dont le parti a condamné le coup d'Etat ayant renversé le président Amadou Toumani Touré, a été arrêté samedi matin à son domicile en périphérie de Bamako par des militaires en armes, a appris l'AFP auprès de sa famille.

"Des militaires armés sont venus à la maison pour arrêter devant moi mon oncle", a indiqué un proche de l'avocat Kassoum Tapo, un responsable de l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), membre de la majorité qui soutenait le président Touré.

"Ils avaient des armes, et nous menaçaient. Mon oncle les a suivis", a expliqué cette source. "Les militaires sont partis avec plusieurs voitures de mon oncle. Ils ont demandé les clés des voitures, et ils sont partis avec".

Une douzaine de formations, dont l'Adema, représentant les poids lourds de la classe politique, ont condamné vendredi le putsch "qui constitue un recul grave" pour la démocratie au Mali, et exigé "le retour à une vie constitutionnelle normale".

Me Tapo s'est exprimé en ce sens samedi au nom de son parti sur les ondes de Radio France Internationale (RFI).

L'Espagne suspend son aide au développement

L'Espagne a annoncé samedi la suspension de toute coopération avec le Mali, à l'exception de l'aide humanitaire, après le putsch survenu à Bamako.

"Le gouvernement espagnol, étant donné le désordre constitutionnel qui règne depuis le coup d'Etat au Mali, a décidé de suspendre toute coopération, excepté l'aide humanitaire, jusqu'au rétablissement de la légalité dans le pays", annonce un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Depuis quatre ans, en cumulant l'aide au développement et l'aide humanitaire, l'Espagne a alloué 37 millions d'euros (49 millions de dollars) par an au Mali, ajoute le communiqué.

AFP
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