Mali: "l'une des plus graves crises africaines", les citoyens du nord s'arment

Les hommes sont tous volontaires. Certains manie une arme pour la première fois. Pourtant, à l'issu de leur formation sommaire, ils tenteront de chasser les islamistes du Nord du pays. Même si le risque qu'ils courent est grand étant donné le manque d’expérience de la majorité d'entre eux.

"Je n'ai jamais été sur le terrain pour me battre mais je pense que ce sera pour bientôt", avoue Sidi Mohamed, avocat et milicien volontaire.

Cette résistance baptisée Front de Libération du Nord Mali a cessé d'attendre l'intervention de l'armée régulière. Depuis la partition du pays en avril dernier, les militaires maliens ne s'aventurent plus dans le Nord. Alors la réaction populaire est le seul rempart contre l'occupant.

"La peur n'a rien à voir. La volonté c'est cela qui compte"

Ces miliciens volontaires doivent se former au combat et vite. Ces hommes et ces femmes ne pouvaient plus rester spectateurs. Désormais ce sera ou la mort ou la victoire contre les islamistes.

"Vous savez (les islamistes) ce sont des hommes comme nous. La peur n'a rien à voir. La volonté c'est cela qui compte. S'ils ont pu gagner, je crois qu'ils avaient la ferme volonté de réussir ce qu'ils ont fait. Donc nous allons nous battre nous-mêmes avec cette ferme volonté aussi, pour reconquérir nos régions", annonce Sidi Mohamed.

La route sera encore longue avant que la terreur ne quitte le Nord du Mali. Même si les mouvements de résistance fleurissent, dans le camp d'en face les islamistes recrutent également. Surtout chez les très jeunes hommes qu'ils arment pour en faire des Moudjahidines.

"Une des plus graves crises que traverse l'Afrique"

Lors de l'ouverture d'une réunion de Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) ce samedi, seule une poignée de chefs d'Etat étaient présents dont notamment son président en exercice, l'Ivoirien Alassane Ouattara ou le Burkinabé Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne ainsi quele Béninois Thomas Boni Yayi, président en exercice de l'UA.

 "Il ne fait guère de doute que la situation au Mali est certainement une des crises les plus graves à laquelle est confrontée notre continent", a déclaré le président de la Commission de l'UA, Jean Ping en ouvrant la réunion du CPS, et "sa persistance fait peser un réel danger sur la viabilité de l'Etat malien, ainsi que sur la stabilité et la sécurité régionales". "Les principes en cause, qu'il s'agisse de la préservation de l'unité et l'intégrité territoriale du pays, du rejet du terrorisme et du refus des changements anticonstitutionnels de gouvernement sont d'une importance capitale pour le continent", a poursuivi M. Ping, qui postulera dimanche à sa réélection à la tête de l'organe-clé de l'UA.

Le président en exercice du CPS en appelle à l'ONU

De son côté, Alassane Ouattara a averti que "l'objectif des groupes terroristes de créer dans le nord du Mali un sanctuaire et un centre de coordination pour les réseaux terroristes du continent (...) constitue de sérieuses menaces à la paix et à la sécurité régionales et internationales".

M. Ouattara a de nouveau appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à "l'adoption rapide (...) d'une résolution autorisant le déploiement de troupes au Mali sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies" qui prévoit des mesures coercitives allant jusqu'au recours à la force en cas de menace contre la paix.

Paris estime que c'est "aux Africains d'organiser le soutien au Mali"

Il revient aux pays africains de "déterminer" quand et comment intervenir militairement au nord du Mali contrôlé par des groupes armés islamistes, a estimé samedi le chef de l'Etat français, François Hollande lors de l'interview télévisée du 14 juillet.

Il convient "que les Africains eux-mêmes puissent organiser le soutien au Mali", a déclaré M. Hollande.

Il faut "d'abord qu'il y ait un véritable gouvernement au Mali qui puisse prendre ses responsabilités, et qu'une intervention dans le cadre de l'Union africaine et des Nations Unies puisse se faire, ça, c'est aux Africains de déterminer et le moment et la force", a ajouté le président.

"Nous devons apporter toute notre solidarité. Au Conseil de sécurité, il y a une résolution qui permet justement de faire cette intervention avec le soutien de l'ONU", a rappelé M. Hollande.

3000 militaires ouest-africains au secours de Bamako?

La Cédéao (Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest) prépare l'envoi éventuel d'une force militaire de quelque 3000 hommes pour aider l'armée malienne à reconquérir le Nord, mais poursuit cependant des discussions avec des groupes armés sous l'égide de la médiation burkinabè dans la crise malienne.

L'envoi de troupes est soumis à une demande formelle des autorités de transition à Bamako. La Cédéao souhaite en outre un mandat de l'ONU pour intervenir, ce qu'elle n'a pas encore obtenu.

Le coup d'Etat militaire perpétré le 22 mars a accéléré la partition du Mali dont les autorités de transition, en place depuis le retrait des putschistes du pouvoir en avril, sont incapables de mettre fin à l'occupation du Nord où l'armée, démoralisée et sous-équipée, a été mise en déroute en quelques semaines.

Le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra est arrivé vendredi à Paris pour annoncer au président de transition Dioncounda Traoré, en convalescence en France, "sa décision de proposer une large ouverture à toutes les forces vives du pays" afin de reconquérir le nord du pays.

La formation d'un gouvernement de large union est une exigence de la Cédéao qui la considère comme un préalable indispensable à la reconquête du nord du Mali occupé par deux groupes islamistes armés, Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), alliés d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Anna Bellissens et Julien Vlassenbroek avec AFP

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