Mali: la reconquête du nord au centre de discussions à Bamako

Des manifestants protestent contre la mise en place d'une intervention militaire internationale pour la reconquête du nord Mali, le 18 octobre 2012 à Bamako
Des manifestants protestent contre la mise en place d'une intervention militaire internationale pour la reconquête du nord Mali, le 18 octobre 2012 à Bamako - © Habibou Kouyate

Une réunion internationale de haut niveau destinée à peaufiner une stratégie de reconquête militaire du nord du Mali occupé depuis plus de six mois par des islamistes armés liés à Al-Qaïda, dont le principe est acquis, doit se tenir vendredi à Bamako.

A Tombouctou, les islamistes armés du groupe Ansar Dine ont à nouveau détruit plusieurs mausolées  de saints vénérés par la population locale.  Ces groupes veulent imposer la charia, la loi islamique, à tout le pays. Selon des témoignages les islamistes se feraient de plus en plus agressifs  dans les villes du nord du Mali sous leur contrôle, alors que la constitution d'une force  interafricaine de 3000 soldats pour rétablir la souveraineté du Mali  se met lentement, très lentement en place,

Une réunion du groupe de suivi et de contact  pour le Mali est prévue ce vendredi à Bamako, la capitale, une réunion sous le patronage de l'Union africaine, avec  des représentants de l'Onu, de l'Union européenne, de la France et de différents partenaires  du Mali. C'est la suite de la résolution adoptée il y a une semaine par le conseil de sécurité de l'Onu:  elle a donné 45 jours à la Cédéao, la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest pour préciser la mise en place de la force interafricaine  de 3000 soldats. Avec  l'armée malienne en première ligne, ils devront partir  à la reconquête de la moitié nord du pays.

Le ministre de la défense  français annonçait cette intervention d'ici quelques semaines, un délai qui semble  très optimiste. Il y a des réticences au Mali-même, au sein de l'armée, dans les cercles des putschistes de mars et dans la population aussi, même si ce courant est minoritaire. L'objectif de la réunion de haut niveau ce vendredi à Bamako est d'ailleurs de donner un coup d'accélérateur, bref, de secouer le cocotier car dans le nord, les Maliens soumis à la loi barbare des groupes islamistes souffrent et se sentent abandonnés par le pouvoir  central, un pouvoir qui reste très affaibli après le putsch de mars dernier.

Nkosazana Dlamini-Zuma, nouvelle présidente de la commission de l'Union africaine (UA), Romano Prodi, envoyé spécial au Sahel du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le président nigérian Goodluck Jonathan, ainsi que son homologue malien par intérim Dioncounda Traoré, doivent y participer.

Pierre Vimont, numéro deux de la diplomatie de l'Union européenne (UE) et Jean Felix-Paganon, envoyé spécial de la France au Sahel, devraient également être présents.

Cette réunion se tient une semaine après l'adoption le 12 octobre au Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution préparant le déploiement d'une force militaire étrangère de quelque 3000 hommes au Mali, donnant 45 jours aux pays ouest-africains, qui en constitueront le noyau, pour préciser leurs plans.

"Qui veut la paix, prépare la guerre"

Côté malien, Moussa Diakité, chargé de mission à la présidence, juge que "c'est une rencontre très importante". "Il s'agira pour nous, Maliens, pour les partenaires de la communauté internationale, d'accorder nos violons pour bouter hors de chez nous les terroristes", a-t-il déclaré à l'AFP.

Selon lui, outre le président Traoré, son Premier ministre Cheick Modibo Diarra devrait aussi être présent à la réunion.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, qui a rendu le pouvoir aux civils après avoir mené un coup d'Etat le 22 mars ayant précipité la chute du Nord aux mains des islamistes, aujourd'hui chargé d'une mission de réforme de l'armée malienne, devrait y être associé "d'une manière ou d'une autre", selon son entourage.

Parallèlement à la préparation d'une intervention militaire, les participants aborderont aussi la question des négociations avec certains des groupes armés qui occupent le nord au côté d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et qui se dissocieraient "du terrorisme" et de la partition du Mali.

"Ce qu'on ne veut pas, c'est dialoguer avec des gens qui se sont rendus coupables d'amputations" et autres exactions commises au nom de la charia (loi islamique) qu'appliquent dans le Nord les islamistes qui en ont une interprétation brutale et rigoriste, dit-on côté français.

Et si la rébellion touareg et laïque du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), qui a lancé l'offensive dans le nord du Mali en janvier, avant de s'en faire évincer par les islamistes, veut repartir sur de nouvelles bases, elle doit renoncer à l'indépendance de l'Azawad, nom qu'elle donne aux régions du Nord qui représentent les deux tiers du territoire malien, ajoute-t-on.

"Des négociations sont en cours, mais qui veut la paix, prépare la guerre", résume un diplomate africain en poste à Bamako.

Ces négociations se tiennent principalement avec Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), un groupe actuellement allié à Aqmi dirigé par un ex-rebelle touareg devenu djihadiste, Iyad Ag Ghaly, avec pour objectif de regrouper dans un mouvement unifié tous les rebelles touareg.

Françoise Nice et AFP

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